‹ Confessions poétiquesChapitre 10 sur 38 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Salut, arène illustre, imposante cité; Reine des souvenirs , mobile majesté ,

Ta couronne est faite de gloire; Les siècles t'ont jeté bien des taches de sang ! On foule avec respect ton pavé frémissant ;

On y sent palpiter l'histoire.

i34 A PARIS.

Salut, des nations colysée immortel, Où la gloire a son culte et l'idée un autel

Que les profanateurs polluent; Un nom s'élève ici quand un autre s'abat, L'avenir s'enrichit des efforts du combat:

Ceux qui vont mourir te saluent.

Paris , des passions creuset vaste et profond , Où l'homme de génie en peu d'instans se fond,

Tu veux des hommes à ta taille, Qui dans leur veille active apprennent à souffrir Et pour une pensée osent aussi mourir :

Elle a plus d'un champ de bataille.

Le siècle dit leurs noms et le néglige après ; Parfois de leurs convois illustrant les apprêts ,

Mêlés à des clameurs de haine, Tristes et le front nu, les citoyens en deuil Jusqu'aux bords de la tombe escortent leur cercueil;

Parfois dans la fange on le trainc.

à PARIS,

Il est peu de débris dn Paris féodal!... Dans le ^nis de pierre, un Paris idéal

En agite souvent la poudre ; Ils luttent tous les deux au lieu de s'aecueillir : Les débris ont ici peu de temps pour vieillir,

Toujours ébranlés par la foudre.

Le Paris idéal change les monumens

Au gré de son triomphe et des événemens;

Tous les partis ont leurs reliques :

Rome a vu monnoyer l'or pur des saints flambeaux; Les temples sont marchés, les théâtres tombeaux,

Et les tombeaux places publiques.

La ville qui s'étend, se peuple, s'agrandit, Et d'un plus jeune éclat sans cesse resplendit,

Que le monde contemple, admire, Dont les rois avec crainte écoutent tous les cris , >ie sera-t-elle un jour que de muets débris,

Dormant comme ceux de Palmyre?

i36 A PARIS.

Et pourquoi pas? le temps, destructeur souverain, Brise les rois de marbre et les dieux en airain;

Par lui la terre est possédée :

Aux tours des châteaux forts le hibou fait son nid, Les brins d'herbe ont percé les tombeaux de granit :

Il n'est rien de grand que l'idée.

Oui, l'idée ici-bas est une part de Dieu; Sans cesse elle s'élève, elle tend vers le lieu

D'où tout descend, l'âme et la feuille : L'homme s'éteint et meurt comme un rameau flétri, L'âme porte une idée et l'âme jette un cri

Que toujours l'avenir recueille.

Voici les quais scintillans de fanaux , Qui , serpentant sur les bords de la Seine , En s' inclinant se mirent dans les eaux , Dont le cours lent sous un ciel noir se traîne;

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