‹ Confession généraleChapitre 52 sur 62 · TÈTE A TÊTE · texte numérisé non relu

TÈTE A TÊTE

Nous demandons bien pardon à nos lecteurs de commenter à chaque moment le moindre mot de Thistoire que nous leur racontons ; mais, dans un récit pareil , ce sont les petits mots qui font les grands événements, et celui qui venait d'échapper à Léonie élàit le plus important qui fût encore arrivé. « Oh ! pas ici, » avaitelle dit à Valvins. N'était-ce pas un consentement à l'écouter ailleurs 7 et dans le court espace de temps qui sépara cette phrase du moment ou le commandant fut près d'elle , n'est-il pas naturel que la duchesse éprouvât un vif regret de son imprudence et se fût déjà armée d'une froide sévérité? Cependant il était accouru plein d'un triste espoir, celui de pouvoir dire , une fois avant de mourir, toutes ses douleurs, dussent-elles ne pas exciter un mouvement de pitié. Mais , lorsqu'à la place de cette émotion que lui avait donnée cette triste espérance , il trouva un visage glacé et contraint, tous les aveux de son âme se refoulèrent en lui, et il ne put que balbutier ce peu de mots :

— IPardon, madame, pardon je n'ai rien à vous dire, absolument rien.

La duchesse se tut. Ce ne fut plus un mouvémenl de vanité qui s^empara d'elle en voyant quel empire elle exerçait sur cet homme, et comme son cœur bondissait ou s'humiliait au gré d'ua seul mot, d'un seul regard ; ce fut un mouvement de pitié profonde pour lui et de désespoir pour elle, et elle repartit avec un accent aussi douloureux que patient :

— Cependant il faut en finir, monsieur, cela ne peut pas durer plus longtemps.

— Vous avez raison, dit Valvhis, et c'est moi qui mettrai un terme au supplice que je vous impose. Vous ne me reverrez plus, madame.

Léonie crut deviner dans ce mot une résolution de suicide, el

elle n*avait plus le courage de Taccepter ; elle en avait perdu le droit en irritant à plaisir la passion de Valvins.

— Quoi! lui dit-elle d'une voix amère, vous voulez mourir, monsieur?

— Non... ohl non, madame, dit Valvins avec un accent profond; c'est une lâcheté dont je ne vous menace pas. Je n'ai pas le droit de léguer à votre vie le souvenir d'un homme qui s'est tué poUr vous. Je vous connais, madame ; je sais que ce serait une douleur qui vous tourmenterait longtemps comme un remords. Un cœur comme le vôtre se croirait coupable peut-être de ce malheur comme d'un crime. Non, madame, non, je ne me tuerai pas; je ne laisserai pas dans votre mémoire ce fantôme d'un suicide dont cependant vous seriez innocente... Je ne me tuerai pas de mon désespoir, je vous le promets... J'en mourrai peut-être, mais ce n'est pas la même chose.

Une larme vint aux yeux de Léonie, et Valvins, qui ne la vit pas, continua douloureusement :

— Vous ne me verrez plus, mais seulement parce que je partirai, parce que je quitterai Paris pour longtemps, pour toujours.

— Soit, monsieur, dit Léonie émue et troublée, vous ferez bien.

— N'est-ce pas, dit Valvins, qu'une fois au moins je vous aurai complu en quelque chose ? N'est-ce pas qu'alors vous serez heureuse lorsque, comme un spectre de deuil, je ne gênerai plus de ma présence votre vie de plaisirs et de triomphes ? Alors vous oublierez tout à fait l'insensé qui se meurt d'amour pour vous.

— Ohl monsieur, dit Léonie tristement et comme si elle adressait ses paroles au passé, est-ce que je puis vous oublier... moi?

Valvins le comprit ainsi et repartit :

— Oui, c'est vrai, je resterai dans votre cœur, j'y resterai comme un misérable sans honneur, comme un hideux bourreau ; oui, j'y resterai ainsi, sans que rien, ni mes souffrances, ni mon désespoir, ni ma mort aient pu me justifier.

— Mais, s'écria la duchesse, y a-t-il au monde quelque chose qui puisse vous justifier?

— Ohl rien! fit Valvins avec une douloureuse résignation; . rieni c'est un crime sans pardon possible.

— Et cependant, lui dit la duchesse, vous l'avez espéré, vous l'avez tenté, ce pardon.

— Oui, madame, autrefois, quand j'étais encore sous l'empire

de cet égarement qui m'a poussé à ce crime détestable, quand j'avais encore dans le cœur et Tesprit les hideuses leçons qm

m'avaient avili J'ai cru qu'un tel outrage pouvait se pardonner,

comme j'avais cru qu'il pouvait se faire sans être un infâme.

— Ahl monsieur! dit Léonie avec fierté.

— Non, madame, dit Val vins, mon crime n'est pas de moi. Mais que vous importe I je n'en suis pas moins coupable. Seulement, il faut que vous le sachiez, si on pouvait en demander pardon comme on demande pardon à Dieu de l'avoir ignoré ou méconnu, je me mettrais à genoux pour vous dire : « Je vous vénère, madame, je vous respecte, madame, et si, je vous aime, ce n'est pas comme une femme, mais comme une vertu. »

En parlant ainsi, Valvins s'était arrêté presque incliné aux genoux de Léonie. Elle continua à marcher la main sur son cœur pour en contenir les mouvements tumultueux.

— Ah I s'écria Valvins avec désespoir, vous me fuyez toujours. Adieu donc, madame, adieu pour jamais !

Elle se retourna : son visage était inondé de larmes...

— Oh! non, non, reprit Léonie. Vous me devez votre justification.

— Quoi! vous consentez à l'entendre ? dit Valvins tout tremblant de joie.

— Oh I lui dit-elle, pas maintenant, pas ici... mais...

— Mais quand... en quel lieu?...

— Ce soir... Je vous le dirai ce soir.

Et elle s'enfuit.

LU

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