‹ Confessions de J.-J.Rousseau, Volume 3Chapitre 15 sur 32 · PARTIE II > LIVRE VII. i*5 11 avôit m>n faUu mire «nriunsique assor · texte numérisé non relu

PARTIE II > LIVRE VII. i*5 11 avôit m>n faUu mire «nriunsique assor

tinsante. Ce A* pourtant la^deasuf que m*r dame de 1a Piefiûnère fenda 9a censure , en ro'accusant avec beaucoup d'aigreur Savoir fait une musique déterrement. IL de Richelieu commença jtidkimienment par s'mfbrroer <ie fpui jétoien* les p* noies de ce anuftwjLogue. Je lttî nrésentat le manuscrit qa^l m'^voit envoyé, et qui fâisoti foiqu*elles étoientde Voltaire. En ce cas , dkvil , c'est Voltaire seul qui a toi*. Durant la répétition 4out ce qui é toit 4e moi fut successivement impreuvé par madame de la Poplinière , et justifié par M. de Richelien* Mais enfin j'avais à faire a trop forte pantin, et il me fut signifié qu'il y avoit à refaire à mon travail phisieurenheacs sur lesquelles il fallok consulter M. Rameau, Jîavré d'une conclusion pnreiHe, au lieu des nieras unie j'atteudois et qui certainement m'étaient dus , je rentrai chez moi la mort dans le cœur. J'y tombai malade, épuisé de fatigue , dévoré de chagrin , et de six semaines je ne fue en état de sortir.

Rameau , qui fat chargé des changements indiqués par madamé de la Poulinière , m'envoya demander l'ouverture die mon grand

n4 LES CONFESSIONS, opéra , pour la substituer a celle que je venoîs de faire. Heureusement je sentis le croc-eujambe y et je la refusai. Gomme il n'y avoit plus que cinq ou six jours jusqu'à la représentation devant le roi, il n'eut pas le temps d'en faire une , et il fallût laisser la mienne. Elle étoit à l'italienne et d'un -style très-nouveau pour lors* en France. Cependant elle fut goûtée , et j'appris par M. de Valmalette , maîtred'hôtel du roi et gendre de M. Mussard mon parent et mon ami , que lés connoisseurs avoient été très-contents de mon ouvrage , et que le public ne l' avoit pas distingué de celui de Rameau ; mais celui-ci* deconcert avec madame de la Poplinière ,, prit des mesures pour qu'on ne sût pas même que j'y avois travaillé. Sur le livre qu'on, distribue aux spectateurs , et où les auteurs sont toujours nommés, il n'y eut de nommé que Voltaire ; et Rameau aima mieux que son nom fût supprimé que d'y voir associer le mien. ^

Sitôt que je fus en état de sortir , je voulus aller chez M. le duc de Richelieu : il n'étoit plus temps. H venoit de partir pour Dunkerque , où il devoit commander le débarquement destiné pour l'Ecosse. A son retour, je me

PARTIE II , LIVRE VII. i*5 dis , pour autoriser ma paresse , qu'il étoit trop tard. Ne Payant plus revu depuis lors , j'ai perdu l'honneur que ''méritait mon ouvrage, l'honoraire qu'il devoit me produire ; et mon temps , mon travail , mon chagrin , ma maladie et l'argent qu'elle me coûta, tout cela fut à mes frais , sans me rendre un sou de bénéfice ou plutôt de dédommagement. H m'a cependant toujours paru que M. de Richelieu avoit naturellement de l'inclination pour moi , et pensoit •avantageusement de mes talents ; mais mon .malheur et madame de la Poplinière empêchèrent tout l'effet de sa bonne volonté.

