‹ Confession d'un MalheureuxChapitre 61 sur 65 · QUESTIONS, RÉPONSES · texte numérisé non relu

QUESTIONS, RÉPONSES

suspendues et n'auraient manqué leur effet que par des circonstances fortuites ou indépendantes de la volonté de son auteur ?

CINQUIÈME QUESTION, réclamée par la défense.

En faisant feu de sa carabine sur les militaires, Romand avait-il le projet de faire des blessures ou de donner la mort à ces militaires ?

Signé : MAGNOL.

A la majorité de plus de sept voix : oui, l'accuse est coupable d'avoir, en faisant feu avec sa carabine, eu l'intention de faire des blessures, mais non de donner la mort.

Sùjné : Vazeili.e-^'arjot,

chef du jury.

Et plus bas :

Magnol.

Cette déclaration du jury de Rioni , en vertu de laquelle Romand ne fut condamné qu'à deux années de simple emprisonnement , excita de la part de beaucoup de personnes de Lyon , de très amères critiques qui se manifestèrent assez publiquement. Je me souviens même d'avoir entendu un magistrat haut placé dire à ce sujet que « l'institution du jury venait de se suicider, <i qu'elle n'était plus en rapport avec les besoins de l'époque et « que la société risquait de périr en la conservant » ; il ajoutait que : « si Romand n'était pas monté sur l'échafaud, personne ne

'< devait plus y monter désormais. »

3o8 iVOTr.s

Il y avait Ih, suivant moi, passion et petitesse de vues. En effet, qu'était au fond ce verdict tant attaqué, sinon l'expression implicite de cette idée mise jadis en avant par M. Guizot et devenue vulf^aire aujourd'hui : que la peine de mort s'égare le plus souvent en frappant les crimes politiques; que celui qui, dans l'effervescence d'une guerre civile, tue son semblable, n'est pas coupable au même degré que celui qui égorge pour la dépouiller une victime attendue au coin d'un bois; et qu'enfin la même peine (peine irréparable) ne saurait être appliquée à l'un ainsi qu'à l'autre de ces deux hommes.

Les jurés d'Auvergne n'avaient donc, dans cette circonstance, blessé la vérité matérielle que pour mieux consacrer la vérité morale :' voilà ce qu'on aurait dû comprendre. Et d'ailleurs, la chose jugée méritait bien quelque respect.

ET pn:cE5 jusTiFrcATivf s. 3o9

Note C. —Page 15^.

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