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COIÏFESSIONS d'u^ jouhnaliste i^9

je dire; parce qu'il s'est produit, Dieu merci, quelques exceptions.

Au plus fort de la tourmente, un gentleman anglais s'approcha de mon cigare, et, après y avoir allumé le sien : — € Vous allez, me dit-il, dire le dernier adieu à votre Empereur. Moi, je vais me joindre à mes compatriotes pour lui exprimer des sympathies qui ne pourront être suspectes. Nous serons cent mille sujets de la reine d'Angleterre pour honorer cette grande mémoire. Vous verrez si nous savons venger Celui que votre pays a tant méconnu et tant calomnié. >

J'ai serré cordialement la main de mon interlocuteur, qui appartient à la plus haute aristocratie des Trois -Royaumes, et nous sommes de suite devenus de bons amis. — Et eepen-^ dant nous n'avions pas été, comme il est ici d'usage absolu, {présentés Tun à l'autre!

La traversée s'acheva après trois heures laborieuses — et •douloureuses; et, débarqués à Folkstone à notre grande satisfaction, nous arrivions à Londres à cinq heures et demie du soir.

A la gare on ne parlait que français . C'étaient nos amis qui venaient au devant de nous : MM. Busson-Billault, Gandin, Léon Chevreau, Puglîesi-Conti, Mansard, Albéric •Second et trois cents autres, qui, arrivés avant nous, nous faisaient accueil et nous indiquaient Tordre des funèbres cérémonies de demain.

Gambden-Place^ Chislehurst, le mardi 14 janvier.

C^est de la résidence impériale que j^écris aujourd'hui, au sortir de la cérémonie émouvante de la visite à Celui qui fut TEmpereur.

Gambden-Place est un logis modeste, situé à 20 kilomètres de Londres, et qui a été trop souvent dessiné, gravé ou décrit pour qu'il soit utile d'en parler longuement. Ce que je puis vous attester, e'^st qu'il n'est presque pas un gentilhomme un peu riche de notre province qui ne possède une demeure plus vaste et plus luxueuse.

Arrivés de Londres à dix heures, nous avons trouvé le village de Chislehurst rempli d'Anglais qui, suivant l'étiquette, n'ont pénétré dans le parc qu'après le prince de Galles, attendu seulement à onze heures et demie. Les Français ont pu, eux, franchir immédiatement la porte du cottage, reçus^par M. Rouher et par le due de Bassano^ assistés de Mlf . de Laferrière, de Cossé-Brissac et sept ou huit autres anciens chambellans. Nous étions plusieurs milliers, et, parmi nous, beaucoup de très jeunes gens, — l'avenir l

La maison étant bientôt pleine, on a dû se répandre dans le parc. Il y avait là presque tous les anciens ministres, d'anciens sénateurs, d'anciens députés, d'anciens préfets, d'anciens conseillers d'État, d'anciens fonctionnaires de tous les ordres. Une foule!

Aussitôt arrivé, le prince de Galles, accompagné du duc d'Edimbourg et du prince Christian, a été introduit ; après ayoir jeté l'eau béwite sur la dépouille de l'Empereur,

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il s'est rendu auprès de l'Impératrice, qui Ta immédiatement reçu.

Le Prince Impérial, accompagné du Prince Napoléon, et suivi de toutes les princesses et princes de la Maison, des anciens ministres, etc., a été s'agenouiller devant son auguste Père. Le Prince, qui semble comprendre la grandeur des responsabilités dont il hérite, est grand pour son âge ; il est fort, et son visage, quoique doux et fin, atteste de la fermeté. Il était en habit et portait le grand cordon de la Légion d'honneur. Il parle avtc facilité et bienveillance, surtout avec à-propos, et dans son langage on devine déjà un homme. Après avoir prié pendant quelques instants, il a rejoint Tlmpératrice.

Le défilé a alors commencé, pour durer plusieurs heures, L'Empereur est étendu dans sa châsse, les mains croisées. Il est revêtu du costume de général de division, avec le grand cordon de la Légion d'honneur, la médaille militaire et la médaille d'Italie. Son visage est altéré; cependant il a conservé son calme. La main gauche porte trois bagues (son alliance de mariage et deux anneaux lui venant de sa mère, la reine Hortense).

Au fond de la chapelle ardente, un prêtre lit des prières ; aux côtés de TEmpereur, se tiennent debout des cham* bellans, qui se relèvent de demi-heure en demi-heure.