Je ne pouvois rien comprendre à l'aversion de cette femme , à qui je m'étais efforcé de plaire , et a qui je faisois assez régulièrement ma cour.Gauffecourtm'en expliqua les causes : d'abord, me dit-il, son amitié pour Rameau , dont elle est la prôneuse en titre , et qui ne veut souffrir aucun concurrent , et de plus , tm péché originel qui vous damne auprès d'elle, et qu'elle ne vous pardonnera jamais , c'est d'être Genevois. Là-dessus il m'expliqua que l'abbé Hubert qui l'était , et sincère ami de M. de la Poplinière , avoit fait ses efforts pour l'empêcher d'épouser cette femme qu'il«con-

ta6 LES CGWFE8SIOK8.

neisseit bien , et qu'après le mariage elle lui avoit voué «né boise hn|>lac*ble, aiiisi qu'à tous les Oenevoifc. Quoique la Fo$tâatère , ejouta*t-il $ ait de l'amitié pdur tous y et que je le stfebe 9 ne compte* pas stir son appui. U est amoureux de sa femme j elle vdaà hait, elle* est mécbaittejellé est adroite} tous ne ferea jamais rien dans cette «aise** Je me le tins pofÉ dit Ce même Gjrtiffecourt itfe rendk a peu près tiens le même temps un servidè dont j'avots grand besoin ^ Je Venois dé perdre mon ver* tueus père* Agé d'environ soixante ans. Je sentis moins «ette perte que je n'aturois fait en d'autres tempè efc le» embarras de ma situation m'auraient moins occupé. Je nfovois point Vouht réclamer de son vivant ce qui restait du bien de me mère , et dent il tnfoh le petit revenu* Je n'eus plue là-dessus de scrupule après sa mort* Mais le défaut de preuve juridique de la mort de mon frère faisoit une difficulté que Gauffeeeurt se charge» de lever * et Çct'il lava en effet par les bons offices de l'avocat de Loime* Comme j'avots le plus grand besoin de cette petite ressource * et que l'événement étett douteux* j'en aUendoisla nouvelle cUfirtitive^Vec la plu* vive impatience. Un soir , en

PARTIE n , LIVRE VII. %V) rentrant chea mdi, je trouvai la lettre qui de- >wit contenir cette nouvelle , et je la pris pour Vowriravecun tremblement d'impatience dont J'en* home au dedans de moi. Eb quoi! me dis* je avec dédain , Jean-Jacques se laissera»» »-3 subjuguer a ce point pa/ F intérêt et par la curiosité ! Je vernis sur-le-champ k lettre sur ma cheminée. Je me déshabillai , me coucha»

tranquillement, dormis mieux qtfat mon ordinaire , et me levai le lendemain assea tard sans pkfs penser à ma lettre. Eav m'habillant je l'aperçus , j# Tonvris>sans mie presser , j'y trouvai une lettre de change* J'eus bien des plaisirs k ta fois ; mais je pu» jurer que le pins vif lui celui d'avoir sa me vaincre. J'aurois vingt traits pareils 1 a citer en ma vie, mais je suis trop pressé penr pouvoir tout dire. J'en** vo jai une petite partie? de cet argent à ma pauvre maman, regrettant avec larmes l'heureux temps ou f aurais mis le fout a- ses pieds. Ton* tes ses lettres se sentoient de sa détresse. Elle ra'envoyoit des tas de recettes, et de secrets dont efle prétendeit que je fisse tan fortune et ht stenae* Déjà le sentiment de sa. misère lui serroit le cœur et tari rétrécissait l' esprits Le peu que je lui enrobai fut la proie des fripons

i28 LES CONFESSIONS,

qui l'obsédoîent. Elle ne profita de rien. Gela me dégoûta de partager mon nécessaire- avec ces misérables, surtout après Pinutile tentative que je fis pour la leur arracher , comme il sera dit ci-après. #

Le ' temps s'écouloit , et l'argent avec lui» Nous 'étions deux , même quatre , et , pour mieux dire , nous étions sept ou huit. Car , quoique Thérèse fut d'un désintéressement qui a peu d'exemples , sa mère n'étoit pas comme elle. Sitôt qu'elle se vit un peu remontée par mes soins*, elle fit venir tout# sa famille pour en partager le fruit. Sœurs , fils , filles , petitesfilles , tout vint , hors sa fille aînée , mariée au directeur des carrosses d'Angers. Tout ce que je faisois pour Thérèse étoit détourné par sa mère en faveur de ces affamés. Comme je n'avois pas a faire à une personne avide , et que je n'étois pas subjugué par une passion folle , je ne feisois.jfes de fblies. Content de tenir Thérèse honnêtement , mais sans luxe , k , l'abri des pressants besoins , je consentois que ce qu'elle gagnoit par son travail fut tout entier au profit de sa mère , et je ne me bornois pas à cela ; mais^ par une fatalité qui me poursuivoit , tandis que maman étoit en proie

