PREMIERE PARTIE
pur, si pur alors, et, au fond, depuis (toutes
les fois que je pense à ma mère) à mon pauvre cœur d'homme malheureux par ma faute et faute de l'avoir eue toujours sous les yeux, même morte, surtout morte qu'( !!( est maintenant, mais non, elle vit dans mon âme et je lui jure ici que son fils vit avec elle, pleure dans son sein, souffre pour elle et n'est jamais un instant, fût-ce dans ses pires erreurs (plutôt faiblesses 1), sans se sentir sous sa protection, reproches et encouragements, toujours î
— « Maintenant que le petit est guéri, que toute craindre de désordres et de pillages a disparu — dit un jour mon père qui, comme tout le monde en ces temps, avait eu peur d'un bouleversement et d*une conflagration immédiate dont les nôtres ne semblent pas exempts ron plus d'être menacés dans tels très brefs délais, — si nous le mettions au lycée. Qu'en dis-tu, lapin ? »
« Le lapin », c'était moi que mon père se plaisait à appeler ainsi, répondit naturellement, fier à la pensée d'avoir un képi, une tunique et de faire des «. cLudes », répandit ;
■ — « Oh ! oui, alors ! »
Ma mère préférait une pension qui me conduisît au lycée. Une pension, c*est plus familial et
j*y aurais un peu de paternité (elle pensait : de maternité) avec les avanta^^es scolastiques (elle pensait : et officiels, profitables, pratiques, pour plus tard) du lycée.
On se décida pour une bonne pension qui me conduisît au lycée.
Souvent dans mes promenades en famille, en passant par la rue Chaptal, venu des P>atignoIies, j'avais remarqué presque à l'entrée, à gauche, une grille donnant sur une cour pavée avec un corps de bâtiment et, en suite de la grille, troué d^une petite porte d'entrée, un long mur avec de grands panneaux de bois noir suspendus, tenus par des clous dorés où il y avait en lettres d'or des mentions de toutes sortes de choses enseignées : « Préparations aux Ecoles spéciales. Baccalauréat, Licence, Enseignement secondaire et primaire, Cours du Lycée Bonaparte et du Collège Chaptal, etc.
etc. » Au-dessufi de la grille il y avait un écriteau en long, de boi^ noir également, avec, aussi
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en lettres d*or, plus grandes : « Institution L...» Cette pompeuse façade m*avait séduit et j'exprimai à mes parents le désir d'y entrer, désir •qui, après renseignements pris et obtenus bons, fut exaucé.
Ce fut presque joyeux, moyennant promesses ■de venir me voir très souvent, que j'y fus -conduit par une après-midi. Le maître de Téta* blissement, officier d'Académie, chevalier de la Légion d'honneur et, ce qui à cette épo4ue marquait bien, capitaine dans la garde nationale fort épurée et triée sur le volet d'après le Deux- Décembre, un grand homme assez corpulent, complètement rasé comme il était encore •d'usage à cette époque dans la bonne bourgeoisie, qui. de prime abord, m'imprima une certaine révérence. 11 parlait un peu sec mais d'un ton franc et ce fut sans boniments, comme on ne disait pas encore, sans insistance qu'il fit l'éloge de son établissement <^ très connu » de père en Bis et qui s'enorgueillissait d'avoir produit des hommes remarquables et marquants, par exemple. M. Sainte-Beuve. 11 nous fit ensuite visiter les dortoirs qui ne me parurent
pas trop maussades avec leur carreau rougebien ciré, leurs hauts murs peints en vert clair et les rangées de lits bien blancs flanqués chacun d'une petite comnïode et d*Qne chaise « le réfectoire qu'une odeur point trop désagréable de soupe et de légumes emplissait. Aux murs il y avait des cartouches bleus ceints de lauriers, peints où se détachaient en blanc des noms de lauréats aux Concours généraux : celui de Sainte-Beuve était le dernier. Quelques places, vides restaient : <s Votre fils y sera un jour » dit sérieusement, me parut-il du moins, M. L...
Hélas I sa prophétie ne devait pas se réaliser.
