CHAPITRE IX
L*Empereur en exil. — La mort de TEmpereur. — Les funérailles de l'Empereur. — L'attitude des Anglais.— Le cortège.— Un souvenir personnel. — Appréciation du Times sur le règne de Napoléon IIL
Je n'ai pas revu l'Empereur dans son exil.
Lorsque la nouvelle foudroyante de sa mort arriva, je compris que le parti bonapartiste, qui semblait tout près de la revanche, devait ajourner la réalisation de ses espérances. Je pleurai l'homme en même temps que le Prince, et me résignai à attendre l'heure de Dieu.
J'ai assisté pieusement aux obsèques du Souverain de mes affections et de mon dévouement. Voici les termes dans lesquels j'ai noté, jour par jour, presque heure par heure, le récit de ces émouvantes funérailles :
Londres, lundi 13 janvier.
Je vous écris en arrivant dans cette magnifique grande ville où le devoir de la fidélité m'a conduit. On me dit que dix minutes me sont accordées avant la levée de la boite aux lettres, et je veux les employer en vous disant rapidement mon voyage.
En arrivant ce matin à la gare du Nord, j'y ai rencontré une foule de pieux pèlerins se dirigeant comme moi vera Chislehurst, pour y saluer, d'un dernier témoignage de respect et d'une promesse suprême d'inaltérable dévouement à son héritier, Celui qui, pendant vingt-deux années, a rendu la France le pays le plus calme, le plus prospère et le plus respecté du monde. La plupart sont partis par Calais; nous nous sommes détachés une centaine pour prendre la voie de Boulogne. C^étaîent, dans le même coupé que moi, M. Thoinnet de la Turméliôre, M. et M'"^ Cornuau. A côté se trouvaient plusieurs généraux, entre autres MM. de Castelnau et de Genlis; M. de Butenval, ancien sénateur; M. Jérôme de Champagny, M. Boulay de la Meurthe. Puis M. Porriquet, ancien préfet de Maine-et-Loire ; M. Ferdinand Barrot, ancien ministre, et beaucoup d'autres notabilités.
Le train de marée nous a débarqués, après une marche très rapide (80 kilomètres à l'heure), à Boulogne, où nous attendait un paquebot anglais, dont le départ a eu lieu sans délai. Hélas 1 la mer était affreuse ; il ventait en tempête ; le navire, pris en travers, roulait sans relâche et embarquait par Pavant d'énormes paquets d'eau : tout le monde à bord était malade ; — presque tout le monde, veux-