‹ Confession généraleChapitre 46 sur 62 · PREMIER SUCCÈS · texte numérisé non relu

PREMIER SUCCÈS

Ce M tiii grand événement dans la famlilé dtl mâi*(ftfls (pe lés arrêts de son fils, M. iè comte. Pour lé vieux marqulè, tltic |)tiDitioti infligée à un gentilhomme avait encore toute la solennité des Jcfiirà passés. Il lui semblait voir lé roi redemandant Son épée à l'un de ses serviteurs et renvoyant en exil dans ses terres. Son nom était compromis par ikié mesure si outrageante, et il fallait, à son Sens, que la faute de son ûls fût bîeiï grande ou que celui qui Tavait ordonnée fût bien osé. En conséquence, ce fût un concours extraordinaire de visites chez le jeune soiis-liéutenant pendant toute la première journée de ses arrêts, et, quand lé marquis eut appris poui' quelle faute son noble fils était sî sévèrement condamné, il se révolta contre cette discipline de Prussiens introduite dans Tarmée par Tusurpateur, et qu'on appliquait à de bons gentilshommes ; mais son indignation ne connut plus de bornée lorsqu'il sut que ce n'était pas un autre gentilhomme comme Id qui l'avait appliquée S son fils, mais un parvenu, un soldat de fortune, lin manant, un monsieur Grégoire Val vins tout court. En effet, ce fut seulement alors que le marquis apprit le nom du chef supérieur de son fils : daUs le temps il s'était informé du nom du colonel, puis il né s'en était plus occupé, et Lesly n'en avait jamais parlé, tant était séparée la Vie de gentilhomme dû jeune comte de Sa vie de militaire. Ceperidafit le marquis ne montra pas dé colère à son fils. Il avait fait une faute, et, bien que la punition M parût insolente, il ne voulait pas la condamner devant le coupable. Il lui semblait seulement que ce M. Val vins aurait dû lui demander la permission de punir son noble subordonné, et, en ce cas, disait-il, j'aurais fait mon devoir et je l'aurais soutenu dans cette sévérité. Le marquis disait cela à sa fille, et ajoutait :

— Je me plaindrai au ministre de la guerre; j'y vais de ce pas et j'aurai raison de ce M. Valvins.

I-A duchesse tressaillit à ce nom, et cet événement, dont elle

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trouvait que tout à VhBtitè sort père s'exagérait Timportance, devint pour elle nû événement immense. Léonîe ignorait complètement le service militaire et la portée d'une punition tôitmie celle que son frère subissait. Mais, du moment que c'était Valvins qui l'avait ordonnée, elle devait avoir un but terrible. Peut-être était-ce son frère que cet homme avait choisi pour victime, né pouvant arrive!* jusqu'à elle? peut-être était-ce sa perle, son déshonneur qu'il voulait consommer t Une fois cette supposition admise, voilà la duchesse (}tii prévoit d'affreuses catastrophes, et, VCrulant savoif toute îa puissante du danger pour l6 combattre, elle monte eu voiture et se ^end aussitôt chez son frère. Il était étendu sur une chaise longue, jouant dved son chien de chasse, riant en lui-même de rempressetaettt de tous ses nobles parents à venir lui témoigner la part qu'ils prenaient à soti malheur, lorsque la duchesse entra d'un air effaré. En b Voyant ainsi pâle, agitée, il se mit à rire en lui disant :

-^ Et toi aussi !

La duchesse, dont l'imagination était montée aux plus sinistres prévisions, fut très*étonnée de cet accueil, mais elle l'attribua à la légèreté du caractère de son frère, et lui répondit tristement :

— Cela t'étonne que je vienne lorsque tu es malheureux, persécuté?...

Mèlchiol* i*edevint tcfut à coup sérieux ; il prit les mains de sa sœur, et, après avoir considéré un momeUt combien elle paraissait tremblante, il reprit en souriant doucement :

— Tu es bonne, et je sais combien tu m'aimes ; mais. Sans vouloir méconnaître cette excellente tendresse que tu me montres, jd te répéterai : Et toi aussi!

r— Que veux-tu dire?

-^ C'est, dit Melchior en asseyant Léonîe près de lui, qu41 n'y a ici ni persécution ni malheur; je suis aux arrêts, t^est uU des très-petits inconvénients de mon état, et j'y suis justement.

— • Justement ? dit la duchesse, ce ne peut pas êire, tu es iridapâble d'avoir mérité ...

— Mérité d'être this aux àf rets ! s'écria Lesly en riant, je Tai mérité Vingt fois, et, sans la pfcrtection d'Utt brave homme qui m'adore je ne sais pourquoi, j'y aurais passé la moitié de mon temps.

La duchesse était si convaincue des idées qu'elle avait apportées chei son frère, qu'elle n'eu voulait point départir, et elle répandit :

— C'est possible , mais cette protection sera-t-elle assez puissante contre les mauvaises intentions d'un homme qui a juré de te perdre ?

— Et quel est cet ennemi ? dit Lesly sérieusement.

— Celui qui t'a condamné, repartit la duchesse en hésitant et sans vouloir prononcer un nom qui lui était odieux.

