‹ Confessions d'un jeune anglaisChapitre 8 sur 11 · LA DOUCEUR DU PASSÉ · texte numérisé non relu

LA DOUCEUR DU PASSÉ

Comme les marins qui guettent de leur prison

La gracile ligne grise des côtes,

Je regarde surgir le passé

Et arriver les joies en essaim

Comme les blancs oiseaux des mers.

Je n'aime pas le grossier présent,

L'avenir demeure inconnu malgré nos recherches,

Aujourd'hui est la vie du paysan,

Mais le passé est un asile de repos. —

Les choses du passé sont les meilleures,

La rose du passé vaut mieux

Que la rose que nous cueillons aujourd'hui,

Elle est plus sainte, plus pure, plus digne

D'être placée sur l'autel où nous prions

Pour nos pensées secrètes obéies.

Là il n'y a ni déceptions ni changements,

Là tout est plaisant et tranquille,

Pas de peine, ni de destinée qui nous éloigne,

Pas d'espérance que la vie ne puisse accomplir,

l6o . CONFESSIONS

Mais un abri éthéré contre le mal.

Les plaisirs plus grossiers de l'heure

Tentent, débauchent et corrompent,

Et nous jouissons d'une fleur empoisonnée,

Sachant que rien ne peut sauver

Notre chair destinée à la tombe.

Tôt ou tard revenant

Affligés au nid bien-aimé,

L'âme remplie de tendresse infinie,

Nous nous écrions : Dans le passé est le repos,

Est la paix, et ses joies sont les meilleures.

Page 1