‹ Confessions poétiquesChapitre 21 sur 38 · LA DERNIÈRE PROMENADE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE PROMENADE

— Et quand je i in rais cent années, Oublirais-je jamais ces touchantes journées

Lui (lis-jc «m soupirant. — El moi !

Tu m'y donnas des fleurs ; j<- les garde fanées....

— Qu'il était pur n-t air respiré jh < si <l<- toi , Sous ces grands arbres verts, devant l'orangerie

Embaumée < 1 fleurie,

Eu ces réduits épais D'où fuyait la perdrix, au moindre bruit peureusi . Où tout semblait espoir, bonheur, fraîcheur et paix!

— Je n'y voyais que toi ! . . Comme j'étais heureuse!

Et la voiture allait, attirant les regards, D'un pas lugubre et lent le long des boulevards.

Rêveuse, l'œil baissé, la main sur la portière, Peut-être elle pensait avec un vague effroi

Que ce triste chemin conduit au cimetière

0 mon Dieu ! . . . Non ! ses yeux se sont tournés vers moi, Car mes soins, écartant toute idée affligeante, Accusent de son mal cette saison changeante ,

i78 LA DERNIERE PROMENADE.

Qui pour vingt jours glacés donne à peine un beau jour Non! son regard est brillant de tendresse; Non ! du printemps elle attend le retour ; Non! elle croit en sa jeunesse, En ce Dieu que pour nous a prié son amour ; Elle fait des projets naïfs et purs comme elle : Elle veut dans les champs épier l'hirondelle ; Au mois de mai , s'appuyant à mon bras , Sur T herbe rajeunie elle affermit ses pas , Surprend le papillon léger comme une flamme , Pour une santé douce échange ses douleurs , Écoute les écrits échappés de mon âme , S'enivre de la forme et du parfum des fleurs , Boit un lait odorant qui sous les doigts ruisselle Quand aux cieux réveillés l'aube à peine étincelle ; Elle veut de ses ans ménager mieux le cours ; Quelques beaux jours ont lui dans son âme ravie, Elle en désire encor. . . ces jours la sont si courts ! . . . Elle veut du bonheur, elle veut de la vie

Et la voiture allait, attirant les regards,

D'un pas lugubre et lent le long des boulevards.

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