DU VINGT-QUATRE DÉCEMBRE
J'ai fermé les volets, en proie au désespoir; La neige s'amassait sur le pavé des rues, Et sous ce froid linceul les tuiles disparues Se dessinaient dans un ciel noir.
En essuyant les pleurs qui mouillaient ma paupière Je vis avec effroi ce ciel lugubre et noir,
i82 LA NUIT
Et pour continuer ma pesante prière Auprès du lit j'allai m'asseoir.
Oh! comme elle souffrait! Que sa tête chérie,
Mélancolique, amaigrie, Tristement retombait sur l'oreiller brûlant ! Que le cours de la nuit était funèbre et lent!..
« Oh ! ne t'éloigne pas,|mon ami! » disait-elle. Dans ses douleurs, mourante, elle me souriait; Les traits déjà saisis d'une roideur mortelle, Son cœur parlait au ciel et son regard priait.... Sa mère s'affaissait de veilles épuisée; Près du foyer assis, morne, l'âme brisée, J'apprêtais la boisson qui soulageait ton mal....
Ton souffle gémissant mourait instant fatal!
Un vertige de feu tournoya dans ma tête — Ta bouche s'est glacée et le souffle s'arrête.... Des sons inachevés. . . J'écoute. . . — Rien ! . . mon Dieu ! Je crois avoir pourtant surpris ce mot : Adieu !
Dl, \l\<,ï (H M 'RE DECEMBRI [83
Je nois I je «lois ! — Ainsi, quant In quittai la m<-, La douceur de l'adieu me In' encou ravie.... Mais in me regardais. .* Oui, par mômens, je croit... Je compose un adieu des bruits sourds de ta roi*
Kl le cul de son aine était déjà l'asile!... Mais je ne voyais qu'elle en mes bras immobile; Elle, qui me parlait , et qui n'a plus de \oi\ ! Elle , qui regardait , et dont l'oeil est sans vie , Mort à ce doux éclat qui m'émut tant de (ois !
Elle, qui m'eût partout suivie, Elle, qui se plaisait au silence des bois! Elle, qui par instans, devinant ma pensée, Achevait ma parole à peine commencée !
Elle, dont j'épousais l'espérance et la foi! Kl le, dont chaque jour ressuscitait le zèle,
Elle, qui s'oubliait pour moi, Elle, si dévouée!... Et ce n'était plus elle!
Que j'ai mouillé de pleurs ce corps qui froidissait,