‹ Confessions notes autobiographiquesChapitre 11 sur 52 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

insiste, qui, élevé sans fanatisme par des parents point dévots, mais d'une religion plus quece qu*on appelle raisonnable dans des milieux bourgeois, avait 1 intuition des beautés ou plu* tôt des bontés vraies de la doctrine chrétienne ou plutôt catholique en attendant qu'après un. long temps d'erreurs de toute sorte et de fautes^ violentes, je dusse en un jour de malheur et de bonheur exhaler mon âme convertie en de&.

vers qu'on a bien voulu' trouver remarqua*

bles. . .

£t ma première communion fut « bonne ».

Je ressentis alors, pour la première fois, cette

chose presque physique que tous les pratiquants de r£ucharistie éprouvent, de la Présence absolument réelle, dans une sincère approche du. Sacrement. On est investi. Dieu est là, dans notre chair et dans notre sang. Les Sceptiques, disent que c'est la Foi seule qui produit cela, en l'imaginant. Non. Et TindifFérence des im* pies, la froideur des incrédules, quand par dérision ils absorbent les Saintes Espèces, est.

reffet même de leur péché, la punition temporelle du sacrilège...

It2 CONFESSIONS

Ma confession générale avait été scrupuleuse : je me souviens de m'étre accusé de vol

parce que ayant par mégarde emporté de chez une épicière de la rue des Dames deux images <l*un sou au Heu d'une. C^était bien» n'est-ce

pas, cela ?

Or, dans raprcs-midi du jour le plus beau de la vie, selon Napoléon après avoir été confirmé de la main de l'infortuné archevêque Sîbour, qui devait périr assassiné quelque temps après de la main d'un prêtre interdit, comme j'étais invité par la mère d'un camarade du catéchisme à prendre le thé chez eux et qu*il se trouvait que feu son mari avait servi dans Tartillerie, elle me dit : <s ALus, puisque Monsieur votre Père est un capitaine du génie en retraite, il a dû connaître mon pauvre mari à TËcole

>lytcchniquc.. .» P^t luui qui savais que mon père, dailleurs lui-même fils d'un notaire et <qui, petit clerc de ce dernier, s*était à seize ans engagé pour la campagne de France et avait passé très vite du rang au grade d'officier dans uii corps où il fallait les mêmes études qu*à l'Ecole, je répondis : « O certainement oui ».

Ùigiiizeû by i^OOgle

Pai L V'kRI.AIXE en C()I.I.K(ÎIEN {jV après unj photogr iphi'e)

Ce gros et laîd et bêle mensonge me pesa quel*quc lemps ; après quoi, pour en finir avec mes. opinions religieuses d*alors (ô misère ! un enfant de douze, puis de treize ans !) Tannée d'ensuite» lors du renouvellement de ma première commu* nion, avec d*autres polissons de treize ans, je lerëpète à dessein 1 je refusai de me con* fesser.

Vous voyez bien que nous valions à cette* époque les jeunes libres-penseurs, potaches oa

macrotins, de ces jours-cî !

Quittons, pour y revenir peut-être plus tard,, ces choses... réparables, — puisqu'elles furent réparées bien des années api\s, et mémorablement, alors et depuis.

Le jour de mon entrée au lycée suivit de près, celui de ma première communion. Moins solennel, il fut important, lui aussi. Pensez donc 1 il s'agissait d*être lycéen, de faire « des études », d'être parmi les moyens à la pension, — et la pension avait un uniforme tout comme les lycées^ d'internes, et le patron préférait que ses élèves eussent un uniforme pour aller au lycée (le lycée: n'avait pas, lui, d uniformej.

Uigiiizeû by i^OOgle

PREMIÈRB PAKTtB 85

On y allait deux fois par jour, excepté les dimanches et les jeudis. Je nws vois encore, en

longue file, descendant la rue Blanche, arpentant la rue Saint-Lazare et circulant parmi Tencombrement écolier du petit bout Nord de la rue Caumartin qui nous faisait aboutir en face de la lourde porte monumeutaie » entre les fontaines non moins monumentales « ornées »

de têtes de lions, dignes d'être ceux de l'Institut, qui étaient, comme leurs doctes confrères, censés cracher de Teau ou en vomir, comme vous voudrez, mais qui restaient le plus souvent à sec.

J'étais désigné pour la septième... J'entrai chez le père Robert, un homme âgé, vif comme la poudre et qui punissait ferme. En ce tempslà les professeurs portaient la robe et la toque» et les prières d*avant et d'après la classe, celleci, de prière, au sou du tambour que battait dans la cour un garçon qu*on appelait, de mon temps du moins, (pourquoi ?) Suche-Mèche — étaient en latin, Veniy sancie Spiritus.., S ni/

Je commençai, comme je devais finir, avec

Uigiiizeû by <jOOgle

du zèle et du succès dans l'intervalle, par être

un cancre, mot affreux, sens large et plus clément que rébarbatif au fond, et les punitions ne me furent point épargnées par Texcellent professeur. Le latin m'amusait encore un peu, la mathématique (ô cette règle de trois, je la comprends moins que jamais, tout en la raison* nant un tantinet mieux qu'alors !); mais l'histoire (des dates !) la géographie (des noms !) m'embêtaient ferme .

Le |)rcmier de la classe, grosse tête ébouriffée et maligne, était toujours M. MariusSépet. Moi je flottais entre vingt-cinq et trente sur trentecinq.

Ùigitizeû

IL paraît que le mobilier des lycées s'est amé» iioré. De mon temps, celui de Bonaparte se trouvait furieusement primitif, j'admets que •c'était un lycée d'externes ; mais on ne peut .pourtant pas voir une raison pour offrir à des iils de gens qui pciient cher, de pareils amphithéâtres de purs bancs sans tables devant, ni TÎen en fait d'autre confortable. Et j*abomine, ici, en plein grand public, les divers régimes, républiques ou monarchies, et vice versa^ qui «e sont contentés de ces sièges pour leurs futurs hommes instruits sérieusement. Voyez-vous -cela d'ici ? le cul sur une planche de corps de ^arde, de violon, à plus justement parler ; la poitrine et les épaules courbées vers les genoux -où quelque « buvard » était chargé de recueillir dans ces conditions un texte grec ou latin. La

Uigitizeû by i^OOgle

chaire même du professeur était un chef*d*œu^

vre de monstrueuse incommodité...

Ceci dit, parlons un peu, très vite, avant d'en revenir à moi, sujet principal de ces lignes sîn-^ cères, des braves gens t^ui m'inculquèrent le peu que j'ai de notions quelconquement classiques. Tous étaient ce que je puis maintenant dire en tout calme acquis cher, avec un tout petit nom tout de même, de braves gens plus convaincus, que nos normalien» d'aujourd'hui, gent un peu factice ! instruits, certes, autant, — et moins familiers, ce qui valait mieux, envers les jeunesesprits confiés à leui-s soins, que les échappés modernes de la rue d'Ulm. Mais, c a ne fait rien,, quels types, même à distance, et à quelque dia* tance, que les trois quarts de ces excellentes, -gens î

Je veux abréger la liste et ne contrister personne des rares survivants qui peuvent en fairè-

partie, iMd;s, nonobstant, mais, néanmoins,, mais, en dépit de tout, et quelques considérations qui puissent m*arréter, laissez*moi, voulez*

vous, sourire, un peu, à Tidéc, au fond affectueusement évoquée, de ces maîtres de notre

Page 1