PARTIE U , LIVRE VII. ta 9 a ses croquants, Thérèse étoit en proie à sa famille v et je ae pou vois rien faire d'aucun côté qui profitât a celle pour qui je l'avois destiné. Il étoit singulier que la cadette des enfants de madame Je Vasseur, la seule qui ir*eût point été dotée, étoit la seule qui nourrissoit son père et sa mère, et qu'après avoir été longtemps battue par ses frères r par ses soeurs , même par ses nièces , cette pauvre- fille en étoit maintenant pillée sans qu'elle pût mieux Se défendre de leurs vols que de leurs coups. Une seule de ses nièces appelée* Golon étoitassea aimable , et d'un caractère assez dfoux > quoique gâtée par l'exemple et le# leçons des autres. Comme je les voyois souvent ensemble , je leur donnois les noms qu'elles s'entredonnoient : j'appelois la nièce ma nièce , la tante ma tante. Toutes deux m'appeloient leur oncle. De là le nom de Unie duquel j'ai continué d'appeler Thérèse , et que mes amis répétoient quelquefois en plaisantant» On sent que dans une pareille situation je n'avoîs pas un moment à perdre pour tâcber de m'en tirer. Jugeant que M* de Richelieu m'a voit oublié, et n'espérant plus, rien du côté de la cour , je fis quelques tentatives, pour faire passer à Paris mon

i3o XiES GOHFBSSKHif .

«péri ) mais yéptcmti des dffltfédtéé qi*l dem&ttdokmt Me* du tthWJ* p#*f le» vaifac*e ,et j 1 *^ dé jya* 611 fé» pli» ptèàié. J* itt'âvfcèi de pwkefcfèY Ma pêtîte Comédie de Nàrcrtse *tt* Ittriiew* t elle y fitl -replie , et f èua les eu- «éô* 3 mu firent jgtêAà plutôt. Mits ce fut

ttJUt, Je ne pAs jattààkr pàrveiiir à Mrfc jôtier ma pftctt * et) euttity* de fàir* Wrt cour h des -coiaiédiei» , je le* pta»t&i lfc> Je retins etififa au d«tftier expédient qui me rëdftât , et le seul <foe dû p*«|dre,&ï fWtffcctftttut fe mai- KM» du M, delà Pepltakère , je m'élôh éloigné de -oeil t de M. Dtpiti. Les deux dàtoeS , qttoi* p&ret*t*fc ^^toient md emseuàMe , et ne se vwpàmt ptàt* H tfy «tait aueuue société e**e teg deux **aiaoô&> ^et Thiefcte* seul vitoît dlm ftm»«t d«B l'ti^e. Il fttt «Aargé de tft* <*er lié me rtçtieâer éfce* M» Dopfo. M. de iVawnwil suivtôt drà* Phistorre aatureife et 1* tftfettié s tet ftitoit tm cafehiet. le croîs (ja'tl wpiroit li l'académie des sciences ; i! vtmlott pour cek ftiye un et il jugeoit que je pwwiB lut être «tile daiM ce trahit. Madame Dnpiti , qui , de c&é , JSéditoft tin aut*<e Kw> , àroit sar tm>i dé* vue* k petr près s*mblàWesv ÎU fcimwetrt ttmln ai'avair èfr «etmhtm

PARTIE « , LF?fiE VIF. i3i pour une espèce de secrétaire, ete'étoitla Pobjej: des semonces de Tmerk>t«r .Pextgeai préalablement que M. de Franeueil emploieroh son crédit et celui de JélyoUepot» faire répéter mon ouvrage à l'Opéra ; il y consentit. Les Muses géantes furent répétées d'abord plusieurs fois au magasin , puis au grand théâtre. Il y avoit beaucoup de monde a la grande répétition , et plusieurs morceaux furent très*applauj&9 ; cependant je seTJtîsmrf^ênYedurontreïéculiio» , fort mal ccmduittitj^H^bel , que la pièce ne passeroit pas , et mime qu'elle notait paa en état de parohre sans de grandes corrections.

