‹ Confessions de J.-J.Rousseau, Volume 3Chapitre 3 sur 32 · PARTIE H , LIVRE VIL 5i · texte numérisé non relu

PARTIE H , LIVRE VIL 5i

sans qu'il voulût ks entendre , lorsqu'ils avaient besoin de sa- protection , ils se rebutèrent , et l'on nten voyoit plus aucun , ni à «a suite , ni a sa table où il ne les invita jamais. Je fis souvent de mon chef ce qu'il aurait dû faire : je rendis aux François qui avoient recours a lui ou à moi, tous les services qui étoient en mon pouvoir. En tout autre pays j'aurais fait davantage ; mais ne pouvant voir personne en place , à cause de la mienne. , i'étois forcé de recourir souvent au consul, et le consul, établi dans le pays où il avoit sa famille, avoit des ménagements a garder, qui l'empêchoient de faire ce qu'il auroit voulu . Quelquefois , cependant , le voyant mollir et n'oser parler, je m'aventurois a des démarches hasardeuses , dont plusieurs m'ont réussi. Je m'en rappelle une dont le souvenir me fait encore rire ..On ne se douteroit guère que c'est a moi que les amateurs du spectacle à Paris ont dû Coralline et sa sœur Camille : rien cependant n'est plus vrai. Véronèse , leur père, s'étoit engagé pouiINa troupe italienne , et , après avoir reçu deux mille francs pour son voyage , au lieu de partir , il s'étoit tranquillement mis à Venise au thé0fede Saint-

§2 LES COOfFBSSfOffB.

Lac 1 , où Cnrtttme , # tout enfant qu^cèàe étoit encore , attirait beaucoup de monde.

i/L le àmt de Gtsvres , comme premier gentïk nomme de la chambre, éorrrk a ttambass»* Aeur pour réclamer le père et la fille. M. de Montaigu me donne la lettre , et , pour teste instruction, me dit: Voynz cela. J'allai chez M. le Blond le prier de parler an patricien à qui apparteaoit le théâtre de Saint«-Luc , et qui était, je crois , cm Zustinism, afin qu'il renvoyât Vérenese qui iétoit engagé au service du roi. Le Blond, qui ne se soucknt pas trop de la concussion , la fit mal. Zustimani battit la campagne , et Véronèse ne fot point ren** >voyé. J'étois piqué. L'on étoit en carnaval ; ayant pris la babutte et le masque , je me fis, mener au palais Zuiâmam. Tous ceux qui Tirent entrer ma gondole avec la livrée de l'ambassadeur furent frappés : Venise n-avoit jamais vu pareille chose. J'entre , je me fate annoncer sens le nom d'aria siora Maschem.

3rok que je lus introduit , j'otai mon masque

* Je suis en doute si ce n'étoit point S. -Samuel. -Le* nomi propres m'échappent tbsolament. (Cette note n'est >pgflkdans le mannacrit autoett qrirt).

PARTIE II , LIVRE VII. 53 «t je me nommai* Le sénateur pâlît, et resta stupéfait. Monsieur , lai dis-je , c*est a regret que j'importune rotre Éminence de ma visite?

mais vous ares à votre théâtre de Sa»nt*Loc un homme nommé Véronèse , qui tfest engagé aa service du roi , et qu'on vous a mit demander inutilement : je liens le réclamer an nom de m majesté. Ma tourte harangue fit effet. A peine étois-je parti, que mon homme courut tondre compte de son aventure aux inquisiteurs d'état , qui lui lavèrent la tâtev Véronèse lut congédié dès le jour même. Je lui fis dire que s'il ne partoit dans m huitaine, je le ferais arrêter, et il partit.

Dans une autre occasion , je tirai de peine un capitaine de vaisseau marchand , par moi seul , et presque sans le concours de personne. Il s'appelait le capitaine Olivet , de Marseille. Son équipage avoit pris querelle avec des Esclavons au service de k république; il y avoit eu des voies de fait , et le vaisseau avoit été mis aux arrêts avec une telle sévérité r que personne, eseepté le seul capitaine, n'j pourvoit aborder ni en sortir san» permission. Il eut recours a ^ambassadeur, qui l'envoya promener : il fut an consul , qui 1m dit que ce

n'étoit pas une affaire de commerce , et qu'il ne pouvoit s'en mêler; ne sachant plus que faire , il revint a moi. Je représentai à M. de Montaigu qu'il devoit me permettre de donner sur cette affaire un mémoire au sénat : je ne me rappelle pas s'il y consentit et si je présentai le mémoire , mais je me rappelle bien que, mes démarches n'aboutissant a rien , et l'embargo durant toujours , je pris un parti qui me réussit. J'insérai la relation de cette affaire dans une dépêche a M. de Maurepas , et j'eus même assez de peine à faire consentir M, de Montaigu a passer cet article. Je savois que nos dépêches , sans valoir trop la peine d'être ouvertes , l'étoiént a Venise. J'en wavois la preuve dans les articles que j'en trouvois mot pour mot dans la gazette : infidélité dont j'avois inutilement porté l'ambassadeur à se plaindre. Mon objet, en parlant de cette vexation dans la dépêche, étoit de tirer parti de leur curiosité pour leur faire peur, et les engager a délivrer le vaisseau ; car , s'il eût fallu attendre pour cela la réponse de la cour , le capitaine éloit ruiné avant qu'elle fût venue. Je fis plus ; je me rendis au vaisseau pour interroger l'équipage. Je pris avec moi l'abbé

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