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CHAPITRE VI

E'Aseemblée et Louis-Napoléon. — Le Deux Décembre. — Les Sociétés secrètes. — Les conséquences du Deux Décembre. — Les différents systèmes de gouvernement. — L'Empire.

La situation en était arrivée à ce point qu'elle ne pouvait durer. Une explosion devenait à la fois inévitable et nécessaire. L'Assemblée avait rompu avec le Président ; l'exercice parallèle des deux pouvoirs était devenu impossible ; Tun devait succomber sous Peffort de l'autre.

Qui de l'Assemblée ou du Président sortirait victorieux de la lutte? Lequel prendrait contre l'autre une initiative indispensable désormais? Lequel aurait la force d'exclure son adversaire, et de restituer au pays sa sécurité évanouie ou perdue ?

Un moment on aurait pu croire que le Parlement triompherait. Infatigable dans son opposition, il atta-

quait toujours et sur tous les points Louis-Napoléon, qui, dédaigneux de ses adversaires ou sûr de ses destinées, ne consentait pas toujours même à se défendre. Les questions brûlantes se succédaient sans relâche, et toutes semblaient devoir aboutir à la guerre ouverte^ ment déclarée, à la suprême bataille engagée sur toute la ligne.

Cependant si cette crainte se fût réalisée, si le Parlement eût réussi, comme il y essaya plus d'une fois, à s'entourer de troupes à sa dévotion ; s'il eût dans l'armée créé deux catégories distinctes, Tune dévouée au Président, l'autre dont il eût disposé lui-même; si, appuyé sur cinquante mille baïonnettes commandées par un chef choisi pour la circonstance, il eût entrepris quelque acte de violence contre Louis-Napoléon, — la conséquence de tout cela eût été sans doute et inévitablement une conflagration générale, une guerre civile éclatant en même temps sur toute la surface du territoire, au profit certain de l'anarchie.

L'Assemblée était trop divisée de vues et d'intérêts ; de sentiments et d'ambitions, pour qu'un coup d'État tenté par elle fût de nature à réussir autrement qu'en jetant une perturbation profonde dans le pays. Toutes les passions excitées à la fois se fussent fait jour immédiatement en sens divers, et, en se heurtant, eussent produit toutes les douleurs, toutes les hontes, toutes les catastrophes. Le signal donné par la représentation nationale eût certainement été obéi : il en fût résulté

une de ces luttes funestes et terribles qui épuisent les peuples et tuent les sociétés.

Au début de ses hostilités contre le Président, l'Assemblée n'avait peut-être point mesuré l'étendue des événements qu'elles engendreraient fatalement le jour où, Louis-Napoléon étant décrété d'accusation, libre cours serait donné à la Révolution en attente. Depuis que, rendus à la vie privée, ses membres ont pu envisager rétrospectivement la situation, ils sont demeurés convaincus que c'eût été un moment à jamais néfaste dans notre histoire celui où, une fuis encore, l'exemple de la sédition fût venu du pouvoir parlementaire.

Qu'était, en effet, le Parlement pour assumer devant le monde attentif et anxieux la responsabilité d'un état tel que celui dont il préméditait ouvertement la réalisation?

Un composé de passions violentes qui, mutuellement ennemies, savaient néanmoins s'entendre, non sur le point d'édifier, mais sur celui de détruire. On eût combattu ensemble, renversé ensemble, jugé, condamné ensemble le Président; mais après? Après! Grand mot que les partis politiques devraient méditer avant de s'aventurer dans les entreprises qu'ils peuvent être habiles à concevoir, mais qu'ils se montrent presque invariablement impuissants à achever ou à poursuivre. Après ? Le Socialisme, plus audacieux, mieux organisé, plus uni, eût exploité tout seul le triomphe commun, et, brisant l'aveugle instrument de ses colères et

de ses haines, il se fût certainement rendu maître du présent, arbitre peut-être souverain de l'avenir.

Voilà, au vrai, la réponse, la seule réponse à ce point d'interrogation si vaste et si redoutable : Après ?

Et puis, de quel droit l'Assemblée, sans interroger le pays, sans consulter le véritable sentiment, l'intérêt réel du peuple, eût-elle donné ce signal téméraire ? De quel droit eût-elle commis cet attentat coupable? Louis-Napoléon avait-il trahi la France? Dilapidait-il nos trésors ? Nous livrait-il au joug étranger ? Nous poussait-il à une révolution sanglante ? La nation l'avait-elle frappé de ses anathèmes ? En un mot, avait-il commis quelque crime; et quel était ce crime? On ne prend point vis-à-vis de l'Élu de six millions d'hommes une mesure extrême sans motifs graves, sans présomptions sérieuses, sans griefs certains. Quels étaient donc ces griefs, ces présomptions et ces motifs? De plus, et encore un coup, qu'était donc ce droit excessif dont l'Assemblée prétendait user et abuser ?

