LA DERNIÈRE PROMENADE
— Et quand je i in rais cent années, Oublirais-je jamais ces touchantes journées
Lui (lis-jc «m soupirant. — El moi !
Tu m'y donnas des fleurs ; j<- les garde fanées....
— Qu'il était pur n-t air respiré jh < si <l<- toi , Sous ces grands arbres verts, devant l'orangerie
Embaumée < 1 fleurie,
Eu ces réduits épais D'où fuyait la perdrix, au moindre bruit peureusi . Où tout semblait espoir, bonheur, fraîcheur et paix!
— Je n'y voyais que toi ! . . Comme j'étais heureuse!
Et la voiture allait, attirant les regards, D'un pas lugubre et lent le long des boulevards.
Rêveuse, l'œil baissé, la main sur la portière, Peut-être elle pensait avec un vague effroi
Que ce triste chemin conduit au cimetière
0 mon Dieu ! . . . Non ! ses yeux se sont tournés vers moi, Car mes soins, écartant toute idée affligeante, Accusent de son mal cette saison changeante ,
i78 LA DERNIERE PROMENADE.
Qui pour vingt jours glacés donne à peine un beau jour Non! son regard est brillant de tendresse; Non ! du printemps elle attend le retour ; Non! elle croit en sa jeunesse, En ce Dieu que pour nous a prié son amour ; Elle fait des projets naïfs et purs comme elle : Elle veut dans les champs épier l'hirondelle ; Au mois de mai , s'appuyant à mon bras , Sur T herbe rajeunie elle affermit ses pas , Surprend le papillon léger comme une flamme , Pour une santé douce échange ses douleurs , Écoute les écrits échappés de mon âme , S'enivre de la forme et du parfum des fleurs , Boit un lait odorant qui sous les doigts ruisselle Quand aux cieux réveillés l'aube à peine étincelle ; Elle veut de ses ans ménager mieux le cours ; Quelques beaux jours ont lui dans son âme ravie, Elle en désire encor. . . ces jours la sont si courts ! . . . Elle veut du bonheur, elle veut de la vie
Et la voiture allait, attirant les regards,
D'un pas lugubre et lent le long des boulevards.