— Qui ? reprit vivement Lesly ; le commandant Valvins?

— Lui, répondit la duchesse avec un profond soupir, comme si avec ce mot s'était échappé l'aveu de sa faute.

— Boni reprit Lesly en riant. Mais c'est le meilleur homme da monde; mais c'est lui, ma chère enfant, qui m'a sauvé de toutes les punitions que j'ai encourues. . .

— Lui? dit la duchesse d'un air étonné.

— Lui, reprit Lesly; sévère envers tous, indulgent envers moi, il me passe tout, m'excuse, me défend... Ce que je dois dire, c'est que je ne sais pas ce qui lui inspire cette préférence.

— Ah! fit la duchesse, ce n'est donc pas par vengeance qu'il t'a puni?

— Par vengeance ! dit Lesly, et de quoi pourrait-il m'en vouloir, à moins que ce ne soit d'avoir assez sèchement refusé les avances qu'il m'a faites autrefois?

— Ah ! tu as eu raison , dit rapidement la duchesse toujours préoccupée de ses pensées, et tu dois continuer à agir ainsi, dût-il t'en coûter encore des chagrins.

— Mais il ne m'en a rien coûté, ma sœur, dit Lesly affectueusement, mais c'est moi qui lui ai demandé àme mettre aux arrêts. Ah çà, qu'avez-vous donc? on dirait que la foudre est tombée sur la maison Lesly.

— C'est peut-être pis, dit Léonie.

Son frère la regarda encore, et, ne comprenant rien au trouble qu'elle montrait, il reprit :

— Voyons, écoute-moi, ma sœur, et sois raisonnable. Aussitôt il lui commença le récit de sa vie d'officier, s'accusant

franchement de tous ses torts et faisant ressortir à chaque faute l'indulgence de Valvins ; il finit par lui dire tous les détails de son entrevue avec le commandant, et ne lui cacha pas combien Valvins s'était attiré d'animosité par cette indulgence inconcevable. La duchesse écoutait, car elle comprenait le sens de la conduite de Valvins, et elle fut épouvantée lorsque son frère conclut sa longue confidence par ces mots :

— Quant à ce brave commandant que j'avais toujours repoussé, je ne serai pas ingrat envers lui et je le lui montrerai.

— Garde-t -en bien I s*écria la duchesse emportée par la terreur.

— Et pourquoi?

— C'est... c'est... reprit-elle en cherchant une raison à ce qu'elle venait de dire... Mais elle n'en trouva qu'une mauvaise et elle fînit par ajouter rapidement :

— C'est que mon père est furieux contre lui et qu'il doit être en ce moment chez le ministre de la guerre pour se plaindre de la conduite de ce M. Valvins à ton égard.

— Dénoncer le commandant ! s'écria le jeune homme en se levant avec indignation , ce serait une mauvaise action, et de notre part une insigne lâcheté, une odieuse ingratitude I Un loyal militaire, après tout, et qui, s'il a des torts comme chef, ne lésa eus que pour moi et par indulgence I

— Mais, mon frère, dit la duchesse...

— Ahl là-dessus, vois-tu, je n'entends pas raison ; si cela arrivait, s'il arrivait au commandant le moindre désagrément venu de cette façon, ce serait une honte pour moi, je n'oserais pas me montrer dans le bataillon, je serais déshonoré!

— Déshonoré I s'écria sa sœur.

— Oui, et si mon père a fait cette démarche aujourd'hui, je donne ma démission demain.

— Ta démission I Mais mon père est chez le ministre en ce moment.

— Mon père est fou I s'écria le jeune homme avec emportement ; il me perd ; ce serait à me faire arracher mes épaulettes par tous mes camarades.

— Mais que faire alors ? s'écria la duchesse.

— Que faire? dit le jeune Lesly ; il n'y a qu'une chose à faire, et toi seule peux me rendre ce service. Il faut, en sortant d'ici, aller tout de suite chez le ministre de la guerre. Tu entreras, avec ton nom on entre partout, tu lui diras que mon père s'est trompé, qu'il ne sait ce qu'il fait.

— Ah! Melchior...

— Tu lui diras ce que tu voudras, mais tu préviendras cette Sotte démarche, ou du moins tu en détruiras l'effet.

— Moi! s'écria la duchesse avec épouvante.

— Toi, oui,., toi qui es bonne, qui es juste^ tu ne laisseras pas

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persécuter Un brave et honnête homme à cause de moi... tune peux me refuser.

— Mais...

— Ah ! tu ne peux pas ? Je t'en supplie. .. Cela ne peut te coûter et tu m'épargneras le plus cruel chagrin que je puisse éprouver, tu m'épargneras une accusation de basse ingratitude.

La duchesse se tut et se leva pour sortir : elle était dans un état d'anxiété et de trouble extraordinaire.

— Mais qu'as-tu donc, Léonieî lui dit Son frère. Tu t'en vas sans me répondre. Dis-moi, iras-tu î

— J'y vais, dit la duchesse en s'échappaht de la chatobrede son frère, qui la reconduisit jusqu'à sa voiture, et qui cria au cocher, après avoir dit adieu à sa sœur :

— Au ministère de la guerre \

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