Cependant, si l'Assemblée tardait à prendre une résolution et à l'exécuter, il était démontré que le Président n'hésiterait pas, lui, à accomplir un grand acte de vigueur, de justice et de salut. La France ne pouvait être traduite, pleine d'inquiétude et d'épouvante, à la barre de l'année 1852. Elle ne devait pas, épuisée de force et de courage, être condamnée à attendre, dans l'oisiveté et le silence, le moment fixé par l'anarchie

pour une lutte cruelle et désespérée. Non, il fallait qu'un terme fût mis sans retard à toutes les frayeurs, à toutes les incertitudes, à tous les funestes calculs, à toutes les combinaisons perverses. La prévision du péril est pire que le péril lui-môme, et plus Theure de l'échéance se fût rapprochée, moins la société se fût trouvée en état de résister au choc qu'elle devait subir. Tout se trouvait comme en suspens : dans Tordre moral, Tâme était hésitante, l'esprit concevait de légitimes alarmes, le cœur était rempli d'une anxiété sombre; dans l'ordre matériel, les ateliers vidaient sur le pavé de la rue les travailleurs sans pain ; Pagriculture voyait ses produits s'entasser, sans prix, dans ses greniers surchargés ; les transactions se trouvaient interrompues. La corde était tendue outre mesure : il fallait qu'elle se rompît.

Et, d'ailleurs, l'Assemblée avait, quoique tardivement, le sentiment vague de ce qui devait être, suivant la logique des faits. Un homme considérable, dont j'ai déjà cité un mot significatif, me disait, le soir du jour qui précéda immédiatement la résolution prise à PÉlysée : « L'Assemblée n'a plus qu'à chercher le moyen honorable de s^en aller. »

Voilà, suivant M. Thiers, où en était l'Assemblée législative le 30 novembre, trente-six heures avant le coup d'État ; voilà la foi qu'un de ses principaux membres, l'un de ses chefs les plus autorisés, avait en elle et en son avenir. L'hésitation n'était pas possible ; et,

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puisque le Parlement confessait son impuissance, c*était le moins que Louis-Napoléon le congédiât. Le repos, la délivrance du pays Texigeaient : la légalité s'inclinait devant le droit — le droit de ramener la vie au cœur déjà flétri de la France, le droit d'accomplir une de ces grandes tâches pour lesquelles certains hommes sont suscités par Dieu même, et dont Vin* fluence maîtresse marque des dates à tout jamais fameuses dans Thistoire du monde.

Il n'est pas opportun de dire ici les circonstances qui accompagnèrent la mise à exécution du plan hardi conçu par Louis-Napoléon. Je ne raconte pas, j'apprécie. Seulement, il semble utile de constater ce fait que la dissolution de l'Assemblée fut accueillie à Paris comme dans toute la France avec une faveur générale. On savait que toutes les révolutions qui avaient successivement éprouvé le pays étaient le fait du parlementarisme, et l'on détestait sincèrement les conspirations à l'aide desquelles l'Assemblée tendait à plonger le pays dans des désordres nouveaux. Quelques protestations isolées se produisirent, il est vrai; mais elles demeurèrent sans écho, et ceux-là mômes qui en furent les auteurs, rendus à la conscience d'eux-mêmes, regrettèrent bientôt, pour la plupart, de les avoir formulées.

Quant au peuple, il applaudit! Le peuple a les instincts sûrs; il aime les situations tranchées, parce qu'il y trouve des satisfactions et des garanties, et que.

avant tout, il veut vivre à l'abri des inquiétudes et des orages politiques. Aux pouvoirs hésitants et mobiles il préfère les pouvoirs forts et durables. A la place des magnifiques, mais stériles orateurs du Parlement, il possédait un chef unique^ ferme, résolu, qui avait su déjà, se concilier ses sympathies et sa confiance : de plus, son admirable prescience lui faisait, dans la dictature, entrevoir l'Empire. Enthousiaste, il acclama Louis-Napoléon, et se déclara unanimement de son parti.

Les sociétés secrètes essayèrent bien, dans les provinces comme à Paris, de mettre à profit l'occasion pour courir aux armes et tenter un effort contre le principe d'autorité triomphant. Elles se signalèrent par le meurtre, l'incendie, le pillage, et donnèrent ainsi la mesure de ce qu'elles avaient préparé pour le soulèvement général de 1852; mais, prises à l'improviste, elles ne tardèrent point à porter la peine de leur crime, et, une fois vaincues, le pouvoir de Louis-Napoléon ne fut que plus salutaire et mieux apprécié.

