‹ Confessions notes autobiographiquesChapitre 4 sur 52 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

m'en fournit un plus important auquel vous participerez, après quoi je dirai un adieu sans •doute détinitif à un pays où je ne suis jamais retourné et qu*il est bien invraisemblable que je revoie de ma désormais passablement sédentaire et forcément parisienne chienne de vie !

Quarante-huit avait eu Heu pendant notre séjour à Montpellier et j'assistai, (|ue dis-je, j'assiste encore anjourd'hui , tant les choses , •cette fois, sont nettes et comme enluminées devant moi qui les vois à quarante six ans d'intervalle ! à la proclamation de la République ou plutôt à la solennisatiôn de cette haute formalité. J'étais en grande tenue de petit garçon •de quatre ans, collerette de broderie, pantalon brodé aussi à mi-jambes, casquette à long |[]and pendant sur le côté, d'ailleurs bien emmitouflé, car février n est pas sans rigueurs, <)uelquefois, dans ce Midi qui n'a rien de moins immuable que son soleil tant vanté, sur Testrade de la place d'armes où les dames de l'Administration et de l'Armée étalaient leurs toilettes •quasiment printanniéres, plumes, fleurs, bavolets, volants, faces-à l'œil, éventails, écharpes,

a4 CONFESSIONS

et shalls, tandis que le préfet tout en argent et

le commissaire du Gouvernement provisoire, gilet un peu à la Robespierre, tous deux largement ceinturés de tricolore, haranguaient lestroupes de la garnison qui défilèrent ensuite au son des musiques jouant la Marseillaise que chantaient à tue-tête mille et mille voix gutturales fortement alliacées. Telle se fît ma pre • mière connaissance avec THymne natiouai et la. « Forme définitive de notre Démocratie ! > comme venaient de dire les deux citoyens officiels dont il a été fait mention ci-dessus.

Retour à Metz. Je ne puis parler, pour la dernière fois aussi, de cette ville où je ne suispas retourné non plus, voilà tant de temps décela ! et où probablement je mourrai sans être retourné, également, je ne puis parler de ma ville natale sans quelque émotion bien com* préhensible, car d'abord j'y ai vécu peu d'années, d'accord, mais c'est là, en définitive, que je me suis ouvert, esprit et sens, à cette vie qui devait m'étre en somme si intéressante 1 Puis, n^est-elle pas, cette noble et malheureuse ville,, tombée glorieusement et tragiquement, abomi-

rKEMIÈKË PARTIE

«lablement tragiquement ! après quels combats immortels ! par la seule trahison, trahison comme il n*en est pas dans Thistoire, entre les maîns de Tennemi héréditaire ? Si bien que

^our rester Français, à vingt-huit ans, après Avoir accompli tous mes devoirs civiques et -sociaux en France et comme Français, et -m'ê-

tre, sans que rien m'y forçât que le patriotisme •(la suite de ces notes le démontrera), mêlé, la guerre arrivée, à la défense nationale dans la

mesure de mon possible, je dus, en 1872, opter à Londres, où m'avaient jeté les suites de la guerre sociale après la guerre civile et la guerre

-étrangère, en faveur de la nationalité.... de ma naissance 1

...Il y a des destinée3 vraiment. Mon père

aussi qui s'était ^«^^z^^/ (n'avait pas été requis) à seize ans dans les armées de Napoléon h'"*, •qui avait fait campagne en 1814 et 1815, s'était vu obligé, après le 18 juin de cette dernière année, d'opter, pour continuer de servir sous .nos drapeaux, sous prétexte qu'il était né, Français, dans ce département des Forêts que 4es traités imposés par le triomphe de la Sain-

fl6 CONFESSIONS

te*Alliance enclavèrent de force, et bien de

force ! dans le royaume improvisé des Pays-Bas. et qui fait aujourd'hui partie de la province du Luxembourg belge.

Un homme d'esprit a dit qu'être né dans unèécurie ne suffit pas pour être cheval. J'admets le mot pour l'étranger qui voit le jour en tel oa tel pays, au hasard d*Un passage ou d^une mission de ses parents. Là ne fut jamais mon cas et c'est pourquoi cette émotion très réelle dont j*aî parlé et que je ressens toujours quand il est question, parfois trop légèrement, de cette Alsace^Lorraine qu'on semble avoir un peu oubliée ou même traiter, déjà ! dans quelques, milieux, de quantité négligeable.

Ce fut par Lyon et Châlons que nous revîn«^ mes à Metz, c'est-à-dire par le Rhône et la Saône. De ces deux fleuves, pas de nouvelles en ma mémoire quant à ces temps-là, (j ai revu récemment la Saône qui m*a fort impressionné avec son Lamartine en coup de vent) sinon que l'eau était grosse autour des roues du vapeur et que j'en ius souvent arrosé, à mon grand amu« sèment assaisonné d'une pointe de peur. Oa

Page 1