J'aborde ici un temps bien intéressant — selon moi ^ mais bien scabreux comme ditru ulté d'écriture et lutte contre des minuties à exprimer, des nuances presque infinitésimales qui ont, à mes yeux, leur importance très sérieuse, encore qu'elles soient puériles dès le début, mais pour devenir adolescentes... et c'est le diable, alors, à confesser, sa propre adolescence, quand elle fut la mienne ! Cette très sincère et le moins atténuée possible exposition de mes débuts... en bien des choses nHra pas sans d*assez grands tirages en mon for intérieur et sans de dures c oncessions aux usages adoptés en matière de style autobiographique, — mais titre oblige, et puisque Ton m'a un peu imposé celui qui crie « gare ! » en lête de ces <v notes », j'essaierai, après Rousseau (j'invoquerai même
Saint- Augustin, qui daignera peut-être à certains moments diriger ma plume hélas ! si profane et si indigne !) dire la vérité vraie sur moi, un moutard de ne ut à seize.
Toutefois, n*aUez pas croire à des horreurs par trop, — mais à un scrupule non exagéré, voilà tout, et ce serait déjà trop.
Le jour de mon entrée « à la pension », comme d*instinct, ou plutôt d*instinct tout court, j'eus horreur, pas peur, horreur, non de la salle d'étude aux pupitres noirs, à 1 odeur pédestre et encore autrement, à la chaire cent fois repeinte en jaune brun, cent fois s écaillant, d'où nous dominait mal et maladroitement le pion détesté et en revanche haineux et injuste (pauvre garçon, poète ou étudiant par trop pauvre, ou, alors, pion de métier, il y en a, et de consciencieux, et de féroces, — et d'autres 1), détestable en tout cas ; non du décor, triste malgré, pour un enfant, la nouveauté (Louis XVIl au Temple) ; mais peur» mais horreur des camarades déjà disciplinés, indisciplinés, devraîs-je dire, profitant de la moindre occasion de faire du boucan entre deux silences trop serviles pour
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être bien vraisemblables, ou dans les bras sur
Tépaule ou sous la table témoignant deux à deux d'un zèle extrême à 1 étude commune d'un texte à réciter tout à Theure ou à remettre demain, au Lycée Bonaparte ou au collège Chaptal, dont r£tablissement était comme qui dirait un des suif ragants*
Par dessus le marché, comme j'étais entré à l'Institution vers quatre heures de laprès-midi et que la classe de ja division des petits» dits élémentaires, étant en train, il importait de ne pas la déranger, on m av ait placé dans l'élude des moyens de 12 à 14, 15 ans, revenus de Bonaparte (les Chaptaux avaient leur étude à part) ; et c'était la coutume pour les élèves de cette catégorie qui étaient punis, de subir, en forme de pensum, une espèce de dictée latine ou française epclcc mol par mot, cl'aprcs le livre,, par Tun des patients, à haute et intelligible voix^ sur ie rythme un peu de ces sortes d*exerclces dans les écoles primaires] « B, A, ba, Baba, B,.^ É, bé. Bébé ». Ce jour- là, ie texte était emprunté à Télémaque et au chapitre de cet ouvrage où se trouve le récit de la descente aux
Enfers du Fils d'Ulysse, et le garçon chargé de la dictée, Tun des plus âgés de 1 étude, doué de cette grosse voix virile dont sont si fiers les gamins en voie de puberté, forçait encore cette voix et, dans l'intention non équivoque de [aire enrager le maître d'études, scandait furieuse» ment son épellation. C'était en hiver. Quatre lampes à suspension pourvues d abat-jour métalliques jetaient sur les quatre tables noiresde la salle une lumière dure qui rendait l'ombre des murs d'autant plus sombre et pour mes yeux inaccoutumés à des aspects aussi sévères, com*. me effrayante. La voix terrible allait toujours évoquant le Phlégcton, géton, Kadamante, damante, etc., — et c'était très impressionnant, je vous assure. Même c'était trop fort pour le premier jour et ma mauvaise impression fut si intense que j'eus grand peine à refréner une envie de pleurer.
Une cloche son:ia qui aruiançait l'heure d'aller dîner. On se mit en rang deux par deux, moi accolé à un élève de ma taille et qui, durant l'aiisez long trajet de la salle d'étude au réfectoire, ne me dit pas un mot et, en place, se
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retourna plusieurs fois vers Tun des deux camarades qui nous suivaient, lui murmurant entre
haut et bas des choses évidemment sur mon compte que je ne pus bien discerner, à cause <iu bruit des pieds traînant ou sautillant sur le <:hemin pavé que suivait la longue bande écolière, mais que je devais à bon droit, sans nul doute« soupçonner véhémentement d'être plus ou moins malicieuses, sinon tout à fait malveillantes.