Cependant la France ne fut pas seule à consacrer par son adhésion le grand acte du Deux Décembre. L'Europe, justement préoccupée des complications que chaque jour aggravait, et qui devaient engager ou compromettre la politique tout entière du monde, attendait, impatiente, les événements prochains. Elle savait, comprendre les vices de notre Constitution et l'influence que cette Charte mal rédigée exerçait au

profit de la démocratie radicale. Craignant pour nous une révolution nouvelle, elle la redoutait encore et surtout pour elle-même ; attentive à la lutte engagée entre le pouvoir présidentiel et le pouvoir législatif, elle embrassait d'un regard les conséquences que cette lutte, suivant Tissuô qu'elle aurait, devait déterminer. L'intérêt personnel la guidant autant que l'intérêt social, elle désirait une solution prompte et ferme ; et assurément, si elle avait pu être initiée aux projets du Président, elle les eût secondés tout au moins de ses vœux. Aussi, lorsque la nouvelle du coup d'État lui parvint, elle applaudit à son tour. Sauvée, elle s'empressa de saluer, d'honorer, de féliciter son sauveur. La société était replacée sur ses bases; l'anarchie était partout vaincue ; le monde se trouvait subitement pacifié. Gomment l'Europe, reconnaissante et empressée, ne se fût-elle pas associée à ce triple triomphe, si rapidement, si heureusement réalisé? Gomment eût-elle hésité à en reporter toute la gloire à celui qui, seul, avait osé Tentrevoir et su l'obtenir?

Les passions ont diversement jugé le fait prodigieux de Décembre ; mais, devançant Thistoire, la sincérité des hommes de bonne foi, la raison publique, la gratitude des rois et le bon sens des peuples se sont unis pour le magnifier et le bénir. Que faut-il de plus pour être assuré de cette autre consécration que la postérité lui ménage?

, On peut avoir des préférences, aimer mieux une

dynastie qu'une autre dynastie, conserver, si l'on veut, ses regrets et ses espérances; rien de mieux. Mais cela " n'est exclusif ni de la vérité, ni de la justice, qui, en dépit du trouble apporté violemment dans les censci^ces, sont toujours vivantes dans le cœur des peuples. Voilà pourquoi le monde a adhéré, unanime et fort, à la grande œuvre du Deux Décembre. Voilà pourquoi, spectacle inouï, buit millions de suffrages, libres et spontanés, sont venus confier les destinées ultérieures du pays à Louis-Napoléon. Voilà pourquoi enfin la France, avide d'ordre et de sécurité, s'est levée bientôt, dans une acclamation immense, pour solliciter la fin de tous les provisoires et proclamer l'Empire.

Il est des moments décisifs et solennels dans la vie des nations. Indiqués par Dieu, ils ne sauraient échapper aux regards des hommes. La France a vu naître pour elle une de ces époques rares, où tout ce qui avait disparu s'est rétabli comme de soi-même, où tout ce qui s'était écroulé s'est manifesté de nouveau avec éclat, où tout s'est reformé et replacé. S'opposer à ce grand 1 abeur ou refuser d'y concourir, eût été s'insurger contre des desseins providentiels clairement écrits aux yeux de tous. La suprême volonté s'est accomplie I

Les conséquences de l'acte du Deux Décembre furent immédiates autant que décisives.

D'un seul coup, le pays se trouva délivré de ses

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inquiétudes d'avenir; l'unité d'action restitua au principe d'autorité le prestige et la force qui ne Tabandonnent jamais sans dommage pour l'ordre social; la paix se fit dans les idées et dans les consciences; les luttes anciennes s'évanouirent; sous l'influence d'une sécurité dont on avait enfin retrouvé les traces, l'argent cessa de se cacher, le travail redevint actif, le commerce reprit ses échanges suspendus. D'autre côté, la religion, soulagée des anxiétés qui l'attristaient, fut honorée et hautement protégée ; le bien-être matériel s'accrut, et les satisfactions de l'ordre supérieur, dont on semblait déshabitué pour toujours, furent rendues enfin au peuple reconnaissant.

La République était finie, sinon de droit, au moins de fait; la Révolution était vaincue.

Mais ce n'était point assez d'avoir remporté une éclatante victoire politique. Cette victoire, si éclatante fûtelle, se changerait inévitablement en défaite, un jour, si de grands et nécessaires progrés n'étaient poursuivis et promptement réalisés.

Après des bouleversements brusques et profonds, la société chancelante a des efforts prodigieux à dépenser pour éviter une chute complète ; ces efforts absorbent ses facultés, épuisent son énergie et la laissent impuissante pour les éventualités d'un lendemain prévu. Cependant, comme tout pays qui demeure stationnaire est un pays perdu, c'est le devoir des gouvernements de venir en aide à la société, et de pourvoir effective-

ment à tout ce qui peut raffermir et la rendre matériellement plus forte et moralement meilleure.

Seulement, tous les gouvernements ne sont point aptes à remplir cette double et grande tâche. Les gouvernements démocratiques entrevoient le progrés sans le pouvoir réaliser jamais; les gouvernements mixtes rébauchent lentement et péniblement; les pouvoirs vigoureux, résolus et « personnels », seuls^ peuvent y atteindre.

