‹ Confession d'un MalheureuxChapitre 7 sur 65 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

même, de tout ce que je verrai et entendrai chez ce paria d'une nouvelle espèce? C'est ce que je ne tarderai pas d'apprendre.

Arrivé devant la maison qui m'avait été désignée pour être celle de Romand , je descends de mon traîneau et gravis les quelques marches qui conduisent à la porte d'entrée. Toutefois, avant de frapper, je veux considérer l'extérieur de cette habitation. Je vois avec plaisir qu'un certain ordre et même un véritable goût a présidé à son arrangement. Deux jeunes sapins d'une belle venue et grands déjà , en garnissent les abords , et d'autres arbres croissent auprès, comme pour dérober aux regards indiscrets l'asile d'un infortuné qui veut désormais n'avoir plus rien de commun avec le monde. Quelques brassées de paille, appliquées contre la porte, empêchent l'aquilon de s'introduire, hôte incommode, dans un séjour qui a déjà bien assez de la misère et du remords pour l'attrister. Tout cela me dispose favorablement, et me prouve que le père de famille est intelligent et [soigneux, ce qui est déjà quelque chose.

Je frappe enfin; llomand lui-même vient m'ouvrir. A mon aspect, il paraît interdit;

XH INTRODUCTION.

cependant il se remet bientôt et me remercie de ma visite. Je remarque alors un air de satisfaction répandu sur sa figure fortement caractérisée : il a deviné que c'est l'homme des encouragemens et non celui de la menace et du réquisitoire qui a franchi le seuil de sa demeure. « Bonjour, Romand, lui dis-je; je « suis venu voir par moi-même comment « vous viviez avec les vôtres , et si ce qu'on « m'a dit de favorable sur votre compte était K vrai. Je juge déjà par ce que je vois qu'on ne « m a pas trompé. En effet, malgré l'exiguïté « de ce local, tout y est en ordre, et chacun « paraît rempUr son devoir : vous travailliez <c de voire état (il tenait encore ses ciseaux à la <( main), votre femme se livre aux soins du a ménage, et votre belle-mère est occupée « à filer-, c'est bien, c'est très bien, je vous u en félicite; le travail honore tout le monde, ti mais, dans votie position, il vous honore et « vous sauve à-la-fois. »>

Pendant que je parlais, Romand était allé chercher une chaise de paille grossièrement taillée qu il m offrit, en me priant de m'asseoir auj)rès d'un feu clair et flambant qui n était point de trop dans la circonstance.

Page 1