Ainsi je la retirai , sans mot dire , et sans m'exposer au refus : mais je vis clairement , par plusieurs indices, que l'ouvrage , eût-il été parfait , n*auroit pas passé. Franeuail m'avoit bien promis de le faire répéter , mais non pas de ie faire recevoir. Il me tînt exactement parole. J'ai toujours cru voir, et dans cette occamu et dans beaucoup d'autre» , que ni lui , ni madame Dupin , ne se soucioientde me laisser acquérir une certaine réputation dans le monde , de peur peut-être qu'on ne supposât , en voyant leurs livres , qu'ils a voient greffe mes talents sur les leurs. Cependant comme madame Du-

i3a LES œNFESSIONS.

pin m'en a toujour&supposé de très-médiocres, et qu'elle ne m'a jamais employé qu'à écrire sous sa dictée , ou à des recherches de pure érudition, ce reproche, surtout a son égard, eût été bien injuste.

Ce dernier mauvais succès acheva de me décourager; j'abandonnai tout projet d'avancement et de gloire , et , sans plus songer à des talents vrais ou vains qui me ,prospéroient si peu , je consacrai mon temps et mes soins à me * procurer ma subsistances celle de ma Thérèse , comme il plairoit a ceux qui se chargeroient d'y pourvoir. Je m'attachai donc toutà-fait à madame Dupin et à M. de Francueil.

Cela ne me jeta pas dans une grande opulence; car, avec huit à neuf cents francs par an que j'eus les deux premières années, à peine avoisje de quoi fournir k mes premiers besoins, forcé de me loger à-leur voisinage , en chambre garnie , dans un quartier assez cher , et payant un autre loyer k l'extrémité de Paris , tout au haut de la rue Saint- Jacques, où, quelque temps 'qu'il fît, j'allois souper presque tous les soirs. Je pris bientôt le train et même le goût de mes nouvelles occupations* Je m'attachai à la chimie ; j'en ils plusieuin cours avec M. de Fran«

PARTIE II , LIVRE VII. i35 ctteil chez M. Rouelle, et nous nous mimes à barbouiller du papier tant bien que mal sur cette science , dont nous possédions a peine les éléments. En 1747 nous allâmes passer l'automne en Touraine , au château de Chenonceaux , maison royale sur le Cher , bâtie par Henri II pour Diane de Poitiers , dont on y voit encore les chiffres, et maintenant possédée par M. Dupin, fçrmier-général. On s'amusa beaucoup dans ce beau lieu; on y faisoit trèsbonne chère; j'y devins gras comme un moine.

On y fit beaucoup de musique» J'y composai plusieurs trios a chanter, pleins d'une assez forte harmonie,, et dont je reparlerai peut-être dans mon supplément. On y joua la comédie ; j'y en fis , en quinze jours , une en trois aetes, intitulée V Engagement téméraire /qu'on trouvera parmi mes papiers , et qui n'a d'autre mérite que beaucoup de gaieté. J'y composai d'autres petits ouvrages , entre autres une pièce en vers intitulée Y Allée de Sylvie , du nom d'une allée du parc qui bordoit le Cher ; et tout cela se fit sans discontinuer mon travail sur la chimie , et celui que je faisois auprès de madame Dupin.

