CHAPITRE XYIL
Mamtenant que , pour les événemens de noveni' bre, me voilà quitte avec la justice humaine, qui a usé de bonté envers moi, je vais me faire comparaître moi-même devant la justice divine représentée par ma conscience. Le jugement qui tombera de ce nouveau tribunal sera bien plus sévère que l'autre, j'en réponds.
D'abord, qu'avais-je besoin de meméler à une querelle qui ne me regardait point , où mes intérêts n'étaient nullement engagés? C'est là mon premier tort, tort générateur de tous les autres. L'acte d'accusation a donc été juste sur ce point, comme j'en suis déjà convenu, car je ne pouvais « mettre en avant « le prétexte dont cherchaient à se couvrir les ou- « vriers en soie et qui a égaré la plupart d'entre « eux,» puisque j'étais tailleur d'habits. Les artisans de ma profession n'avaient , en effet, aucun tarif à réclamer, aucun grief à faire valoir auprès de l'au-
144 CONFESSION d'un MALHI'ÎJREUX.
torilé. Je devais donc nie tenir tran([iiille et vaquer aux occupations de mon état, au lieu de me lancer dans le tourbillon de 1 émeute pour le compte d' autrui.... Mais, que dis-je, pour le compte d' autrui ? C'était bien pour le mien propre que je pensais travailler, et il me semblait déjà voir sortir du canon de ma carabine lafortune,ledoux loisir, l'indépendance, tous les avantages sociaux enfin dont j'avais tant de fois révéla possession. J'étais par conséquent à-lafois un égoïste et un séditieux, et, à ce double titre, je me reconnais coupable au premier chef.
Ensuite, j'aurais pu ne prêter à la révolte que le secours matériel de mon bras, ce qui eût été beaucoup moins que d'y avoir en outre consacré toutes les ressources intellectuelles dont je pouvais disposer, car j'ai conseillé, harangué, écrit même dans le sens républicain, et c'est là un nouveau crime que j'ai commis contre le corps social, dont j'ai, autant qu'il dépendait de moi, cherché à opérer la dissolution au profit de l'anarchie et du désordre.
Puisque j'en suis là, je veux examiner, au point de vue de mes idées actuelles, une proclamation que je composai au plus fort de l'insurrection lyonnaise, et qui circula parmi les ouvriers en soie de la Croix- Rousse, dont elle contribua encore à échauffer les tètes. La voici :