‹ Confessions d'un ouvrierChapitre 39 sur 45 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les cinq premières années de notre établissement à Montmorency ne m'ont guère laissé de souvenirs. Je me rappelle seulement que le travail donnait de plus en plus, et que ceux qui avaient l'air de me mépriser lors de mon arrivée ne passaient plus près de moi sans porter la main à leur chapeau. J'étais désormais un personnage dans le pays. Devenu locataire du chantier de mon ancien concurrent, je m'y étais établi avec Geneviève. Nous avions tapissé la maisonnette, repeint les vieux plafonds, garni les croisées de rideaux blancs, planté des rosiers du Bengale aux deux côtés de la porte. Un coin de terrain avait été transformé en jardin: ma femme y mettait des fleurs et du linge à sécher; elle avait même recueilli un essaim égaré qui, à la longue, nous avait donné plusieurs ruches. Notre fils et notre fille poussaient comme des peupliers, couraient parmi nos plates-bandes et nos copeaux en gazouillant à faire taire les oiseaux. La tranquillité et l'abondance avaient élu domicile au logis. Je ne me souviens de ce temps que par une contrariété qui devint bien vite une joie.

C'était à la naissance de la petite Marianne. Nous avions pour voisine une dame de Paris riche à cent mille francs et bonne à proportion; une vraie providence pour

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