Le réfectoire, dont j ai déjà parlé, contenait trois longues tables, celle des grands au milieu,
des moyens et des petits, dont j'étais, à droite et à gauche, puis celle des maîtres d'étude, plus petite, dans un coin à gauche en entrant, face 41a porte de la cuisine, toutes quatre en marbre
noir, sans nappe. Avant que Ton pût s'asseoir, un surveillant en chef que Von appelait» ainsi que ça se fait encore, je pense, maintenant, dans les établissements de ce genre, Monsieur l'inspecteur », dit le Benediciie traduit en un français qui enlevait toute la beauté du latin ; ainsi dans les sous-entendus de sa concision, ce prologue si plein de choses « Benediciie Domi-
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m/S » était remplacé par un simple signe de croix : « Au nom du Père, etc. « que suivait platement ceci : « Bénissez*Dous, Seigneur»
ainsi que la. nourriture que nous allons prendre )>, au lieu du cordial et comme tangible- « Nos et ea quœ jsumus sumpturi benedicat DexTRA Christi. »
C'est vrai que cette prière était à l'usage d'écoliers (dont plusieurs cependant étaient de& rhétoriciens et des « philosophes y>) mais... lisez plutôt Châteaubriant au sujet du besoin qu'a l'humanité vis-à-vis des Puissances célestes d*un langage mystérieux où soient'impltqués^ dans l'hommage et dans la supplication qui n'ea est d'ailleurs qu'un accessoire, les besoins inconnus d*elle-même, la pauvre humanité.
C'est à ce point vrai que même les Protestants anglais emploient dans leurs offices religieux, si beaux quMIs en sont presque catholiques(molns la cordialité, bien entendu, l'intime et la révérence toute filiale), le vieux langage du tempsd^EIisabeth et d'avant elle, presque ou plutôt tout à fait compréhensible aux bonnes gens qui n'en psalmodient pas moins à Tégiise efficace-
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ment pour le^ur salut» n'en récitent pas moins le matin et le soir à leur chevet le Pater et le
Credo dans les termes littéralement qu'employaient les premiers Puritains 1 La soupe fut servie, combien médiocre au
prix des consommés {)arcnLals ' du bouilli s'ensuivit, sec autant qu'était délicieusement entrelardé le bœuf d*à la maison avec son cortège de ces légumes divins dits du pot-au-feu ; vinrent des haricots... rouges... de ne ressembler en rien aux farineux tendres et blancs» sous des condi* ments « puissants et doux » de la bonne table » de papa et maman. En fait de dessert une pomme, comment déjà ? calvi, reinette, non certes, mais si peu mûre et tant meurtrie ! .. (ô les desserts de la rue alors Saint*Louis des Batignolies !) Et Tabondance dans la pourtant si belle timbale d'argent avec un beau V gravé et un beau 5 qui était mon numéro, l'abondance, mot charmant, seul mot vraiment digne d*être proféré, odieusement détourné de son sens, pour s'appliquer à une sorte d'eau de rinçure de bouteille que c'eût été encore un abus d appeler de Peau rougie ! cette boisson pire
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que de l'eau tiède, je la comparai avec le doigt de bon vin pur qui m'était octroyé chez nous au dessert du déjeuner et, après la soupe, à diner. C'en était trop ! ces impressions gastronomiques jointes à celles de Tétude sinistre et de la lugubre dictée me dictaient, sinon mon devoir, du moins l'atLe a faire.
Et profitant, au retour du réfertoire, de la porte ouverte pour le départ des externes et de la confusion produite par ce départ croisant la théorie des pensionnaires revenant du réfectoire, — je m'enfuis.
CE saut dans Tinconnu de la rue et du soir, d'un pauvre petit garçon épouvanté de se trouver sans ses parents, s accomplit -si vite« comme toutes les grandes déterminations, et si heureusement, sans accrocs ni rien, que j'en restai une seconde comme étourdi, — une seconde, après quoi je m*ortentai du premier coup... Je ne lus pds un quart d'heure à f:nre le trajet de la pension à la maison. La grande -affaire, par exemple, était de me trouver en face de mes parent?: : tous mes petits principes de déjà s'agitaient dans ma jt^une conscience, rassurée au fond, sous la forme plutôt de scrupules. Je raisonnais à peu près ainsi : « Voyons, tout de même, eniin ! Papa et Maman m'ont mis en pension pour mon bien. Ils savaient ce qu'ils faisaient en agissant ainsi. J'aurais dû
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rester et attendre UQ peu. On serait venu me voir, pour sûr, demain..* Décidément C'est maU
Ça va leur faire de la peine... Et puis, qu'est-ce que dira le maître de pension ? » Cette dernière considération, si naïve et bien d*un enfant
craintif et gdté coiimie je l'étais, m'obsédait surtout, car j'étais, au fond, bien sûr du prompt pardon de mes parents qui, je le sentais sans
m'en rendre compte, verraient plutôt là encore une preuve d'amour filial que d'instinct vers la maison douce et commode» et dans ma démarche, le bon petit chien habituel et non le chat habitueux purement et simplement. En vérité^ il y avait bien un peu de Tun et de Tautre.
