‹ Confessions d'un ouvrierChapitre 44 sur 45 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Voilà bien longtemps que j'ai interrompu le journal de mes souvenirs. Les lignes écrites sur la dernière page ont eu le temps de blanchir, et moi j'ai fait comme elles, sans m'en apercevoir. Ls gros murs sont encore solides, mais le bâtiment a perdu son air de jeunesse. Geneviève ellemême n'est plus ce qu'elle était; les rides lui viennent au coin de l'œil. Heureusement qu'il lui reste ce qui fait la gaîté du ménage : la bonne santé et le bon cœur. D'ailleurs, si nous baissons, il y en a près de nous qui montent : les enfants sont là et nous remplacent ; à cette heure, c'est pour eux que brille le soleil. La vie ressemble à un bal: quand on est trop vieux pour danser, on regarde les autres, et leur joie vous rit dans le cœur.

Ceci est le mot de Geneviève. A chaque plaisir perdu, elle se console avec les plaisirs de la fille et du jeune gars. Leurs bonnes dents remplacent les dents qui lui manquent, et leurs cheveux noirs l'empêchent de voir ses cheveux gris. Les gens qui vivent seuls ne connaissent jamais ce bonheur-là. Le monde entier a l'air de décliner avec eux, et tout ici-bas se termine à leur fosse. Mais pour celui qui

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