NAPOLÉON
En dehors des traits caractéristiques du grand art oratoire, ce qui frappe dans les écrits et les discours de M. Billault, c'est leur parfaite unité quant au système, à Tesprit général, à la doctrine, à la conviction. Sauf plus d'assurance et d autorité, plus de largeur et plus de force, on retrouve Thomme, à la fin de sa trop courte carrière, tel qu'on l'avait vu au commencement de sa vie publique. C'est toujours la même verve fine et spirituelle, la même clarté merveilleuse; c'est aussi la même pensée, la môme droiture, la même préoccupation, les mêmes principes, la même honnêteté.
Patriote et humanitaire : c'est ainsi qu'on peut résumer M. Billault, écrivain, avocat, député, ministre, organe autorisé de la pensée gouvernementale. Il eut deux passions dominantes, en effet : celle du pays, dont il voulut à toutes les époques la puissance, l'honneur et la gloire; celle des classes populaires, auxquelles il s'appliqua à donner, sans basse flatterie, toutes les marques d'un ferme dévouement, et en faveur desquelles il poursuivit comme religieusement la conquête de tous les progrés sociaux, ceux du moins compatibles avec
l'ordre, le droit et la saine raison. Peu d'hommes ont parlé autant que lui, ont autant participé aux affaires, se sont autant manifestés, pendant vingt années, si pleines, si actives et parfois si tourmentées ; aucun ne s'est moins démenti dans les phases successives d'un labeur incessant et multiple ; aucun n'est arrivé à se concilier à un plus haut degré les sympathies nationales, l'estime de ses adversaires, la confiance illimitée du Prince ; aucun n'a laissé de plus honorables souvenirs; aucun, assurément, ne s'est mieux survécu à lui-môme.
L'Empereur a perdu en M. Billault un ami dévoué, un serviteur fidèle, un conseiller sûr, réfléchi, courageux, qui fût peut-être parvenu à refouler le courant qui entraîna l'Empire à sa perte.
M. Billault eût, en effet, empêché l'avènement au pouvoir de M. Emile OUivier, et ainsi prévenu les fautes de la paix comme les erreurs de la guerre, le trône ne se fût pas écroulé sous l'effort impie de la révolution, et la France n'éprouverait pas les angoisses qu'elle subit aujourd'hui.
L'art oratoire, chez M. Billault, n'était pas le même que chez M. Berryer, M. Guizot et M. Thiers; mais, s'il n'avait ni l'ampleur superbe du dépulé royaliste,
ni la bonhomie rusée de l'homme du V' mars> ni la précision un peu tranchante du chef de la « Doctrine », son éloquence séduisait, charmait et pénétrait. Souvent même elle se produisait en belles envolées et honorait, elle aussi, à un haut degré la tribune française. Sans cesse elle grandissait en autorité. Sa force [résidait dans sa scrupuleuse honnêteté, et elle s'imposait par deâ procédés d'une correction parfaite. Elle était, d'ailleurs, redoutable encore par une finesse de langage où le sang-froid s'alliait heureusement à la sincérité. Ses adversaires ne le craignaient pas seulement : ils l'admiraient.
Lorsqu'il est entré aux affaires, après décembre 1851, en qualité de président du Corps législatif, M. Billault possédait 4,500 francs de rente. Lorsqu'il est mort, en octobre 1863, ministre d'État, après avoir été successivement ministre de l'intérieur deux fois et ministre sans portefeuille, on a trouvé dans sa succession 5,000 francs de rente.
En douze années, il avait économisé un capital de 10,000 francs, cet homme qui avait eu longtemps dans ses attributions les télégraphes et tout ce qui sert le plus sûrement à faire fortune!
A une époque où l'argent joue un rôle si actif et si général, un tel désintéressement^ un semblable oubli
de ses propres intérêts, un si complet dédain des richesses, sont bons à signaler comme un grand exemple, un puissant enseignement, un titre d'honneur presque de gloire.
Quel héritage rare et précieux dans une famille t