‹ Confession d'un MalheureuxChapitre 50 sur 65 · DE · texte numérisé non relu

DE

« Terminons. Romand et Louisette , sous l'habit de galériens , martyrs de leur foi politique , savent en supporter avec courage et résignation toutes les conséquences. Les sympathies de leurs ce-

a3o CONF£SSIO]>J DUN MALHEtREUX.

religionnaires libres ne leur font pas défaut, soit à Toulon, soit à Marseille , et une subvention mensuelle leur procure les moyens tic modifier leur nourriture en la rendant plus substantielle. »

Loiiisette était glorieux devoir ainsi la presse s'occuper de lui, et il pensait que, de mon côté, je devais éprouver le même sentiment pour ce qui me concernait dans l'article; mais je le détrompai làdessus, en lui disant qu'après tout ce qui m'était arrivé et la condamnation flétrissante que j'avais encourue, tout ce que je désirais, c'était de voir le silence et l'oubli s'étendre sur moi. Je lui fis d'ailleurs observer que cet'article n'était pas sincère, puisqu'on m'y présentait comme un condamné purement politique , aloi's que le motif réel de mon entrée au bagne était un crime commun; qiiMl y avait également inexactitude en ce qu'on annonçait que nous avions, lui, le décédé et moi, été soiunis à la fatigue dite extraordinaire, tandis qu'aucun des trois n'avait jamais mérité de subir cette aggravation de peine. Ensuite était-il' également vrai d'avancer que c'était le régime du bagne qui avait tué prématurément Boutain, lorsqu'on savait que ce jeune homme était depuis long-temps atteint d'iuie de ces maladies qui n'épargnent nulle part l'individu qui les porte en lui, une plithisie pulmonaire? Tout cela pourtant devait être connu du rédacteur de la TriJnmc, qui n'en avait teiui compte, à dessein évidemment. Je désapprouvai celle manière d'écrire : « Tenez, mon « pauvre Louisel le , ajoulai-je en finissant, voulezi< vous que je vous dise ma pensée tout entière à ce

VIE DE J.-C. ROMAND. ^3 l

« sujet? Nous nous sommes, en véritables niais, « perdus l'un et 1 autre pour des roués politiques 0 qui, après avoir exploité nos personnes, cherchent « encore à exploiter notre infortune. Mais soyons « assez sages pour ne plus nous laisser duper par ces « gens-là, et, si nous avons été coupables et malce heureux pour les écouter, tâchons aujourd'hui de « les oublier et de mourir en paix. »

Mon camarade ne répondit rien, mais il baissa la tête et parut réfléchir profondément. Revint-il de ses illusions? Je l'ignore, car nous ne parlâmes plus politique ensemble.

Page 1