Combien se montre grande Témotion générale! Les Anglais ne sont pas ceux dont les larmes coulent le moins abondamment. Ces insulaires ont le sentiment des hommes et des choses. Depuis que je les vois de près et les pratique, je me sens pris pour eux d'une grande estime, en outre, 4'u°9 yraie svmpathie,

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Au moment où j'en suis de cette lettre, le prince Henri de Bourbon entre dans le salon des chambellans, d'où je vous écris, et est conduit immédiatement auprès du «orps de TEmpereur. Ce prince est neveu du roi de Naples

Londres, mardi soir, 14 janvier.

Les Français ne cessent point d'arriver, et parmi eux beaucoup de Françaises, en dépit de la mer furieuse.

Tantôt est arrivée à Cambden-Place une députation nombreuse d'ouvriers parisiens, apportant une adressa à l'Impératrice et au Prince Irnpérial, couverte de plusieurs milliers de signatures.

On attend ce isoir une députation d'un autre genre. Elle est composée d'un général et d'officiers italien», jaloux de rendre hommage à l'Empereur, qui a commandé l'armée italienne dans la journée glorieuse de Solferino. On oublie moins, à ce qu'il paraît, au delà qu'en deçà des monts.

On ne saurait, d'ailleurs, se figurer l'empressement des Anglais à faire le pèlerinage de Cambden-Place. Pendant six heures, toutes les cinq minutes, un train est parti de Charing-Cross pour Chislehurst, emportant chacun plus de mille voyageurs. Et ne croyez pas qu*il y ait là de la curiosité. Non : c'est de la sympathie, la meilleure et la plus honnête. La plupart des Anglais ont arboré, pour ces deux jours, la couleur napoléonienne, la fleur bonapartiste : ils ont tous à la boutonnière le bouquet de violettes . Beaucoup ont déposé dans la chapelld ardente d'énormes gerbes de fleurs; le sol en est couvert à une hauteur d'un demi-mètre.

Hommage touchant et dont nous avons été profondément pénétrés.

Des princes indiens sont venus, eux aussi, en grand costume national, apportant de grosses touffes de caméliais.

Beaucoup d'officiers et de soldats anglais ont tenu, de même, à visiter les dépouilles de l'Empereur, et parmi eux, je dois citer le duc de Cambridge.

Ce soir, pour remercier les princes anglais de leur démarche d'aujourd'hui, tous les Français sont allés s'inscrire chez eux.

On assure que si le conseil des ministres a interdit au prince de Galles d'assister demain aux funérailles de l'Empereur, c'est qu'il y a été invité par M. Thiers,

L'Impératrice a reçu de toutes les cours de l'Europe des lettres ou dépèches de condoléances. CeUe de l'Empereur de Russie était particulièrement touchante. La lettre de la reine d'Angleterre commençait ainsi : « Ma chère sœur. >

Cambden-Place, mercredi 15 janvier.

Ainsi Celui qui fut, pendant dix-huit années, le plus puissant monarque du monde, repose dans l'humble église d^un modeste village. Exemple frappant des changements qui s'accomplissent dans les destinées des hommes. Signe mémorable d'instabilité, qui, sans nous déconcerter et nous confondre, doit, au contraire, ranimer nos espérances. Ce qui était grand est tombé ; pourquoi ce qui est tombé ne se rétablirait-il pas dans un triomphe éclatant?

Dès ce matin, le chemin de fer a jeté à Chislehurst des

flots de population. Les trains partaient toutes les cinq minutes, et, & onze heures, on comptait, étages sur les lignes profondes depuis la gare jusqu'à Cambden, et de Cambden jusqu'à réglise, c'est-à-dire dans un parcours de trois kilomètres, plus de cent mille personnes, respectueuses, sympathiques, émues. C'étaient des Anglais, tous ou presque tous portant des violettes à la boutonnière ou des fleurs noires en signe de deuil. Les Français s'étaient réunis, eux, à Cambden, pour former le cortège.

A l'heure fixée, le clergé est arrivé, et la cérémonie dei funérailles a commencé. Le char mortuaire s'est mis en marche, précédé de chanoines de Saint-Denis et traîné par huit chevaux. Sur ce char, surmonté de six plumets noirs, était étendu un drap de velours violet orné d'abeilles d'or et portant la couronne impériale et l'aigle française.