Une fois faite la Révolution de Juillet, Louis-Philippe, qui était assurément un prince habile, comprit bien qu'il avait des devoirs de restauration à remplir; il reconnut que des réformes étaient nécessaires pour rasseoir cette société qu'une ébullition populaire venait d^ébranler en la transformant ; il aperçut bientôt quel était le vice des institutions nouvelles données en hâte et sans réflexion suffisante à la France. Mais il ne put, ou rien tenter, ou rien accomplir. Il se heurtait sans cesse contre des obstacles constitutionnels qui, en enlevant toute initiative au chef de l'Etat, plaçaient le sort de toutes les questions entre les mains d'une Chambre où Ton parlait beaucoup et souvent très bien, mais où Ton travaillait fréquemment très mal. Une fois l'axiome « le roi régne et ne gouverne pas » passé à l'état de doctrine et de principe, il fallait en prendre son parti et s'attendre à une catastrophe incessamment menaçante. Notre pays a besoin d'être constamment et attentivement maintenu ; d'autre part, il convient de

toujours satisfaire aux exigences légitimes de son bienêtre et de ses progrés sociaux. Si le pouvoir manque à ces deux conditions, il est sans force, au jour des épreuves, et ne trouve point à Pentour de lui des sympathies dévouées qui Tappuient, le dégagent et le défendent.

Le système gouvernemental inauguré un peu au hasard sur les pavés de 1830, était condamné à l'impuissance, précisément à cause de la disproportion des rouages constitutionnels qu'il mettait en mouvement. Un roi qui n'exerce pas une autorité entière et supérieure ; un ministère responsable, soumis aux mobiles caprices d'une Chambre, fruit immédiat d'un monopole excessif et exclusif; cette Chambre livrée à Tinfluence des parleurs, et pleine, d'ailleurs, de foi orgueilleuse en elle-même et en elle seule : tout cela formait un ensemble d'organisation peut-être très approprié aux mœurs et aux intérêts d'un peuple voisin, mais dont la brusque acclimatation était impossible en France.

Et cet ensemble d'organisation ne pouvait qu'étouffer les questions, au lieu de les faire aboutir, que comprimer les développements nécessaires du bien, au lieu de les aider et de les servir. En effet, c'est une volonté ferme, prépondérante, obéie, qui réalise les grandes choses, et non point le système combiné et compliqué des conflits, des exigences, des concessions et des capitulations réciproques. Chaque pays, à l'exemple de chaque famille, doit avoir un chef, un maître, un régu-

laleur. Que s'il en a plusieurs, le dissentiment s'y fait promptement jour, et le désordre s'y introduit^ avec toutes ses suites logiques et inévitables.

Voilà la vérité gouvernementale consacrée par la raison, le bon sens et, par-dessus tout, la pratique; la voilà telle qu'elle ressort des enseignements douloureux de Juillet 1830 et de Février 1848, telle qu'elle résulte de l'épreuve successivement faite des deux Chartes constitutionnelles, l'une rédigée sous l'inspiration de Louis XVIII, l'autre acceptée et jurée par Louis-Philippe.

Cependant le gouvernement constitutionnel n'est pas le pire des gouvernements en ce qui concerne la réalisation du progrés. Le gouvernement démocratique, issu de la Révolution de Février, a fourni à cet égard des enseignements douloureux dont on n'a pas profité. Ses premières fautes et les calamités qu'elles engendrèrent furent bien attribuées à l'accès de fièvre qui l'avait produit. Mais, plus tard, son exercice se régularisa, et le concours le plus universel, le plus loyal lui fut acquis. On voulait une épreuve complète et sérieuse du système nouveau, et Ton s'y dévouait avec une honnêteté parfaite, avec une entière sincérité.

Toutefois, mis en demeure d'agir dans toute la plénitude d'une autorité à laquelle rien ni personne n'apportait aucune entrave, que fit le Gouvernement provisoire? que fit la Commission executive? Que fit le général Cavaignac ? L'épuisement du trésor public, le

trouble apporté violemment dans les relations sociales, des menaces de révolutions incessantes, le nom français amoindri, notre influence extérieure disparue, les insurrections surgissant périodiquement, la ruine planant sur le pays à l'état de permanence; voilà les progrés véritables réalisés par le gouvernement démocratique. A moins de descendre jusqu'aux détails découlant de ces faits principaux , il ne serait guère possible d'en découvrir d'autres.

