‹ Confessions de J.-J.Rousseau, Volume 3Chapitre 12 sur 32 · PARTIE n, LIVRE VII. ng · texte numérisé non relu

PARTIE n, LIVRE VII. ng

donner des soins a celui-là , M. de Richelieu pensa à moi , me fit proposer de m'en charger; et , pour que je pusse examiner mieux ce qu'il y avoit à faire , il m'envoya séparément le poëme et la musique. Ayant toute chose, je ne voulus toucher aux paroles que de l'aveu de l'auteur, et je lui écrivis a ce sujet une lettre très-honnéte , et même respectueuse , comme il convenoit. Voici sa réponse, dont l'original est dans la liasse A , n° i .

i5 décembre 174& « Vous réunissez , monsieur , deux talents » qui ont toujours été séparés jusqu'à présent. » Voilà déjà deux bonnes raisons pour moi de » vous estimer et de chercher à vous aimer. Je » suis fâché pour vous que vous employiez ces » deux talents à un ouvrage qui n'en est pas » trop digne. Il y a quelques mois que M. le » duc de Richelieu m'ordonna absolument de » faire en un clin-d'œil une petite et mauvaise » esquisse de quelques scènes insipides et » tronquées , qui dévoient s'ajuster à des di- » vertissements qui ne sont point faits pour * elles. J'obéis avec la plus grande exactitude , » je fis très- vite et très-mal. J'envoyai ce mi- ? sérable croquis à M. le duc de Richelieu ,

iao LES CONFESSIONS.

» comptant qu'il ne servirait pas , ou que je le » corrigerois. Heureusement il est entre vos » mains, vous en êtes le maître absolu; j'ai » perdu tout cela entièrement de vue. Je ne » doute pas que vous n'ayez rectifié toutes les » fautes échappées nécessairement dans une » composition si rapide d'une simple esquisse, » que vous n'ayez rempli les vuides et suppléé » à tout.

» Je me souviens qu'entre autres balourdises » il n'est pas dit dans ces scènes , qui lient les » divertissements , comment la princesse Gre- » nadine passe tout d'un coup d'une prison » dans un jardin ou dans un palais. Gomme ce » n'est point un magicien qui lui donne des » fêtes, mais un seigneur espagnol, il me » semble que rien ne doit se faire par enchan- » tement. Je vous prie , monsieur , de vouloir » bien revoir cet endroit , dont je n'ai qu'une » idée confuse. Voyez s'il est nécessaire que » la prison s'ouvre ; et qu'on fasse passer notre » princesse de cette prison dans un beau palais » doré et verni préparé pour elle. Je sais très- » bien que tout cela est fort misérable , et qu'il » est au-dessous d'un être pensant de se faire » une affaire sérieuse de ces bagatelles ; mais

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