Sur son passage tous les fronts se découvraient^ et la foule respectueuse s'inclinait avec une sympathie morne. Nulle part ni cris, ni agitation ; partout ou presque partout des larmes. Puis les regards se portaient attendris sur le Prince Impérial, qui s'avançait seul, grave et digne. Eo habit noir et portant le grand cordon de la Légion d'honneur, le jeune Fils de Napoléon III était l'objet de l'attention générale, et il n'en semblait point embarrassé.

A quelques pas suivaient le prince Napoléon et tous les autres membres de la famille impériale; le ducdeHuescar; les représentants de la Reine et des Princes d'Agleterre; les représentants de l'armée d'Italie; les ministres étrangers; le lord-maire de Londres, les chériffs et sous-chériffs de Londres, le général Simmons et cinq élèves de l'école de Woolwich } les n^arécl^au^ et amirau^ç ; les a|ic|ens Ipi^istre§

à portefeuille, avec les anciens préfets de la Seine et de police; les membres du corps diplomatique français; les généraux et officiers de Tarmée française de terie et de mer; la Maison civile et militaire de l'Empereur, deTImpératrice et du Prince Impérial; les officiers des Maisons di s princes et des princesses ; les sénateurs, les députés au Corps législatif et à TAssemblée nationale; les conseillers d*Ëtat, les députations françaises, les députations étrangères. Parmi les députations françaises, on remarquait surtout une quarantaine d'ouvriers parisiens, portant tous des bouquets d*immortelles à la boutonnière.

A droite et à gauche du cercueil marchaient les grands dignitaires, puis la maison de Chislehurst.

Sur tout le parcours s^étendaient des policemen, qui maintenaient Tordre sans aucune peine, tant le sentiment du devoir est général et facile à diriger en ce pays.

Le cortège était terminé par la foule des Français venus, sans aucun titre officiel, uniquement pour rendre hommage au Souverain qu*ils avaient aimé.

J*ai pu pénétrer dans Téglise de Chislehurst, une pauvre église de campagne, point délabrée, mais complètement dépourvue d^ornements et tout à fait nue. Cent cinquante personnes environ étaient parvenues à y trouver place, y compris les dames, en tète desquelles on remarquait la princesse Mathilde et la princesse Clotilde. Au fond du temple étaient réunis quelques reporters de journaux anglais, auxquels je me suis trouvé heureux de fournir des renseignements précis sur la plupart des assistants.

Les offices ont été célébrés par Mgr Daniele, évèque de Soutbey^urk, assisté 4u clergé paroissial. Le chant éi^\t

confié au ehœur de la cathédrale de Saint-Georges Southevark, sous L" direction de M. Meyer Lutz.

Après l'absoute, le corps a été déposé dans une chapelle latérale, où il restera provisoirement .

Pour le retour, le Prince Impérial est monté en voiture accompagné du prince Napoléon. Sur son passage, les policemen écartaient la foule en disant en anglais : « Faîtes place à Napoléon IV, » Le prince s'est rendu chez l'Impératrice, qui l'a tenu longtemps embrassé; puis il est descendu pour recevoir quelques personnes; et, quand les Français ont été revenus dans le parc, il a traversé la double haie qu'ils avaient instinctivement formée. Accueilli par les cris de Vive VEmpereur! Vive Napoléon IV! il a interrompu par ces mots : « Messieurs^ l'Empereav est mort. Crions : Vive la France! »

Ici peut se placer un souvenir d'un autre ordre.

... Elle avait tout pour elle : la beauté, l'esprit, la grâce, c'est-à-dire ce qui attire, ce qui charme, ce qui séduit et conquiert.

Par hasard je la rencontrai. J'étais chargé de fleurs. Elle m'en demanda une, que je lui refusai. « J'en éprouve une vive contrariété, lui dis-je ; mais ces fleurs ont une destination chère à mon cœur : aucune d'elles n'en doit être distraite. » Et.je m'éloignai.