Et, plus tard, après que le Dix Décembre fut venu protester contre ce régime, en portant Louis- Napoléon au pouvoir, si la situation se modifia, se développa et s'améliora, la cause en est facile à discerner. Devinant, connaissant tous les vices du système qu'il était choisi pour mettre en œuvre, le Président sut secouer parfois à propos le joug parlementaire; il réussit à diriger certaines délibérations et certains votes ; enfin, il n'hésita point à prendre inconstitutionnellement de salutaires initiatives. Voyant le pays mourir à la peine, il voulait le sauver ; pour cela il ne craignit point de se compromettre : il revendiqua, d'une âmefière,les responsabilités les plus graves, les plus dangereuses peut-être pour lui-même. En tout cas, ce fut contrairement au principe gouvernemental qui pesait sur la France que le bien se fit. Et quel bien, lorsqu'on le mesure au nombre et à l'étendue des maux à réparer ! Quoi qu'il en soit, ce serait un tort grave d'attribuer au gouvernement démocratique les progrés

réalisés par Louis-Napoléon dans le cours de sa première magistrature. Chaque progrés, en effet, hAtait la chute de cegouvernementet détruisait jusqu'à Tessence du système d'où il émanait. C'était la négation de la République, et comme le prélude de la Monarchie. Le système républicain ne pouvait favoriser aucun labeur de réparation; il ne pouvait même en devenir l'utile auxiliaire ou le glorieux complice. Il était bien naturel que, souhaitant autre chose que ce qu'il est apte à produire, on s'écartât de lui.

Ces considérations élémentaires suffiraient à démontrer rinfériorité du gouvernement démocratique et du gouvernement constitutionnel, quand bien même les faits ne se grouperaient pas pour la consacrer. Ainsi, et pour ne citer qu'un exemple, fourni par l'hisloire politique des deux régimes contraires, je prends la conversion des rentes. Le gouvernement de Louis- Philippe a longtemps et soigneusement étudié cette question, qu'il présenta à la Chambre au moins par deux fois. Discutée par l'intérêt, l'ignorance ou l'esprit d'opposition, elle a vivement passionné, alarmé, inquiété le pays; elle a donné, dans la presse, lieu à toute sorte de protestations violentes, et s'est trouvée « enterrée par le scrutin, » comme on disait alors. Eh bieni il a suffi d'une matinée à Louis-Napoléon, dictateur, pour réaliser ce que dix-huit années de royauté constitutionnelle avaient en vain tenté. Un décret a été inséré au Moniteur, et cette grande et utile mesure s^esl

trouvée accomplie. La spéculation s'en est émue» comme de juste; mais la France n'en a point été troublée et une révolution ne s'en est point suivie.

Et la presse, cette ennemie intime de tous les gouvernements que les gouvernements se sont plu cependant à protéger toujours, et dont ils ont été les premiers à seconder les excès, même lorsqu'ils devaient en souffrir gravement, — la presse, qui n'avait presque jamais pu être dominée ou contenue, a-t-il fallu longtemps et de grands efforts à Louis-Napoléon, devenu maître de la situation, pour la ramener au rôle véritable qu'elle doit jouer dans l'État? Or, qui s'est plaint, à part quelques journalistes désœuvrés ou dévoyés, de la réserve imposée aux journaux ? Qui a regretté la violence de leur langage, les excitations de leur polémique, la guerre déloyale et quotidienne qu'ils faisaient au pouvoir, les ravages qu'ils produisaient sans cesse dans la société?

Et les sociétés secrètes, quel gouvernement constitutionnel eût osé les traquer, les décimer et les dissoudre comme Ta fait le gouvernement du Président, après le Deux Décembre?

Et le Crédit Foncier fondé, et la Guyane transformée en vaste pénitencier, et les bagnes supprimés, et les institutions mises en rapport direct avec les besoins généraux, et tous les autres progrés qui se sont succédé dans l'arçaée, dans la distribution équitable des secours sociaux, dans le sort du clergé, dans le dé-

veloppement de l'instruction primaire, dans l'organisation des sociétés charitables, dans l'établissement des franchises industrielles, dans la mullipUcation des échanges commerciaux; dans le plus vaste rayonnement du bien-être, dans l'émancipation du prolétariat, dans la vulgarisation de l'enseignement agricole, dans l'avancement de la classe laborieuse, dans toutes les sécurités effectives et morales, quel gouvernement autre qu'un gouvernement énergique et doué d'une vigoureuse volonté aurait pu les réaliser?

Vérité longtemps méconnue, mais qui, à présent, apparaît éclatante et souveraine à tous les yeux : il est donné aux seuls pouvoirs forts de fournir aux peuples, en outre des garanties d'ordre, de stabilité et de bon gouvernement qui leur sont nécessaires, tous les éléments d'amélioration dont ils sont susceptibles. J'ajoute que, seuls encore, ils peuvent les faire jouir d'une liberté réelle.

La liberté ne consiste pas à faire tout ce que l'on veut, mais tout ce qui peut être fait sans que personne, les citoyens ou l'État, en éprouve quelque préjudice. Ainsi, après Tacte du Deux Décembre, quelques-uns ont fait sans doute ce qu'ils eussent voulu un peu moins que précédemment ; mais nul n'a été gêné, n'a été offensé, n'a été violenté dans Texercice régulier de ses fonctions, par la licence effrénée dont on pouvait user et abuser à son égard sous le gouvernement de Février. Le pouvoir a placé des bornes pour maintenir

la liberté contre ses propres excès : à la bonne heure! mais était-ce bien aux honnêtes gens de s'en plaindre? Le Gode pénal n*a été rédigé qu'à Tintenlion des voleurs^ des assassins et des incendiaires ; assurément les lois régulatrices de la liberté ne sont jamais édictées contre les hommes d'ordre et de probité politique. Seulement, plus ces lois sont sévères, plus la liberté vraie, la liberté sage et raisonnée se trouve effectivement protégée, plus elle est à l'abri des atteintes extérieures sous lesquelles les partis se plaisent fréquemment à l'asservir.

