UNE HISTOIRE
— Ma chère duchesse, dit madame de Kadicoff, les hommes d'esprit et même les femmes de génie de votre pays ont souvent
dit que les femmes devaient surtout se défier de leur cœur et de leurs sentiments. D*abord les hommes d'esprit n'y connaissent rien, et les femmes de génie sont des hommes d'esprit à si peu de chose près qu'elles ne s'y connaissent guère mieux. Ce n'est pas deleur cœur et de leurs sentiments que les femmes doivent se défier, mais de leurs idées : c'est presque toujours parce qu'elles veulent faire quelque chose en vertu de certaines raisons qu'elles font des sottises. Les passions, quoi qu'on en dise, produisent cent fois moins de malheurs que les utopies. Ainsi, ma chère, à l'époque dont je vous parle, le monde était aux philosophes, aux penseurs. Ces messieurs, à force de se faire lire, avaient fini par persuader à toute la noblesse de l'Europe qu'ils valaient de leur personne comme de leurs écrits, et il y eut un moment où les grandes dames préféraient pour amant un écrivain athée au plus élégant gentilhomme de la cour ou à l'abbé le plus coquet. Vous comprenez bien que le cœur entrait pour fort peu de chose dans ces liaisons, et que, si ce n'eût été la folle idée qu'on avait alors qu'un peu d'esprit et de talent valait la naissance et la condition, aucune des femmes de la cour qui se compromirent alors avec ces messieurs ne les eût seulement regardés. Du reste, vous n'ignorez pas, ma chère, qu'il ne faut point attribuer toute la faute de cette manie à la noblesse seule. Les rois leur donnèrent l'exemple, et à la tête de ces souverains égarés il est juste de mettre d'abord Frédéric qui avait des correspondances d'amitié avec M. de Voltaire, et notre grande impératrice Catherine II qui selaissaitécrire des lettres obscènes par votre philosophe Diderot. Ce fut de là que partit le mal, et vous ne pouvez vous faire d'idée avec quelle rapidité il s'étendit parmi tous ceux que la grandeur de leur nona attachait à la cour. Nous ne rêvions que morale philosophique, égalité humaine, et entre un homme de rien et un homme de notre condition, amoureux tous deux d'une même femme, celle-ci eût préféré l'homme de rien, précisément parce qu'il n'était rien. Avant de rapporter plus longuement cet exorde étrange de 1« princesse Kadicoff, il faut le commenter un peu pour le rendre intelligible. Ce qu'elle disait était vrai, mais dans certaines limites, et ce n'était pas sans quelque raison qu'elle s'était servie du mol égalité humaine. En effet, durant les années qui précédèrent 1« révolution, cette question que l'homme valait l'homme, humainement parlant, avait pénétré dans la société ; mais cette vérité, bien autrement importante que l'homme valait l'homme, socia-
lement parlant, n'était pas encore admise, si même elle était entrevue. Ainsi il s'établissait aisément des liaisons entre les plus grands noms aristocratiques et ceux dont Téclat ne brillait que d'hier, mais il n'y avait pas d'alliances. Une duchesse pouvait avoir un amant de rien, comme disait madame de KadicofT, mais elle n'épousait pas un homme de rien. Voilà pourquoi le mot égalité humaine nous semble parfaitement dit par la princesse; nous pouvons maintenant la laisser continuer.
^ 11 y avait alors une jeune femme du plus haut rang, mariée de fort bonne heure à un prince d'une immense fortune.
— Ah I fit la duchesse qui n'était pas fâchée de reprendre un petit avantage, c'était une de vos compatriotes?
— Oui, fit madame de Kadicoff sans se déconcerter.
— Portant aussi le titre de princesse?
— Oui, répondit encore la Russe ; ce n'est pas un titre rare dans un empire dont presque toutes les grandes familles ont été jadis souveraines de petits États. Toutefois je ne prononcerai pas son nom... Mais pourquoi me regardez- vous ainsi?
— C'est que, repartit la duchesse, vous oubliez que mon père a habité la Russie avant la révolution, qu'il connaît tous les grands noms de la cour de Catherine II, et qu'il me sera facile de savoir quelle était la femme dont vous allez me révéler l'histoire.