Je courais donc, sans hésiter un instant, sur la direction la plus courte. Très souvent mené* en promenade par mon père dans ces paragesprécisément des quartiers Vîntimîîle et Notre- Dame-de-Lorette, je n'avais pas à me tromper ; et c'est, par le demi -brouillard et sous la lueur humide des becs de gaz encore primitifs — ou tout comme — de cette époque reculée formidablement vite^ que j'allais de toute l'agilité de mes petites jambes qu*un torrent, qu'un incen*»
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die n*eût pas arrêtées, me garant des passaots inattentifs et d'ailleurs peu nombreux, insoucieux moi-même de mon allure assez bizarre, avec ma tête nue (ma casquette à larges bords, de courte visière, et son long gland de soie floche pendant à gauche, était restée à l'étude) et mes cheveux ébouriffés du vent funeux de ma course.,.
J'arrivai enfin, traversant en quelque sorte d'un bond le large vestibule du premier escalier d'où le concierge, un Espagnol avec le fils de qui j*avais naguère fait des petites chapelles à la fête-Dieu et allumé des feux d artifices en miniature dans la grande cour que ce soir-là je traversai à perdre haleine, d*oà le concierge, dis-je, m'aperçut et me cria : Bonsoir, Monsieur Paul, mats pourquoi courez- vous ainsi, nu-tête?
J'avais, en vérité, bien autre chose à dire et à faire qu'à lui répondre, et ce fut d'un trait que je grimpai notre premier étage et dun geste réitéré que je tirai le cordon de la sonnette avec quel cœur qui battait, qui battait ! La bonne ' m'ouvrit, fit un ah I et allait prévenir quand, la bousculant en arrière, je tombai plutôt que je
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n'arrivai dans la grande sombre salle à manger où Ton dînait... Je tombai... dans les bras de ma mère et puis de mon père — et de ma cousine Elisa — et de mon cousin Victor, son frère, tout petit, tout trapu, avec la moustache ei> croc et ]e fer à cheval du chasseur de Vincen* nés qu'il était. Instinctivement ou cordialement, ou les deux tout ensemble, chat ou chien,, j'avais vaincu.
Dans les yeux, au fond peu surpris, dans le»
bras tendus presque d'avance et si vite autour de mon cou, dans les baisers doux et longs de ma mère et de ma cousine, vifs et barbus de mon père et de mon cousin, je perçus bien vite toute indulgence sinon quelque approbation de par derrière la tête... Et je me mis à pleurer délicieusement en expliquant mes raisons qui furent admises tout de suite et, plus tard, quand, à la question « as- tu faim ? », j*eus répondu de la bouche et des dents, savourant le bon potage au tapioca, le tendre poulet, et... je ne me rappelle plus quoi en fait de légumes et de desserts, et bu, avec délices, le doigt de bon vin pur (pas de café le soir, ça empêche de dormir)^
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PRBMfÈR PARTIE
paternellement, maternellement, et mieux qu amtcalement combattues et réfutées. Convaincu
que i'avais eu tort lout de même, je pi omis de me laisser reconduire à la pension 1^ lendemain après*niidi ~ et j*ailaî me courber, pour la dernière fois... jusqu'aux vacances de Pâques, dans mon petit lit où je dormis à poings fermés.
Le lendemain vînt, toutefois, et je tins à bon* neur de bietit de gentiment remplir ma promesse. Ce fut mon cousin qui se cbargea de me reconduire et d'expliquer au patron les choses et d'excuser ma fugue de la veille.
Pendant le trajet, il m'exhorta à être homme, à me considérer un peu comme au régiment !
Que diable ! j'étais d'une famille de militaires, et de même que lui (vieux sergent, grognard d'Algérie, qui devait plus tard, rengagé par deux fois, faire les campagnes d'Italie et du Mexique) s'était habitué à la vie du régiment, yt devais m'accoutumer à celle de collégien. Je
me ferais des camarades, si jt; témoignais d'un bon caractère, d'un bon, pas d'un trop bon. Ne pas trop, par exemple, laisser les loustics se
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j6 CONFESSIONS
moquer de moi, me battre au besoin, une bonne fois ou deux» après quoi tout irait comme sur des roulettes, etc . , etc.
