‹ Confessions notes autobiographiquesChapitre 21 sur 52 · SULLY-PRUDHOMME · texte numérisé non relu

SULLY-PRUDHOMME

uisou£ décidément je suis entré dans la

Via Dolorosa des plus intimes aveux et

X que je me plais dorénavant à cette franchise qui fait Thonnête homme, parlons du peut-^

être seul vice impardonnable que j'ai, parmi tant et entre tant d^autres :

— La manie, la fureur de boire, » là !

D'abord, j'ai bu beaucoup quaini j'allais chez mon oncle, à Fampoux, près d'Arras (gros village célèbre par un terrible accident de chemin de fer... Victor Hugo a dil : vk Le Fampoux d'une conscience ») de l'breune et de cherbiinque et du g'ntef sans compter les bistoules (mots amui^ants puisque patoisants, mais choses dures, même pour un estomac de vingt ans et déjà préjudiciables à une tôte déjà en l'air.)

Or, la première fois que j'ai bu, je pouvais en

effet avoir dans les dix-sept, dix-huit ans. Je

connaissais par conséquent la Femme et je vous assure que j honorais fort cette saintelà !

Donc je n^avais plus trop de ces scrupules enfantins que je regrette, trop en vain, de ne plus avoir du tout, — malgré cette affreuse santé qui m*avertit et parle, je le crains, à un

sourd.

Ët, non sans iutiner les filles de là-bas ni sans . les bousculer dans les granges et vers les meules, je me soûlais carrément sous le « vain » prétexte que ça faisait pisser. Je n^avais pas alors de maux tête ni de pituites...

J*en ai rabattu, — tout en luttant de mon mieux qui est, tout de même, bien.

Ici, je m*aperçois que, dans Tardeur et Ten* thousiasmc ([)cut-être) de parler de mon pccliè mignon (mignon ?), j'oublie un tas de choses pour le moins aussi importantes que ce dont je viens de m'occuper.

D'abord je publiais les Poèmes Saturniens^ chez Alphonse Lemerre, alors immédiat successeur de Pcrcepied, libraire religieux, lequel

Uigiiizeû by CjOOgle

DEL'XIEMS PARTIE

Paul Verlaine d'après Henry Gros).

Lemcrre s'inquiétait, en homme intelligent qu'il était et reste, d'éditer splendidement l'œuvre complète de la PlciaJe fi-ançaise du xvr siècle.

A ce volume dont j'ai suffisamment parlé suc-

cédèrent les Fêtes galantes qui plurent mieux, et la Bonne chanson dont je vais vous entretenir — Ô incidemment ! pour, par un détour unpeu long, mais si logique, en revenir à mon in> corrigible désormais, disent des méchants, ivrognerie.

Je comptais parmi mes meilleurs amis Charles de Siviy, le très charmant homme et le compositeur d'un si grand talent, qui me semble destiné à prendre « dans l'amour et le respect des Jeunes la place du tant regretté Emmanuel Chabrier et j'allais souvent le chercher chez lui pour l'apéritif du soir.

Un jour, je vis, comme nous allions sortir, entrer, après le toc-toc de rigueur, sa sœur, une toute jeune fille, en robe grise et verte, toute gentille brunette.

En tomber amoureux, avec mon tempéra»

ment impatient, eut lieu sans retard aucun et c'est comme cela que fut écrite la Bonne chan^ son,

O, coni:ji(' dit Victor Hutro dans ua vers dont il a rarement retrouvé l'analogue vibrant et vivant.

o mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse I

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