Le lendemain, je recevais d'elle une gerbe énorme de dahlias et un tout petit billet. « Moins avare que vous de mes richesses, disait-elle, j'ai ravagé mon parterre pour vous envoyer ces touffes, que vous join-

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drez à celles dont j^ai eu l'audace, hier, d'envier la possession. »

Nous devînmes les meilleurs amis du monde, rien que des amis, mais des amis dévoués, attentifs, heureux' de leur affection et toujours empressés d'en échanger les sincères témoignages. Elle était républicaine lorsque je la connus ; avec le temps elle est devenue bonapartiste; mais elle demeura toujours indépendante, fiére, même un peu capricieuse. Possédant des relations parmi tous les mondes politiques, dans chacun d'eux elle se faisait remarquer, apprécier, aimer. Elle avait été liée avec Balzac, et deux au moins des livres du grand romancier lui doivent chacun deux cents pages . Son influence était grande, et ce n'est certainement pas sa faute si elle n'a pu l'employer à me servir. Un jour, aussitôt la Révolution de Février, je tombe chez elle, dans son hôtel de la rue de Lille. — « Vous arrivez à merveille, s'écria- t-elle en me serrant les deux mains ; et c'est un grand bonheur pour moi. Lamartine et Arago sont dans mon salon. Je vais vous présenter à eux. Vous ferez acte d'adhésion à la République, et je vous aurai ce que vous voudrez dans lès ambassades, dans les préfectures ou ailleurs. — Merci, mon amie, pour votre empressement à m'ouvrir des horizons superbes. Mais je ne suis pas républicain ; je ne le serai jamais. Je ne veux pas servir la République et j'ai le chagrin do refuser d'être présenté à M. de Lamartine et à M, Arago. — Quel dommage de perdre

une si belle occasion ! Quoique ayant Tentètement du Breton, vous ne bouderez pas toujours ; vous comprendrez que le pays a besoin de tous les dévouements et de toutes les intelligences : je compte triompher bientôt de vos résistances un peu aveugles et beaucoup trop provinciales. »

Les événements marchèrent, et mon amie ne cessait, à chaque crise, à chaque changement, de m'offrir ses bons offices. Gomme je les déclinais invariablement, elle me grondait et se fâchait. « Vous mourrez, disaitelle, dans l'impénitence finale. C'est pure insanité de refuser d*ètre quelque chose quand si naturellement on peut être quelqu*un. »

Lorsque je fus nommé chevalier de la Légion d'honneur, o C'est un commencement, observa-t-elle ; mais vous ne sauriez en rester là. Quand je devins officier de l'Ordre, elle m'écrivit : « A la bonne heure, mon ami. Mais ce n*est pas tout: le reste viendra plus tard. » Elle était ambitieuse pour moi, qui n'ai jamais connu Tambition. J en remercie sa chère mémoire.

En revenant, le 17 janvier 1873, des obsèques de l'Empereur, je me dirigeai vers la rue de Lille pour faire partager à mon amie mes impressions douloureuses. Hélas ! je vis son hôtel tendu de noir. L'avantveille, elle avait rendu à Dieu sa belle àme, sa grande âme.

Ce furent pour moi des larmes amères succédant à des pleurs brûlants. Trente années d'amitié sans un

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seul jour de brouillard, cela est si bon et si rare qu'on a bien le droit de laisser fondre son cœur quand la brisure de la mort arrive.

Pour terminer ce chapitre, je crois utile de reproduire Tappréciation publiée par le Timesy au lendemain même des funérailles impériales, sur le régne de Napoléon III :

« La tombe se referme aujourd'hui sur les restes de Napoléon III :

a L'homme qui a occupé la place le plus en évidence dans les pensées de la génération présente, qui a été l'objet des espérances et des craintes, de l'attachement aveugle et de la haine passionnée de millions d'individus, n'est plus maintenant qu'une figure historique sur laquelle on discutera, qui sera critiquée, analysée, et à laquelle une place sera assignée suivant le caractère de ceux qui pourront détourner leurs pen • sées des inquiétudes absorbantes du présent, pour les reporter sur le passé.

« 11 a occupé un espace si énorme aux yeux du monde; la dynastie, le principe, les méthodes politiques> le sysléme social qu'il représentait, ont tellement occupé l'existence politique de nos jours, qu'il faut un grand effort pour accepter comme réelle l'idée qu'il n'est plus, et que tout ce qui s'attache à son nom peut n'être plus qu'un fantôme du passé.

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« L'humanité s'attarde avec une curiosité bien pardonnable sur la fin d'une telle vie et d'une telle époque.

« Les détails les plus insignifiants de visites et de cérémonies ont un grand intérêt, en ce qu'ils accentuent éiiergiquement la position qu'occupait le chef détrôné de la famille Bonaparte, au sein de l'exil, vis-à-vis dés partis en France et de l'Europe en général.

« La cérémonie d'hier atteste que Napoléon, tant qu'il a vécu, était forcément une grosse question dans la politique française. Son nom, s'il ne représentait plus la puissance en France, était toujours le lien qui unissait un corps énergique, infatigable, intrépide, de partisans liés à lui, et liés entre eux avec cette espèce de confiance qui appelle l'appui et propage les convictions.