La princesse, qui sentit l'attaque, sourit dédaigneusement et repartit :
— Si vous ne m'aviez pas interrompue, vous auriez vu que cela ne vous eût menée à rien, attendu que ce n'est point à Saint- Pétersbourg, mais à Paris que cette aventure est arrivée.
— * Ah ! fit la duchesse avec un air d'étonnement si naïf que madame de Kadicoff s'y laissa prendre ; venons donc à l'aventure, car je vois bien que, pour les personnages, je ne pourrai les connaître.
En disant cela, madame de Fosenzac avait déjà la conviction que celle qui parlait était l'héroïne de l'aventure, mais elle voulait en avoir la certitude; elle se promit de ne plus interrompre le récit.
— Je vous disais donc, reprit la princesse, qu'il y avait alors à la cour de Russie une femme du plus haut rang, et il faut que j'ajoute de la plus grande beauté. C'était un assemblage parfait de toutes les grâces que peut donner la nature et de toutes celles que peut enseigner l'éducation la plus soignée.
Cettre phrase confirma la duchesse dans son opinion, mais elle n'en montra rien, de peur de mettre obstacle au torrent d'admiration dont les premiers flots venaient de paraître et qu'elle voulait laisser déborder pour son instruction particulière. La princesse continua i
-— Imaginea-vous une petite femme légère, fluette, admirablement proportionnée, souple comme un gant, des ^eux bleus d'une langueur céleste, des dents comme des perles, une bouche rose, des cheveux d'un blond doux et languissant, avec une taille de guêpe, un chef-d'œuvre de la nature enfin.
— C'est cela, se dit la duchesse, le portrait est si peu ressemblant qu'il est impossible de ne pas le reconnaître ; cependant elle se tut encore, et la conteuse reprit avec une activité de babil qu'on ne lui eût pas supposée un instant auparavant :
— Quant à l'esprit de cette femme, il était à la fois naturel et orné, brillant et profond; son caractère était un mélange charmant de douceur et de fierté, de franchise et de retenue, c'était enfin...
— Une femme qui a dû inspirer de bien violentes passions, dit la duchesse avec un soupir, comme si elle eût rêvé (jue le ciel n'avait pas été juste de donner tant et de si supérieures qualités à une seule femme.
— Mais oui, repartit la princesse en caressant son reste de
beaux cheveux, elle a été aimée ; mais, avec tous ces dons de
la nature, pour être heureuse, cette femme avait un grand défaut.
— Ah ! fit la duchesse, voyons le défaut.
— Cette femme était d'une excessive sensibilité ; l'idée défaire du mal à quelqu'un ne fût jamais entrée dans son cœur, et la vue des souffrances d'un malheureux lui portail des atteintes dont elle avait toutes les peines du monde à se remettre. C'est ce qui amena son départ pour la France. Le prince, son mari, avait pour secrétaire un jeune Allemand nommé Mésinger, qui chantait à ravir et qui composait de charmante musique. La princesse avait distingué ce jeune homme ; elle voulut lui donner le moyen de se produire. Pour un homme de talent (et je dois dire qu'elle avait cette manie de protéger le talent, manie qui était alors celle de tout le monde), pour un homme de talent, dis-je, la meilleure protection qu'on lui puisse accorder, c'est de faire connaître ses œuvres. La princesse, qui comprenait les choses dans leur sens le plus élevé, voulut servir la gloire de Mésinger, et pour cela elle mit quarante esclaves à sa disposition.
— Quarante esclaves, dit la duchesse, pour servir la gloire d*un musicien 1
— Oui, fit la princesse en souriant, c'était pour se composer un orchestre.
— Ah I dit la duchesse, ces esclaves savaient la musique î
— Vous ne me comprenez pas, dit madame de Kadicoflf. La princesse donna à Mésinger quarante esclaves pour leur apprendre à exécuter sa musique, et, pour que ce don lui fût profitable, elle assistait de temps en temps aux leçons. Aussi les progrès furent rapides. Sous les yeux de la princesse, le chef des esclaves n'osait se départir de la sévérité qui lui était commandée, et, comme la princesse était fort bonne musicienne, à la moindre faute d'un violon ou d'un alto, elle n'avait qu'à faire un signe, et l'exécutant recevait une si rude correction qu'il savait bientôt sa partie.