Dés les premiers jours qui suivirent le coup de main de Février, il a été facile d'apercevoir que la République mènerait, en France, une existence éphémère et tourmentée, qui aurait pour issue inévitable le retour à la Monarchie ; mais il est peu d'esprits sérieux qui, au lendemain du Dix Décembre, n'aient envisagé la question comme résolue en faveur de l'Empire. Et, à ce sujet, il est peut-être à propos de remarquer que l'Empire était véritablement dans le sentiment public, même lors de la première élection présidentielle, et que, sans savoir s'en rendre un compte exact, on hâtait de ses vœux un avènement dont l'effet inévitable devrait être, tout en détruisant des espérances individuelles, d'assurer le salut de tous. On pressentait déjà en Louis- Napoléon le futur Empereur, et, en dépit de ses préfé-

rences comme de ses regrets, on lui fournissait les moyens certains de triompher de la situation tout entière, et de diriger les événements presque à son gré. Toutefois, le Président, sûr de l'avenir et plein de foi dans les aspirations véritables de la France, sut attendre et ne rien compromettre par une précipitation dangereuse. Il avait été convenu que l'on ferait de la République une épreuve loyale, complète, sérieuse, qui, une fois achevée, permettrait au moins au pays de désigner la forme gouvernementale, le régime politique qui lui convenaient le mieux. Un contrat avait été comme conclu dans ce sens et signé. Louis- Napoléon voulut en respecter religieusement les clauses, jusqu'au moment où l'intérêt général réclama impérieusement l'un de ces actes souverains qui font époque et marquent dans la vie des peuples. C'est ainsi qu'au 29 janvier 1849, il put aisément s'emparer du pouvoir dictatorial, et ne le fit point ; c'est ainsi qu'au 13 juin de la même année, il négligea volontairement l'occasion que lui fournissait l'échauffourée de M. Ledru-RoUin de se faire déclarer Empereur. Les événements ultérieurs lui ménagèrent et lui offrirent des circonstances dans lesquelles il eût pu tenter librement et facilement les grandes choses qu'il a depuis réalisées : il a semblé méconnaître ces événements et dédaigner ces circonstances. L'heure dernière de la République n'avait pas sonné; l'expérience du régime démocratique n'était point arrivée à son terme.

Et, au Deux Décembre, le coup d'État effectué aux applaudissements de la France et du monde, — ne semblait-il pas dans la logique de la situation que. le Président se proclamerait Empereur? Tout pouvait être accompli alors, parce que le bien de la société semblait tout commander. Cependant rien ne fut tenté au delà de la dictature, ratifiée, d'ailleurs, par huit millions de suffrages. La forme républicaine fut conservée; et, si une nouvelle phase s'ouvrit pour elle, si elle fut soumise à une nouvelle expérience, c'est que l'Empire, pour être fort, pour être grand, glorieux et légitime, devait être voté, non pas décrété; il devait sortir, non de la volonté ambitieuse d'un homme, mais de l'acclamation libre du pays.

C'est donc à la France elle-même et à elle seule que le soin fut remis de décider de ses propres destinées et de prononcer sur le sort de la République.

Louis-Napoléon comprit que les dynasties, même providentiellement suscitées, ne peuvent être le produit violent du fait; pour être solidement établies, elles doivent être le résultat du consentement unanime et spontané du peuple. Voilà, pourquoi il refusa de profiter des avantages personnels que lui offrirent ces conjonctures; il attendit avec une patiente confiance que la nation, éclairée et instruite, lui indiquât, sinon la route à parcourir, du moins le but à atteindre. Il se contenta de poursuivre résolument sa lâche : il restaura ce qui devait être restauré, protégea ce qui devait être

protégé, rassura ce qui demandait à être rassuré, triompha de ce qui devait être détruit; il gouverna avec dévouement, avec loyauté, avec prudence, avec sagesse; puis il attendit.

Or, la France a parlé; ses aspirations se sont clairement manifestées, de même que ses répulsions, et le Président a été comme mis en demeure par le vœu unanime du pays de se préparer à de nouveaux devoirs. Une révolution nouvelle est accomplie. La République a disparu avec les menaces qu'elle [renfermait; le régime monarchique nous est venu sans commotions, sans troubles, sans que l'argent pris d'épouvante abandonnât le marché, sans que la propriété avilie refusât d'alimenter ceux qu'elle doit faire vivre, sans que l'industrie fût condamnée au chômage, sans que le commerce éperdu échouât dans l'abîme de la faillite. Tout au contraire, le retour à l'ancienne forme gouvernementale, aux traditions efficaces, aux principes féconds, aux doctrines éternelles, s'est opéré à mesure que la prospérité publique se développait en s'agrandissant. L'on eût dit que Dieu nous avait ménagé les événements pour que les leçons qu'ils renfermaient fussent plus lisiblement écrites à tous les yeux.