Tandis que^'engraistois à Chcnoneeaux , ma

■34 LES CONFERIONS. .

pauvre Thérèse engraissent a Paris d'une mire lainière; et, quand j'y revins, je trouvai Fouvragequej 'avois teissur le chantier plat avancé que je ne l'avoïs cru. Cela m'eût jeté, vu ma situation, dans an embarras extrême , ai des camarades de table ne m'eussent fourni lasetne ressource qui peuvoit v m'en tirer. C'est un de ces récits essentiel» que fe ne puis faire arec trop de simplicité , parce qu'il firudroit, en les commentant , m'exenser on me charger, et que je ne dois faire ici ni l'on ni l'autre.

Durant le &é joar d'Alton* à Paris , au lieu d'aller manger chez un traiteur , nous aiangtons ordinairement lui tt moi ànotre voismage, presque râ4hvis le cul-de-sat de l'Opéra r ehez une madame la Selle^ femme d'un tailleur , qui don* nett esse* mai a mander , mais dont la table ne letssoitmw d'être recherehéeà cause de la bonne et sûre compagnie qui s'y trouvoit; car on n'y recevoit aucun ineontni , et il fallait être introduit par quelqu'un de ceux qui y mangeoient d'ordinahev Le commandeur de (jeeville, vieux débauché, pleâa de politesse et d'esprit* mais ordurier, y logeait, et y attiroit une folle et brillante jeunesse en officiers aux gardes et mousquetaires* Le oommandeur 4e Nouant ,

PARTIE H , ItfVRE VII. i35 chevalier de- toute* le filles 4e l'Opéra r y «pportent. journellement le4 anecdotes de ce tripou M» d» Pltotie, lientenanfcolenel retiré , kon et Mrge yieittard; Anoelei > > officier des «©usquetaire*, j anaintennient un certain or* dre parmi Ces j6«m gêné. Il y venoitanasi de» commerçante) des financière* des vivfiers, mai» poiia , honnête» * et de ceux qu'an distingnoit dans leur nlétier : M. de Bette, M. de

1 Ce fat à ée M. Àtfcelet que je donnai une petite comédie <fe mâ ftrçoto, intitulée lês Prfoofmièrs de gùeï*^ «Joe J'efofo ftife apteâ tes désastres des Fmnçofe en Bartôre et en Bon*** , et qtie je ti'ôsai ja* mis atone* al montrer, et cekt par ta singulière raison *«« paMus te rti, nila France, ni Uf Fraa* ©ois, ne fuient peut-être miens louée ni de meilleur cœur que dans cette pièce , et que , républicain et frondeuren titre 3 je n'osois m 'a vouer panégyriste d'une nation dont toutes les maximes étoient contraires aux miennes. Pins navré des malheurs de la France que les François mêmes, j 'a vois peur qu'on ne taxât de flatterie et de lâcheté les marques d'un sincère attachement dont j'ai dit l'époque et la cause dans ma première partie , et que ï'étois boutée* de taoeetev, {Cette ftot» n'est point dans le ma* nuwDrit ■nt s yu ph^déponé «ex afcàftea nationale*)*

Forcade , et d'antres dont j'ai oublié les noms* Enfin l'on y voyoit des gens de mise de tous les états , excepté des abbés et des gens de robe que je n'y ai jamais vus, et c'était une convention de n'y en point introduire. Cette table asgez nombreuse é toit très-gaie sans être bruyante , et Ton y polissonnoit beaucoup sans grossièreté. Le vieux commandeur , avec tous ses contes gras, quant a la substance , ne perdoit jamais sa politesse de la vieille cour, et jamais un mot de gueufe ne sortait de sa bouche qu'il ne fût si plaisant, que des femmes l'auroient pardonné. Son ton servoit de règle à toute la table : tous ces jeunes gens contaient leurs aventures galantes avec autant de licence que de grâce, et les contes de filles manquoient d'autant moins, que lé magasin était à la porte; car l'allée qui menoit chez madame la Selle était la même où était la boutique de la Duchapt , célèbre marchande de modes, qui avoit alors de très-jolies filles , avec lesquelles tous nos messieurs alloient causer avant ou après diné. Je m'y serois amusé comme les autres, si j'eusse été plus hardi. Il ne faUoit qu'entrer comme eux ; je n'osa^ jamais. Quant à madame la Selle , je continuai d'y aller, manger assez

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