‹ Confessions de J.-J.Rousseau, Volume 3Chapitre 17 sur 32 · PARTIE II, LIVRE VH. *4i · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIVRE VH. *4i

amitié, leur estime, leur confiance, en me conduisant avec douceur et complaisance , mais toujours avec droiture et fermeté. Malgré ma bêtise et ma gaucherie, ma dame d'Epinay voulut me mettre des amusements de la Chevrette, château près de Saint-Denis , appartenant a M. de Bellegarde. Il avok un théâtre ou l'on jouoit souvent des pièce». On me chargea d'un rôle que j'étudiai six mois sans relâche, et qu'il fallut me souffler d'un bout a l'autre à la représentation. Après cette épreuve, on ne me donna plus dexôle*

En faisant la connoissance de madame. d'Epinay , je fis aussi celte de sa belle-sœur, mademoiselle de Bellegarde , qui devint bientôt comtesse de Houdetot. La première fois que je la vis, elle était a la veille de son mariage; elle me fit voir l'appartement qu'on lui prépa» roit., et me causa long-temps avec cette familiarité charmante qui lui est naturelle. Je la trouvai très-aimable; mais j'étois bien éloigné de prévoir que cette jeune personne feroit un jour le destin de ma vie, et m'entraînerait , quoique bien innocemment, dans l'abîme ou je •suis aujourd'hui.

Quoique je n'aie pas parlé de Diderot de-

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puis mon retour de Venise, non plua que de mon ami il. Bogota* je m'avais pourtant ji£> giigé ni l'un m l'autre , et jejn'<étois surtout lié de jour en jour plus mtun*>ff>ttBt avec Je premier. Il a voit sac Nanette, ainsi que j'*vois une Thérèse j c'était entre noue une conformité de plus. Mais la dii&faenee ^tcit que ma Thérèse , aussi bien' tout au moins de figure que sa T Nanette> «voit uaeJuu&eur douce et un caractère aimable , fait pour attacher un honnête homme; au heu que la aieaoe, piegrièche et harengère , ne montrait rien an* yeux des autres qui put racheter la mauvaise éducation. IH'épousa toutefois s ce Dut fort bien lait, s'il Tarait promis. Pour moi, qui n'evots rien promis de semblable , je ne me pressai pas de l'imiter. .

Jem'étois aussi lié avec l'abbé de CosWulJac, qui n'étok rien, non plue que nar, dans la littérature , mais qui étoit fait pour devenir ce qu'il est aujourd'hui» 4e cuis le premier peutêtre qui ait vu sa portée, et quU'aitcitia&é ce <qf iWakÀ. âparoissott aussi se plaine avec moi , et tandis qu'enfermé dans ma chambre, rue Jean-Saint-Denis-, près VOpéra, je fiùsojs mon acte d'Hésiode, M venait quelquefois dî-

PARTIE H , UVRE VIL 143 11er avec meUête atéte en pique-nique. H ira* vaittok alors a Y£Om sur t origine des connaissances humains* , qui est ton premier ouvrage. Quand il fut achevé , l'embarras fat de trouver un Çhraâre qui voulût s'en charger.

Lias libraires «le Patis sont arrogants et durs pour tout homme qui commence ; et la méta* physique, alors lràs^pev a la mode, n'offroit pas tua sujet bien attrayant. Je parlai à Diderot de CandiMac et de son ouvrage ; je leur fis faire oormoiesanca. Ib éseient faits pour se contenir , ils se convinrent- Diderot engagea, le libraire Durand S prendre le manuscrit de Y abbé, et ce grand métaphysicien eut de awi premier livre ,et presque par grâce , centécus qu'il n'eftt peufeétee pas trouvés sans moi* • Comme nous demeurions dans des quartiers fort éloignés les uns des antres, nous nous ressemblions tons trois une fois la semaine au Palais-Rojal , et nous allions dîner ensemble à l'hôtel du Panier sleuri. Il falloit que ces petite dtners hebdomadaires plussent extrêmement a Diderot, car Un, qujsfnanquoft prèsqw J à tous ses rendes-Vdue, ppsent-âs même avec des sereines , ne manqua- jamais à aucun de ceux-là. Je formai la le projet d'une feuille

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périodique intitulée te Persifleur, que nous devions faire alternativement Diderot et moi. J'en esquissai la première feuille, et cela me fit faire connoissance avec d'Alembert, à qui Diderot en avoit parlé. Des événements imprévus nous barrèrent, et ce projet en demeura la.

Ces deux auteurs venoient d'entreprendre le Dictionnaire encyclopédique, qui ne devcrft d'abord être qu'une espèce de traduction de Chambers , semblable peu près a celle du Dictionnaire de médecine de James, que Diderot venoit d'achever. Celui-ci voulut me faire entrer pour quelque chose dans cette seconde entreprise, et me proposa la partie de la musique , que j'acceptai et que j'exécutai très à la. hâée et très-mal dan» les trois mois qu'il m'avoit donnés , comme à tous les auteurs qui dévoient concourir à cette entre* prise. Mais je fus le seul qui fut prêt au terme prescrit. Je lui remis mon manuscrit que j'avois fait mettre au net par un laquais de M. de Francueil , appelé Dupont , qui écrivoit trèsbien, et a qui j€ payai dix 4cus tirés de ma poche , et qui ne m'ont jamais été remboursés. Diderot m'avoit promis , de la part des librai-

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