— Ah I fit la duchesse, je comprends que de pareilles leçons devaient être un véritable tourment pour cette pauvre femme.
— Vous ne pouvez vous en faire d'idée, reprit tranquillement la princesse; ce pauvre Mésinger était le plus malheureux des hommes, les choses' allaient tout de travers, et il souffrait de véritables tortures quand une fausse note venait lui écorcher les oreilles ; la princesse le prenait en pitié et lui venait en aide de son mieux, mais elle ne put jamais obtenir pour les œuvres de son musicien cette perfection qu'elle voulait absolument, quoique deux esclaves eussent déjà succombé à la bonne volonté qu'elle mettait à le servir.
Cette phrase commença à faire comprendre à la duchesse l'espèce de sensibilité particulière à un cœur de femme russe. Mais elle alla beaucoup trop loin en s'imaginant que, pour arriver à une pareille cruauté, il fût nécessaire que celle qui l'avait exercée fût dominée par une passion aveugle. Il était réellement vrai que la princesse anonyme protégeait à coups de knout les succès de son amant ; mais il n'aurait pas été nécessaire que le musicien Mésinger fut si tendrement chéri pour que les leçons fussent menées avec cette activité. Un caprice à satisfaire en eût ordonné autant. La duchesse l'ignorait, et elle en resta à la supposition que nous avons dite, pendant que la princesse continuait ainsi :
— Cependant l'orchestre marchait assez passablement pour qu'on pût le risquer dans une grande fête où la princesse comptait éclipser tout ce qu'on avait tenté jusque-là. L'impératrice seule possédait un orchestre aussi complet et aussi nombreux, et c'était
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une véritable audace que de rivaliser avec elle. Mais aussi quel triomphe si elle réussissait I La fête fut annoncée, et tout le monde en parla d'avance avec un enthousiasme qui ravissait Mésinger; on attendait répreuve avec une grande impatience. La princesse ne quittait plus les répétitions^ et le secrétaire musicien passait toutes ses journées près d'elle. Comme je vous Fai dit, ma chère, il était fort beau, et, comme dans cette occupation journalière à laquelle ils se livraient ensemble, la princesse avait quelquef(»5 oublié les lois de l'étiquette, on osa dire que leurs entrevues n'étaient pas toutes consacrées à la musique. Ces calomnies n'arrivèrent pas malheureusement aux oreilles de la princesse, qui les eût fait cesser aisément, mais elles parvinrent à celles de son mari, et cela précisément le jour de la fête et dans des circonstances dont il profita avec un horrible raffinement de barbarie. La soirée était à son plus haut degré de magnificence : c'était le moment où l'on devait entendre le fameux orchestre. Tous les regards étaient fixés sur Mésinger et sur la princesse. Il faut le dire, son trouble, qu'elle ne put suffisamment dissimuler, pouvait autoriser les soupçons qu'on avait élevés contre elle. Quant à Mésinger, il était comme un roi devant son pupitre, et toutes les femmes le contemplaient avec une admiration envieuse. Le moment solennel arriva enfin; la princesse fit un signe, et l'orchestre commença. Mais, dès les premiers accords, voilà qu'un malheureux, qui était chargé d'une partie de trompette, commence à détonner d'une façon horrible; des rires bruyants parcourent le salon de musique; je rougis; Mésinger devient pâle comme un cadavre.
La princesse était si animée à son récit, qu'elle ne s'aperçut pas du: je rougis, mais la duchesse ne le laissa pas passer. Madame de Kadicoff continua :
— On se regardait en chuchotant ; les quolibets couraient de bouche en bouche ; Mésinger se montra un véritable héros. Use lève, arrache à l'esclave son instrument et joue sa partie avec une vigueur et une intrépidité qui enlèvent tout le monde ; le premier morceau eut un succès magnifique. Mais à dix pas de l'endroit où se tenait la princesse, dans un groupe près duquel se trouvait son mari, un mot affreux avait été prononcé :
« — Comment peut-on aimer un homme qui joue de la trompette!... »
Madame de Kadicoff s'arrêta, et, après une moment de réflexion, elle reprit :
— Permettez-moi de ne pas vous répéter l'ignoble quolibet dit F un jeune gentilhomme prussien et qui avait pour conclusion tte horrible phrase :
<( — Son triomphe est complet, mais fi des baisers qui sentent sclave !»
