PREMIÈRE PARTIE
Mes premières lectures ou pour parler plus nettement, ma première, toute première, lecture fut, — en dehors naturellement des livres
classiques dans IVspèce, Gamiani, V Enfer de Joseph Prudhomme, V Examen de Flora^ les Œuvres secrètes de Pircn^ — fut» dis- je, les Fleurs du Mal, i"^ édition, qu'un pion avait laissé traîner sur sa chaire et que je confisquai sans scrupule. II va sans dire que je n*avais aucune idée de cette poésie si éloignée de mou âge, nourri, aussi bien, de plus sages <k morceaux choisis. . .» Même le titre fut pour moi longtemps fermé et j'avais dévoré le bouquin sans y comprendre n'en sinon que ça parlait de <k perversités » (comme on dit dans les pensionnats de jeunes demoiselles) et de... nudités parfois, double attrait pour ma jeune « corruption », — et j'étais fermement persuadé que le livre s*appelait tout bonnement : Les fleurs de Mai.
Quoi qull en soit, Baudelaire eut à ce moment, sur moi, une influence tout au moins
d'imitation enfantine et tout ce que vous voudrez dans cette gamme, mais une influence
réelle et qui ne pouvait que grandir et, alors, s'élucider, se logifier avec le temps...
Un certain jour de congé, je « bouquinais y>^ pour, ma foi î la première fois de ma vie, en compagnie d*un camarade, car on commençait trop tôt, à mon avis d*aujourd*hui, à me laisser sortir seul. Vers le milieu du quai Voltaire, chez un libraire nommé Beauvais, nous avisâmes les Cariatides, — et )*avoue que la lecture de
ces vers, charmants en vérité et peut-être plus puissants dans leur bouillante jeunesse que les œuvres plus parfaites de la maturité de Banville, m'empoigna sur le champ, bien autrement encore que la condensation et la foncière austérité des Fleurs du Mal, . .
A ce festin, de toutes parts venus
Soupaient tous les Don Juao et toutes les Vénus.
...Il n'y eut pas jusqu'aux un brin extravagantes et peut -être un tantinet fumistes strophes quarante-huit et phalanstériennes qui commencent par
Coupe, sein, lyre.
Triple délire Où ne peut lire
Uigiiizeû by <jOOgIe
PREMIÈRB PARTIE 103
L'œil d'israt i, Sons ton dûi^iinc Se brise au prisme, , Le synthétisme • ^ OrigîneL..
<iuï ne séduisi?sent véhémentement mon goût •déjà prononcé pour ie tortillé et la phraséologie un peu vague que roa me reproche, à tort| je 4*espère, aujourd'hui tout au moins.
Banville, d'ailleurs, dans les éditions subsé- •quentes, supprima ce poème que mît en musi* que... sacrée, le si intéressant Cabaner, Fauteur •du Pdte\ dont voici les vers faits par lui-môme, que je vous donne comme inédits :
Décidément ce pâté
Est dolicicux ; de ma ViC Je n'en ai, je le certifie, Mange de mieux apprête...
Ami Jean, retourncs-y !
Va- l'en faire à la pâtissière
Mon sincère
Compliment...
Excellent,
Excellent !
Je devais quelques années après ces premières impressions littéraires, connaître et Banville
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