« Les impérialistes du second Empire se sont fait remarquer par un attachement à leur cause et une mutualité de soutien bien rare à rencontrer, fût-ce môme chez les légitimistes. Il y a toujours eu chez eux un peu de la société secrète.

« Gomme si la nature de leur maître, avec ses fortes affections et ses antipathies, avec ses souvenirs inaltérables, pour tout le bien ou tout le mal qu'on lui avait fait jadis, se fussent incarnés en eux et en eussent fait une caste à part.

« Le petit groupe de personnes qui ont fait jadis partie de l'entourage particulier de Napoléon Bona-

parte ont été les apôtres d'une croyance dont la première vertu était le dévouement.

« Pendant tout le dernier quart de ce siècle, les bonapartistes ont toujours été prêts à parler, à travailler ou à combattre pour leur chef et leur parti.

« La chute de l'Empereur n'a apporté aucun germe de dissolution dans le parti. Quels que fussent leurs desseins, ils se sont tenus serrés autour du prisonnier deWilhemshoee et Texilé de Ghislehurst, et ont courageusement fait face à la foule furieuse de leurs adversaires avec une intrépidité que rien n'a pu ébranler.

(( Bien peu ont quitté le vaisseau qui sombrait. Il y a eu peu d'hommes ayant occupé des postes de confiance sous l'Empire qui aient recherché les faveurs des royalistes ou des républicains, en s'unissant au concert de malédictions lancées contre lui. Le grand fondateur de cette dynastie n'a jamais conservé ses amis comme son successeur. Quoiqu'il fût tombé, l'honneur militaire sauf, et simplement écrasé par le nombre, les impérialistes de cette époque se hâtèrent d'offrir leurs services au souverain légitime, dont la restauration venait de succéder à la chute de l'usurpateur.

« A Ghislehurst, hier, les impérialistes étaient représentés par les noms les plus connus à la Cour impériale dans les vingt dernières années, Gramont, Murât, Gambacérès, Bassano, Rouher, Pietri, de Forcade la Roquette; dans cette modeste maison de campagne on retrouvait les Tuileries de 1870.

a Aucun souverain, mourant dans son palais, au milieu des larmes de so|i peuple, n'a jamais rencontré une reconnaissance plus absolue de son rang suprême et des droits dynastiques de sa race. La légitimité n'eût rien pu faire de plus pour Henri V.

cNous doutons même que, si ce prince venait à quitter la scène du monde, on pût retrouver à ses funérailles les mêmes témoignages d'hommage-lige.

« La présence des princes Bonaparte et des grands dignitaires de TEmpire, les hommages offerts au fils du défunt comme chef de la maison et héritier du trône impérial, sont, pour ainsi dire, autant de manifestes des tendances arrêtées du parti impérialiste. Nous nei voulons pas prétendre qu'ils aient un but politique; mais ils témoignent hautement que, jusqu'à ce moment, les impérialistes veulent qu'on les considère comme n'ayant rien perdu de la fierté que leur inspirait le maître qu'ils servaient, et l'idée qu'il représentait, malgré l'œuvre destructive qui s'était opérée au-* tour d'eux.

« Dans l'histoire de î^rancCjil n'y a rien de plus ti*a-* giqile que le sort des souverains qui, depuis un siècle^ en ont occupé le trône. Depuis cent ans, aucun souverain n'a pris possession du pouvoir, n'a vécu et n'est Inort, comme régnent, vivent et meurent habituellement les princes.

c Louis XVI meurt sur Téchafaud; le grand Napo-^ léon meurt prisonnier de l'Europe, gardé par un dfiâ-

cier anglais ; Louis XVIII a passé un long exil en Angleterre; Charles X se sauve de Paris en 1830 et ne revoit jamais la sol français; Louis-Philippe est enterré en Angleterre ; Napoléon III dormira aussi du dernier sommeil sur le territoire anglais.

tt Qui sait si ce seront là les derniers restes des races monarchiques sur le sol révolutionnaire de la France?

