‹ Confession d'un MalheureuxChapitre 49 sur 65 · MORT AUX GALÈRES DU CITOYEN BOUTAIN, CONDAMNÉ DE JUIN · texte numérisé non relu

MORT AUX GALÈRES DU CITOYEN BOUTAIN, CONDAMNÉ DE JUIN

<' Après les événemens d'avril , les hommes de la contre-révolution firent transférer de Sainte-Pélagie au bagne de Toulon les citoyens Boutain, dit le Nègre, et Louisette, l'un et l'autre soldats de l'insurrection de juin. Boutain et Louisette, la chaîne au cou, ont traversé la France sur une ligne de plus de deux cents lieues. Déjà se trouvait au même bagne Jean -(Claude Romand, compromis dans la grande émeute de Lyon (novembre 1831), et conduit de la j)rison de Roanne à Toulon, par le même moyen de sûreté corporelle.

« Ces trois républicains furent soumis d'abord à la fatigue dite l'extraordinaire, c'est-îi-dirc aux travaux forcés, et comme la nourriture alimentaire était peu substantielle, une trop grande déperdition de forces vitales avait lieu chaque jour. Aussi Boutain,

Louisette et Romand dépérissaient à vue d'œil , lorsque l'humanité du chef du bagne vint changer leur affreuse condition d'existence. Dès-lors, Romand fut placé à l'atelier des ouvriers tailleurs; Boutain et Louisette furent commis à la barque de passage de l'arsenal maritime. Cette dernière condition était plus appropriée à leur santé , elle les arrachait surtout au contact des condamnés non poUtiques. Mais notre ami Boutain n'a pas joui longtemps de l'amélioration morale et physique apportée à sa position primitive. Il a cessé d'exister après une longue agonie, le 31 janvier 1835, à cinq heures du matin, à l'âge de 22 ans C'est

le régime du bagne qui a tué prématurément Boutain. Il est malheureusement trop vrai que, dans ce cloître du vice et de dure punition, l'homme vertueux, fût-il d'ailleurs robuste comme un taureau , doit succomber avant l'heure marquée par la nature , sous le double poids des peines physiques et des afflictions morales. Boutain était vertueux et excellent patriote. Un peu de terre recouvre aujourd'hui les restes inanimés de ce jeune républicain. L'on dira sans doute aujourd'hui comme autrefois Charles IX : Le corps d'un ennemi mort sent totijours bon.

« Dès que les patriotes de Toulon eurent appris le décès de leur ami Boutain, ils firent leurs dispositions pour rendre les derniers devoirs à ses mânes. Mais il était trop tard , car le corps de ce républicain , utile à son pays, pendant sa vie l'a été à l'art médical après sa mort ; il a été disséqué à l'amphithéâtre de l'hôpital de la marine. Cependant , on sait le lieu où ont été inhumés les restes dépecés de l'infortuné Boutain , et bientôt un signe patriotique redira aux visiteurs du champ du repos :

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