Il faut remarquer que c'était une femme qui parlait à une femme; qu'il y a dans ce sexe une intelligence qui comprend parfaite- 3nt les phrases les plus obscures : donc la duchesse comprit ce i*avait voulu dire son amie. Celle-ci poursuivit avec une nouille animation :
— Ce mot fut entendu par le prince, et il lui apprit la vérité. Comme c'est difficile de mentir! En effet, déjà madame de Kadifif a avoué par un je involontaire qu'elle était l'héroïne de Thisire, et voilà maintenant qu'elle reconnaît comme vérité ce que, lelques phrases auparavant, elle appelait calomnie. Cependant, e n'avait pas interrompu son récit, et, si nous sommes obligés
le faire, c'est que nous* avons à rendre compte à la fois de ce :e dit une femme et de ce qu'une autre en pense, deux choses en différentes, vous le pouvez croire.
— Oui, ma chère, dit la princesse, il suffit de ce mot pour lairer le prince, et comme c'était un homme d'une violence :trême, il résolut immédiatement d'en tirer vengeance. Punir sa [nme eût été difficile : elle avait une famille qui ne l'aurait pas uffert. Ce fut donc contre Mésinger que se tourna toute sa colère. \ fête était terminée. La princesse, retirée dans ses apparteents, recevait les félicitations de son mari, qui les lui prodiguait rec un empressement dont elle çût dû se défier; mais l'éloge, ôme d'un mari, fait du bien à une femme, et celui de Mésinger ms la bouche du prince était si piquant, si original, si amusant, le la princesse s'amusait à le lui faire répéter à satiété. Tout à >up, au milieu de l'exaltation outrée du prince et de la joie sarunique de la princesse, des cris douloureux s'élèvent de Tune 3s cours intérieures du palais.
« — Qu'est cela? s'écria la princesse.
» — Rien, ma chère, fit le prince, j'ai voulu que le misérable iii a failli compromettre votre succès fût puni de manière à ne ais donner aux autres l'envie de recommencer.
» — Que voulez-vous dire ? repartit la princesse.
» — J'ai fait, dit le prince, appeler le correcteur des esclaves ^ssitôt après le concert, et je lui ai ordonné d'appliquer deux
cents coups de koout au drôle qui a joué de la trompette.
» — Mais, s'écria la princesse dont des cris de plus en plus déchirants venaient frapper l'oreille, ce n'est pas la voix de l'esclave qui crie..» c'est celle de Mésinger.
» Le prince se mit à rire si bruyamment, qu'il couvrit l'éclat de ces cris de douleur.
» — Vous êtes folle, ma chère I Comment voulez-vous qu'on se soit trompé à ce point ? Le pauvre Mésinger I mais il en mourrait, il n'y est pas accoutumé.
» — Mais, reprit la princesse avec horreur, c'est sa voix, je là reconnais. Ah! le correcteur s'est trompé*
» Elle s'avança vers la fenêtre pour l'ouvrii* et ordonner qu'on cessât cet horrible supplice. Mais le prinbe, l'arrêtant d'un air badin, reprit en ricanant)
« — En vérité, ma chère, vous me feriez croire que vous n'avez dans les oreilles que la voix de ce Mésinger... Ah! faites-y attention. . . on en parle I
» Ce dernier mot fut prononcé avec une expression telle que je ne pus m'y méprendre. (Encore un j^ indiscret.)
« — Laissez donc finir cette expédition et parlons affaires, dit le prince* Il y a longtemps que vous désirez voir la France, il s'offre une admirable occasion pour vous de satisfaire voire curiosité.
