‹ Confessions notes autobiographiquesChapitre 31 sur 52 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

reuse lettre ajoutait qu'il y avait lieu d*espérer et m'engageait à rester encore quelque temps à la campagne, où il viendrait, si je voulais, me rejoindre dans quelques jours. Nous retournerions ensemble à Paris, où on verrait les choses de près et ferait tout le nécessaire.

C'était divin et ça commençait à ravir, mon idylle. Et c'est de ce moment que je conçus le plan y si le mot ne vous semble pas trop ambitieux pour un si mince ouvrage, de celte Bonne Chanson qui se trouve, dans le bagai;e assez volumineux de mes vers, ce que je prctererais comme sincère par excellence et si aimablement , si doucement, si purement pensé, si simplement écrit ;

Le soleil du matin doucement chauffe et dore

Les seigles et lesbics tout humides encore Et l'azur a gardé sa fraîcheur de la nuit. . .

Ainsi débuta ce mince volume qui devait

paraître un an après, juste au moment de la guerre et dont Victor Hugo me disait à son retour en France : « C'est une fleur dans un obus ». Je ne sais si c*est bien vrai, mais toujours est-il que j'ai, dès i origine, gardé une

prédilection pour ce pauvre petit recueil où tout

un cœur purifié s est mis...

Sivry tint sa promesse et j*eus le plaisir de le recevoir, à la petite gare distante d*un kilo* mètre à peine de Fampoux. li m'apportait de bonnes nouvelles, hélas ! assombries par Tannonce d'un très prochain départ pour un séjour, d'à peu près deux mois encore, en Normandie de toute sa famille y M. et Mme M..., leur fille aînée, celle dont il est question ici et une autre fille, enfant de huit ans. Mais il insistait sur le bon accueil fait à ma demande par la mère et la fîlle. Quant au père, il comptait peu, bien qu'encombrant au possible, le pauvre homme, mort depuis, de qui Dieu ait Tâme... importune ! Nous passâmes, Sivry et moi, une agréable semaine sous le modeste toit avonculaire. Le dimanche qui prit place, Sivry tint rharmoniûm à la grand 'messe et étonna fort, si même 11 ne scandalisa pas quelque peu les oreilles rustiques de Tauditoire par des offertoires et des marches de sortie empruntées aux opéras de Wagner. Mais tout a une fîn^ Sivry devait rentrer à Paris, et moi, mon bureau me réclamait:

DBUXifeME PARTIE • I73

«lous partîmes, ma mère et nous pour cet éter- 4iel Paris.

Ma mère, qui avait donné son assentiment à tnon projet, tout en élevant quelques réserves -sur rimpromptu d*une résolution si importante, •était heureuse, au fond, de me voir comme elle, disait, devenir, enfin sérieux. Car je ne buvai^ plus, du moins à me soûler. J^étais assidu a mon -bureau et je rentrais de bonne heure le soir. Même il m'arrivait, de plus en plus souvent de rester à la maison à jouer des parties de cartes que je savais qui i amusaient ; d'autres fois je raccompagnais dans des soirées bourgeoises où je ne brillai guère par Téclat d'une conversation qui eût d'ailicurs été, je le crains, peu (goûtée dans ces milieux joliments vieillots, mais par trop surannés pour bien faire. Une tasse de thé •et des petits fours complétaient ces fêtes et minuit au plus tard nous voyait de retour au logis dans cette rue de FEcluse, en ces Batignolles ou nous habitions depuis, ma foi, notre arrivée à Paris, depuis 1851.

C'était charmant et le temps s'écoulait, bien

lent encore toutefois. Il est vrai que je composais chaque jour mon volume en petites pièces, que Sivry faisait parvenir à sa sœur... Mais.

n'importe, c'était l'absence î

vm

O l'absence, le moins clément de tous les maux !

Se cousolcr avec des phrases et des mots,

Puiser dans TinBai morose des pensées

De quoi vous rafraîchir, espérances lassées.

Et D*en rien remonter que de fade et d'amer !...

Ainsi ratiocinait ma mélancolie naissante d être loin de <i Celle que j aimais », car décidément je Tainiais, surtout depuis qu'elle m*avait en quelque sorte agréé par écrit, en cachette... de son père seul, — mélancolie qui^ finit plus tard par tourner, pour mon propre dam et ce qu'il fallait qu'elle ignorât et qu'elle ignora jusqu'à la fin d'une interminable «cour j> de tout près d'un an, en une pénible, agaçante attente que tout allait aggraver, on le verra plus loin, jusqu'à ce que je devinsse, littéralement,

Impatient des mois, furieux des semaines P*

Mais, pour Tinstant, jc n'avais guère à me «plaindre que

Du doux mal quon souffre en aimant.

De petits billets échangés par rintennédiatre

-du bon Sivry, missives innocentes de la part de ma fiancée, car je la considérais, dûment déjà, comme telle, le plus délicates et discrètes possibles, de ma part, entretenalciil la « flamme » délicieusement insinuante qui par ia suite devait après des « querelles énormes d*aigles rouges», s'éteindre dans le fuligiiiLux d'un procès en séparation puis dans le fangeux d'un divorce.

Mats n*anticîpons pas sur tant d'horreurs !

Pour le moment donc, j*étais quasiment heureux : on m'y disait, dans cette jolie correspondance tracée d'une main peut-être tremblante, écriture enfantine et gentiment maladroite, style de la meilleure simplicité, tout le contraire <i*un bas-bleuisme fût*ce infinitésimal, et plutôt lâché dans rii^norance bénie de ce que peut bien être une phrase bien construite. Même de jolies fautes de français, même d'adorables et rares, aussi bien, erreurs d'orthographe, met-

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