Il parla si bien que ce fut presque joyeuseinent que je rentrai dans ce « bahut ^, mot que je devais connaître le jour même, d*où je m*étais sauvé si navré la veille. D'ailleurs pas médiocrement Ber de mon compagnon chevronné, à la face hâlée, au « bouc » épais un peu grisonnanl déjà, dans son uniforme sombre si populaire alors, et encore 1 -
Il fut, comme bien on devine, facilement pas* sé condamnation sur mou escapade, et c'est allègrement, le cœur léger, et plein de bonnes résolutions que je fus présenté par M. L... au professeur de la classe élémentaire où jc devais passer un an avant de faire partie des élèves que la pension conduisait au lycée, alors Bonaparte, Condorcet depuis, après avoir passé par Fontanes entre temps.
Dans ce milieu qui était bien le mien, com* posé d'enfants de mon âge, de familles bourgeoises, gentils et timides pour la plupart, je fn*apprivoisai .vite et me plus si bien par la
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PRBIflÈKE PAKTrK JJ
isuite, que véritablciiicat comparable aux peuples heureux qui n^ont pas d'histoire, c*est, peut-être, ce passage d'une année dans cette petite classe paisible aux récréations prises •dans une cour spéciale où la surveillance était plus facile et, par le fait înccssanle, c'est peut- ^tre, oui, la période de toute ma vie dont je me «ouviens le moins. J'ai beau fouiller dans ma mémoire, je ne vois, dans ce lointain, rien, absolument rien, non seulement de saillant» mais d*existant: éclipse totale de souvenirs, du moins quelque peu dignes d*étre rapportés dans cette plutôt minutieuse revue d'une vie beaucoup en. nuances...
Et je veux reprendre ce récit à l'époque, qui simultana, de ma première communion à mon «atrée au lycée.
On nous conduisait à la messe dans une église en bois sise dans le milieu de la rue de Clichy, et qui était provisoire en attendant l'érection» en face de la Chaussée d Antin. de T « élégante » Trinité qu'un sait. Quant au catéchisme, c'était rue de Douai, — près du square Vintimîlle alors fermé au public et orné d*une statue
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en marbre blanc de Napoléon l * à laquelle il arriva une nuii une malodorante aventure, — qu'on nous menait l'entendre dans une chapelledisparue depuis, ou, du moins, je le crois.
AIDES, église et chapelle; 1 une avec ses
colonnes romano-gothiques peintes à la
-i^détrempe, en rose et vert clair, son autet
gotbico-roman chromologiqucment décoré de même, ses autels des bas*côtés tout petits et par trop pauvrement prétentieux sous un vitrail d'Epinal à la douzaine et, au long des murs verdâtres et rougeoyants, de moisissures et... de couleurs de chez le mauvais marchand, un chemin-de-croix signé... rue Bonaparte ; — 1 autre son chemin-de-croix signé... rue Saint-Sulpice, ses bancs^ son autel, sa chaire-bureau, de ce jaune-pisseux... et pire ou mieux au choix, son plafond presque d'appartement, le tout avec des prétentions confortables dans le délabré^ par-ci par-là un prie-Dieu de velours grenat pour les mamans et des chaises de paille multi*
>*8o CONFESSIONS
•colore, à la belge, pour les papas et les messieurs du clergé, désireux d^assîster, mamans,
papas et les messieurs du clergé, à renseignement spirituel <^ prodigué » à leur chère progéniture et tendres ouailles, — et celles ci ! pour quelques gamins comme moi, alors, je le dis sans plus de modestie que de droit — presque -encore innocents ou... à demi, encore, ignorants du péché « péché honteux », du « vice impur », ■un flot de galopins déjà vicieux, à moitié flétris jdans la fleur de leurs douze ans, ironiques, incrédules, qui chantaient si tu crois que 4'aime » sur l'air de « Esprit Saint ^ descendez nous ! y>
Laides, église et chapelle. Affreux et odieux, pour la plupart, les « gosses » du catéchisme ^ont j'étais, moi, encore aimable et naïf.
De renseignement en lui-même, qu'en dire ?
'C'était à peu près comme la messe basse que nous entendions le dimanche de grand matin, dans Tétroite église provisoire de la rue de Clichy, blottis dans un recoin qui était le baptis- *tère,— correcte, sèche, — et paslongue,la messe.
Pas assez du moins pour moi vraiment, j'y