» A ce moment les cris arrivèrent à une violence effrayante; il n'y avait plus moyen pour la princesse de les méconnaître, carie malheureux Mésinger invoquait le nom de celle qui l'avait perdu, et les mots de : « Phœdoi^a! Phœdoral'à moi ! » parvenaient clairement à ses oreilles; Le prince les entendait aussi, mais son visage était calme,' et sa parole était aitssi tranquille que s'il n'eût éprouvé ni le ressentiment de son^ outrage ni la joie de sa vengeance. Il continua en disant :
(( — Ou je suis un mauvais courtisan, ou votre triomphe de ce soir déplaira souverainement à l'impératrice. De deux choses l'une: ou il faut ne plus recommencer une pareille lutte, et ce serait témoigner une crainte servile pour un déplaisir de vanité, ou fl faudrait la continuer, et ce serait alors vous attirer un véritable danger. Le plus sûr parti qu'il y ait à prendre pour vous et pour moi...
j) Et il appuya sur ce pour vous et pour moi de manière à lui donner toute la signification possible.
CONFESSION GÉNÉRALE. 3!i
« — Le plus sûr moyen, dit-il, est de quitter Saint-Pétersbourg is deux jours et de vous rendre en France, où je vous suivrai s que j'aurai terminé ici quelques affaires.
» La princesse écoutait son mari, tandis qu'elle suivait avec xiété le bruit mourant des cris' de la victime. Déjà le malheureux taisait et le prince ne parlait plus, il régnait un silence terrible ns le salon, on ne se plaignait plus dans la cour. Mais un bruit mtQDdait encore : c'était celui d'un knout frappant toujours sur i corps où il n'y avait plus assez de vie pour exhaler une plainte, ce moment, l'horreur de cette infortune égara la princesse au ânt qn'elle se précipita aux pieds de son mari en s'écriant : « — Oh I grâce I grâce ! au moins pour sa vie ! » Le prince fit l'étonné et repartit d'un air railleur : « — Comment I madapae, vous avez tué deux esclaves parce l'ils n'apprenaient pas assez vite la musique de M. Mésinger, et )us ne voulez pas que j'en corrige un seul pour le punir de ne is l'avoir apprise du tout I
» Je l'avoue, la princesse douta du témoignage de ses oreilles, le crut que cette voix n'était pas celle de Mésinger ou que son lari s'était trompé de bonne foi; elle tremblait d'avoir laissé :happer un aveu fatal, lorsqu'une portière se leva et un esclave arut. C'était l'exécuteur.
(( — . Votre Altesse, dit-il au prince, m'a ordonné de lui venir pprendre le résultat de l'exécution.
» — Est-elle donc terminée? dit le prince.
» — Non, monseigneur; mais, comme master Mésinger est mort u cent vingtième coup, je venais demander à Votre Altesse s'il illait continuer jusqu'à deux cents.
» La princesse tomba sur un divan, attachant sur le prince des égards épouvantés. Il répondit par un léger sourire de raillerie, it, se retournant aussitôt vers l'esclave, il lui dit :
« — Ah I Masislhi est mort?
» — Mais non. Votre Altesse, c'est le master Mésinger.
» — Comment, Mésinger I s'écria le prinCe, en feignant utie grande colère et une vive surprise ; qui vous a donné cet ordre ?
» — Mais, reprit l'esclave tremblant, Votre Altesse nem'a-t-elle pas dit de donner deux cents coUps de knôut à l'homme qui avait jouéde la trompette pendanèle concert, et ne m'a-t-elle pas répété. . . ?
j) — Assez! s'écria lé prince en l'interrompant, tu payeras cette erreur de ta vie, misérable ! Sors.
:H2 confession GÉiNÉRALE.
L'esclave partit, le prince et sa femme restèrent seuls; elle lui dit alors, au risque de se perdre :
« — Vous êtes un lâche d'avoir tué Mésinger, un homme libre comme un esclave, et vous êtes un bourreau de vouloir tuer cet esclave parce qu'il a accompli vos ordres. »
Le prince lui repartit en la saluant de la main :
« — Il faut bien justifier mon erreur. Adieu, ma chère, car je ne pense pas vous revoir avant votre départ pour la France. »
Le lendemain la princesse partit pour Paris , où ratteodait Taventure que je voulais vous raconter d'abord, mais que vos questions m'ont fait retarder pour pouvoir vous expliquer ce qui avait amené cette femme en France.