Et, circonstance décisive, ce ne fut plus Paris qui imposa ses volontés capricieuses à la France ; cette fois, c'est la France qui se chargea elle-même de tracer et d'assurer ses destinées. Paris a pu briser à son gré les gouvernements; il appartient au pays seul d'en

faire. Paris a pu successivement improviser les pouvoirs qui, nés des orages populaires, ont été emportés par les tempêtes insurrectionnelles ; le pays est seul apte à créer, à établir, à fortifier les pouvoirs durables et forts.

En tous cas, et c'est là le point essentiel, si la République fut condamnée à disparaître, c'est qu'elle avait toujours été antipathique à la nation; c'est qu'elle n'avait rien tenu de ses promesses; c'est que, fruit de toutes nos discordes, elle n'avait pas pu même être le radeau du salut social ; c'est qu'elle s'était mise, dans son principe et ses développements, en dissidence directe avec les instincts, les mœurs, les réels intérêts du peuple ; c'est qu'elle n'avait point offert aux partis les éléments de fusion sincère dont elle leur avait donné l'espérance ; c'est qu'elle s'était montrée toujours stérile pour le bien et toujours soumise à l'influence des passions malfaisantes ; c'est qu'elle avait semblé mettre sa gloire à nier ce qui est éternellement grand et invariablement vrai ; c'est, en un mot, qu'incapable de durer aulrement que par la menace et par la terreur, elle devait nécessairement succomber sous les mépris et les châtiments des honnêtes gens. La République a porté la peine de son origine, de son principe, et aussi des hommes dont elle était née. Il y aurait puérilité à chercher l'explication de sa chute exemplaire en dehors de cela; on ne la rencontrerait certainement point.

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Et désormais, la République morte, la République disparue, quel gouvernement devait lui être substitué ? Quel homme ou quel nom pouvait, après avoir dirigé ou maîtrisé leé événements, être porté au suprême pouvoir par le vœu national ?

Lés faits ont suffisamment répondu; et, comme toujours lorsque leurs développements sont laissés libres, ils ontrépondu par leur déduction logique, rationnelle et loyale. Le gouvernement démocratique s'est successivement modifié jusque-là de se faire absolu, parce que tout moyen terme eût été une impossibilité et un péril ; et, après s'être fait absolu, il est naturellement devenu monarchique. Une lacune avait été à dessein laissée dans l'œuvre, afin de confier au sentiment général le soin de décider comment elle serait remplie. Avant même d'avoir été interrogé, le pays a fait solennellement et régulièrement connaître ses volontés, et l'on sait comment et par quel enchaînement de circonstances le trône impérial fut offert et demeura acquis à Louis-Napoléon. Pour tout esprit pratique et que la passion n'égare point, ces résultats découlaient des événements eux-mêmes, et, dés Février 1848, il était aisé de voir dans un clair lointain poindre l'Empire.

Les gouvernements sont créés, non pour les satisfactions de quelques-uns, mais pour les besoins et l'intérêt légitime de tous. Aussi les pouvoirs sont-ils forts qui prennent leur source dans Tinitiative ou dans la sanction nationale. Non pas qu'il convienne dé met-

tre, à des périodes déterminées, le sort du pays en question, en soumettant la forme gouvernementale ou le nom du chef de l'État à l'épreuve et au hasard du scrutin, mais parce qu'il y aurait aujourd'hui démence ou témérité à prétendre imposer à la France un gouvernement qu'elle n'aurait ni désiré, ni choisi, ni acclamé. Le pays est majeur ; il est libre; il agit dans la plénitude de son indépendance et de sa volonté. Qui donc oserait, qui donc pourrait le contredire et le contraindre ?

La France n'avait pas seulement le pouvoir de faire ce qu'elle a fait en rétablissant l'Empire et en élisant l'Empereur; elle en avait de plus le droit. Elle opérait sur un sol d'où toutes choses avaient disparu, tout, jusqu'aux vestiges du passé. Aux matériaux des anciens jours elle a substitué des éléments de son choix. La Royauté constitutionnelle, faite de droit divin ou d'expédients, lui semblait impuissante à clore l'ère des révolutions, et elle lui a préféré l'Empire. Un prince était là, qui avait su mériter sa confiance, et elle l'a acclamé Empereur. Tout cela, encore un coup, était dans €on droit ; mieux que cela, les circonstances et le souci de ses véritables intérêts et de sa propre conservation lui en faisaient un impérieux devoir.

