‹ Confessions d'un journalisteChapitre 10 sur 41 · PREFACE XIII · texte numérisé non relu

PREFACE XIII

bres ont développé une forêt de 500 hectares, c'était, il y a trente ans, un hameau de douze chaumières misérables, habitées par des fils d'anciens naufrageurs ; c*est aujourd'hui une petite ville coquette et pimpante, qui se compose de cinq cents chalets, dont chacun possède un jardin ou même un parc. Les fleurs y ont un parfum particulier, qui se mêlent étrangement à celui du goémon de la côte. Les camélias y poussent en pleine terre. On n'y a jamais trop chaud l'été, à cause de la brise d'ouest qui souffle presque à l'état permanent, et jamais trop froid l'hiver, à cause du voisinage du gulf-stream, et la neige y étant absolument inconnue. Vous voyez que c'est presque le « paradis terrestre. » De ma fenêtre je vois passer incessamment de petites barques et de gros navires. Si la terre n'était pas ronde, avec de bons yeux j'apercevrais le Canada, situé à deux mille lieues de distance, juste en face de moi. A gauche et à droite, séparées par une plage de huit kilomètres d'étendue, s'allbngent comme des coulisses de théâtre, deux immenses pointes de granit de l'effet le plus pittoresque et le plus puissant. Comme arrière-plan, la forêt, plantée de pins, d'aulnes, de chênes verts, de peupliers, de sycomores, d'érables, avec des vallées profondes comme la mer. Sur la plage un sable solide et fin, et pas un caillou, sauf quelques petits groupes de roches

Xrv PRÉFACE

dans lesquelles nous péchons, à chaque marée basse, des moules, des bigorneaux, des palourdes, des bemicles et les plus excellentes crevettes roses qui se puissent rencontrer. Le soir, nous avons, comme spectacle imposant, le soleil rouge qui se couche là-bas, derrière le rideau lointain, au milieu de petits nuages roses, gris, verts, violets, empruntant au grand astre des reflets charmants. Plus tard, nous assistons au lever de la lune, dont la douce lueur glisse sur le flot mouvant en y jetant comme des étincelles voyageuses. Et puis, quand, de votre logis, vous apercevez à peine quelques étoiles, nous en embrassons dans l'immense horizon des milliers, des millions, parmi lesquelles les phares qui éclairent l'entrée de la Loire ressemblent à de pâles lumignons sans nul éclat. Comme promenades, en outre des bois chargés d'ombre, nous possédons les stations de la Baule et du Pouliguen ; le bourg de Batz, entouré de salines qui de loin présentent l'aspect d'un campement où s'alignent un nombre infini de cônes blancs semblables à des tentes guerrières; le Croisic, port actif et ville accorte, d'oii l'on se rend à cet admirable hôpital marin de Pen-Bron, de création toute récente, au fronton duquel on peut écrire en toute sincérité: « Ici l'on guérit; » puis Saille, où Jean IV de Bretagne a voulu célébrer en grande pompe ses noces avec Jeanne

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