‹ Confessions de J.-J.Rousseau, Volume 3Chapitre 11 sur 32 · PARTIE H , LIVRE VII · texte numérisé non relu

PARTIE H , LIVRE VII

roi , chez M. de Bonneval , intendant des menus. F rancœur dirigeoit l'exécution. L'effet en fut surprenant : M. le duc ne cessoit de s'écrier et d'applaudir; et à la fin d'un choeur, dans l'acte du Tasse, il se leva , vint à moi , et me serrant la main : M. Rousseau , me dit-il , voilà de l'harmonie qui transporte. Je n'ai jamais rien entendu de plus beau : je veux faire donner cet ouvrage à Versailles. Madame de la Poplinière , qui étoit là , ne dit pas un mot. Rameau , quoiqu'invité , n'y avoit pas voulu venir. Le lendemain, madame de la Poplinière me fit , à sa toilette, un accueil fort dur, affecta de rabaisser ma pièce , et me dit que , quoiqu'un peu de clinquant eût d'abord ébloui M. de Richelieu , il en étoit bien revenu , et qu'elle ne me conseilloit pas de compter sur* mon opéra. M. le duc arriva peu après, et me tint un tout autre langage, me dit des choses flatteuses sur mes talents , et me parut toujours disposé à faire donner ma pièce devant le roi* Il n'y a , dit-il , que l'acte du Tasse qui ne peut passer à la cour; il en faut refaire un autre. Sur ce seul mot, j'allai m' enfermer chea moi , et , dans trois semaines , j'eus fait , à la place du Tasse , un autre acte , dont le sujet

1,8 LES CONFESSIONS, étoit Hésiode inspiré par une muse. Je trouvai le secret de faire entrer dans cet acte use partie de l'histoire de mes talents , et de la jalousie dont Rameau vouloit bien les honorer.

Il y a voit , dans ce nouvel acte , une élévation moins gigantesque et mieux soutenue que celle du Tasse. La musique en étoit aussi noble et beaucoup mieux faite, et si les deux autres actes avoient valu celui-là, la pièce entière eût avantageusement soutenu la représentation. Mais, tandis que j'achevois de la mettre en état, une autre entreprise suspendit l'exécution de celle-là.

L'hiver qui suivit la bataille de Fontenoi, il y eut beaucoup de fêtes à Versailles , entre autres plusieurs opéras au théâtre des petites écuries. De ce nombre fut le drame de Voltaire, intitulé : la Princesse de Navarre, dont Rameau avoit fait la musique , et qui venoit d'être changé et réformé sous le nom des fêtes de Ramire. Ce nouveau sujet demandoit plusieurs changements aux divertissements de l'ancien , tant dans les vers que dans la musique. Il s'agissoit de trouver quelqu'un qui pût remplir ce double objet. Voltaire, alors en Lorraine , et Rameau, tous deuac occupés à l'opéra du Temple de la gloire , ne pouvant

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