« On serait tenté de croire que condamner un être humain à dépenser jeunesse, génie, ambition, pour s'élever à des hauteurs si pleines de présages fâcheux, c'est presque le charger d'avance d'un poids de malédictions. Le pouvoir et ses pompes ont-ils donc un attrait si irrésistible que l'ambition d'être le César de cette population inquiété et remuante s'empare de chaque homme dans Tâme duquel l'idée s'en est une fois glissée par accident de naissance ou par l'occasion favorable qui paraît s'en présenter à lui ? Il semble qu'il en soit ainsi et que jamais ce ne sont les prétendants qui feront défaut. Chaque prince pense qu'il peut éviter les fautes de son prédécesseur^ et qu'il ne se trouvera pas en face des mêmes difficultés» Il a profité de leur elpérience^ et les peuples sont devenus plus sages par la disparition successive des utopies précédentes.

« Mais que tout aspirant au trône de France examine la carrière de Napoléon III et dise si, après une chute comme la sienne, aucun hdmme peut con^ter se

maintenir avec plus de solidité. Son gouvernement a eu tous les éléments de stabilité qu'aucun gouvernement puisse jamais espérer avoir. Il était le représentant d'une dynastie dont le nom était associé à toutes les grandes gloires de la France. Il était homme d'une grande capacité, capacité qui acquérait une grande valeur dans ce fait qu'elle était pleine de silence et de mystère, et ne se révélait qu'au moment d'actes décisifs, plutôt que dans les actes ordinaires du courant de la vie.

« 11 arriva au pouvoir dans l'âge mûr, ayant passé plusieurs années de sa vie en Angleterre, où il s'était mis au courant des institutions sur lesquelles le monde moderne a moulé les siennes. Louis-Napoléon avait quarante ans, était dans la vigueur de son intelligence et de son caractère, liseur, penseur, écrivain, grand observateur des hommes et des choses, éprouvé par la bonne et la mauvaise fortune, au moment où le nom de son oncle fit de lui l'élu de la France. Il a pu en appeler à ce vote, pendant toute sa carrière, comme au plus significatif de tous les plébiscites, et à celui qui donnait à son pouvoir le caractère d'autorité le plus indiscutable.

a D'autres votes, comme celui qui lui donna la Présidence pour dix ans, et celui qui le fit Empereur, pourraient peut-être se discuter comme ayant eu lieu lorsque le pays était déjà sous sa domination; mais le vote de décembre 1848 lui fut acquis sous un gouvernement

hostile, à une époque où lui-même était pauvre et presque sans amis.

a Jusqu'à la fin, personne ne pourra nier, dans quelque parti opposé que ce soit, que ce choix n'ait été un ferme parti pris de la France ; et il est inutile de dire quelle énorme influence morale un choix fait dans de pareilles conditions donne à celui qui en est Tojbjet dans un pays démocratique comme la France. Il profita de tous ces avantages, les améliorant chaque jour, ne perdant aucune chance favorable, jusqu'à ce qu'il fût arrivé aux plus hautes sommités du pouvoir.

« Le coup d'État restera comme une tache, et les exécutions qui s'ensuivirent ne lui seront jamais pardonnées par le parti libéral en Europe.

« Il semble que cet événement a été jugé plus sévé* rement à Tétranger qu'en France. En tout cas, et quoi qu'il en soit^ le pays, par deux plébiscites successifs, lui donna néanmoins d'abord le pouvoir suprême, et ensuite le rang impérial. Son étoile ne fit que grandir jusqu'à Solferino. L'Empire, à ce moment, était arrivé à son apogée, et, pendant quatre ou cinq ans, tout le monde s'inclinait devant le favori de la fortune.

« Mais l'heure du déclin approchait. Par une loi qui semble immuable, les souverains sont poussés dans la voie de l'aventure, et à cette voie il nepeut y avoir qu'une issue.

« Napoléon fit un faux pas et ne put jamais s'en relever. De même que son oncle put dater le déclin de sa

fortune de l'époque des intrigues espagnoles, de nième le neveu put considérer les Espagnols du Nouveau- Monde comme ayant donné le premier ébranlement au régime impérial.

« Tout cela pourtant n'eût pas suffi pour le renverser dans un autre pays que la France. Mais de même qu'il avait tenté la fortune à Mexico, de même il joua 3on trône contre un châtiment à infliger à la Prusse, châtiment qui lui était imposé par l'opinion publique avide de quelque magnifique exploit. La vieillesse qui arrivait, la maladie et les tourments se chargéi^nt du reste. Il tomba â Sedan, et revint en Angleterre pour y languir et y mourir. Qui oswrait prétendre quiaucun aspirant au trône puisse se présenter dans dea conditions meilleures, et puisse commettre dans ses actes moins d'erreurs?»

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