Un nouveau pacte gouvernemental s'est formé et s'est conclu ; de nouvelles conventions se sont établies sur les bases d'une société monarchique ; un nouveau pouvoir s'est inauguré sur les anciens principes d'ordre

et de sécurité politique ; un siècle nouveau s'est greffé sur les siècles écoulés. La France a contracté et agi en pleine liberté, avec l'entière possession d'elle'yiaêîse, et Ton a vu par Texpérience que son admirable instinct ne l'avait point trompée*

Mais, lorsque cette grande œuvre, si laborieusement ébauchée, a été achevée, les passions politiques ont fait silence. Quand tout un pays règle et définit son avenir, il n'y a plus de place pour les partis, ou plutôt les partis sont dans l'obligation de s'effacer, sinon de se confondre. Quand tout se reconstruit et se fortifie dans l'ordre social, l'intérêt, l'ambition, les préférences doivent cesser de conspirer en faveur d'autres perspectives incertaines.

C'est ce qu'a compris la France, c'est ce qui explique le concert prodigieux des hommes et des choses dans les actes solennels qui ont accompagné l'établissement de l'œuvre impériale; c'est, en un mot, ce qui a constitué tout d'un coup la force morale du pouvoir nouveau, que tant de force matérielle environnait.

Se reposer de toutes ses fatigues, panser toutes ses blessures, réparer toutes ses infortunes, mettre fin à toutes ses disgrâces : voilà quel était le légitime désir du pays. Or, le pays pouvait-il hésiter, quand un moyen efficace lui était offert d'atteindre tous ces résultats vainqueurs ? Après avoir longtemps erré de révolutions en révolutions, de ruines en ruines, d'épou-

vantes en épouvantes, pouvait -il refuser de faire un dernier pas, quand il se trouvait transporté d'une manière presque inattendue au seuil d'une autre terre promise?

Mon Dieu, il faut bien le dire, la question qui s'agitait alors n'était point entre un homme et un autre homme, même entre une dynastie et une autre dynastie. Elle était ailleurs et plus haut que cela. Un combat décisif avait été engagé par l'esprit de désordre contre l'esprit d'ordre, par la révolution contre la société. Eh bien ! à la suite d'une lutte longtemps douteuse. Tordre et la société ont triomphé ; et, pour consacrer leur victoire, ils ont proclamé et ressuscité le principe monarchique lui-même, — le principe monarchique dans la personnification que la gratitude leur a désignée, tandis qu'une succession inouïe d'événements la leur imposait.

Que si l'occasion n'avait pas été saisie avec ardeur, si elle n'avait pas été mise sans retard à profit, une perturbation profonde n'eût pas tardé à envahir les esprits; les âmes, dominées par Pincertitude et le doute, eussent flotté à l'aventure, et le monde eût recommencé une de ces étapes révolutionnaires au milieu desquelles il a tant de fois failli périr.

En dehors de Louis-Napoléon, il ne fallait envisager ni la restauration de M. le comte de Ghambord, ni le retour de M. le comte de Paris et des princeâ d'Orléans, ni la République modérée, ni rien de ce qui, à des

degrés divers, eût pu sembler une garantie ou une espérance. Au delà du Président, il n'y avait, même après le Deux Décembre, que Tanarchie. Eh bien I entre l'anarchie et PEmpire, Thésitation n'était ni possible, ni permise ; parce que l'anarchie portait en elle tous les germes de la mort, tandis que l'Empire était une sécurité autant qu'une sauvegarde, et que le pays, la société, avaient besoin d'être effectivement et effica-^ cément protégés contre les éventualités peut-être terribles de l'avenir.

Le Dix Décembre 1848 a été, comme le rétablissement de l'Empire, le fait même de la France, de la France seule, agissant dans la plénitude de sa souveraineté.

Quant au Deux Décembre 1851, il a pour unique auteur le Président, chargé par le peuple d'une tâche complexe, dont les horizons véritables n'avaient point échappé à son regard ferme et clairvoyant.

Cependant si, pouvant sauver la France, le prince Louis-Napoléon eût négligé de le faire; s'il eût abandonné le pays, qui lui avait confié sa vie, aux malfaiteurs politiques appliqués à s'en faire une proie ; s'il eût, étant investi de tous les droits, négligé quelqu'un de ses grands devoirs, l'histoire ne lui fût certes point demeurée clémente, a II n'était point fait, eût-elle dit, pour les entreprises souveraines ; sourd à la voix d'un

peuple qui attendait de lui, de lui seul, son salut, il s'est abandonné dans un lâche sommeil. Indigne de son Oncle, il n'avait pas la marque du génie, puisqu'il n'a pu préserver la nation française du sort fatal que lui promettait la discorde, puisqu'il n'a pu soustraire la société aux étreintes funestes de l'esprit du mal. Il ne méritait pas le choix que, en un moment d'erreur, on avait fait de lui, comme d'un conducteur vigilant et dévoué jusqu'au sacrifice, pour maintenir hardiment la France hors des désespoirs, des chutes, des hontes, des ensanglantements qu'on lui réservait et qu'on osait lui promettre. »

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