‹ Confessions poétiquesChapitre 27 sur 38 · RÊVERIE AU COIN DU FEU · texte numérisé non relu

RÊVERIE AU COIN DU FEU

21 m0it JTer<r.

J'étais seul, au déclin d'un beau soir de novembre, Les rayons du couchant se glissaient dans ma chambre A travers les rideaux d'un rouge étincelant , Où se jouait du feu le reflet vacillant;

J'étais seul, fatigué d'une étude inquiète, De ma philosophie , aliment de poète ,

Lassé de vingt écrits épars autour de moi , Que consulte souvent un attrayant effroi ; Le front sur une main , et l'œil fixé sur l'âtre , Des caprices du feu , mobile , ardent théâtre , Je voyais s'approcher dans ce demi-sommeil, Qui n'est point le repos et n'a rien du réveil , Quand la pensée expire en vague rêverie, Elle , un être charmant , création chérie , Fraîche comme un rayon du soleil matinal , D'un corps harmonieux , souple , pur, virginal , Naïve en sa pudeur, suave de faiblesse, Et retournant vers moi sa tête avec mollesse.

Triste, autour d'un fauteuil je la vis voltiger, Et s'y poser enfin par un essor léger :

— A quoi, m'a-t-elle dit, rêves-tu, solitaire?

— Du bonheur et du vrai je cherche le mystère ;

La science est pour l'homme un abîme profond ; Il y descend toujours sans rencontrer le fond.

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Que de aétluclioiM ëfltttuféiti 001 .ilmne!

El d'abord, sur dea llems, cbuché p#èi de kâ «nue,

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— Où \as-lu? disail-il; bien folle «si Ion cn\ic Verse-loi du plaisir , seul neetar de la \ ie.

— Ton plaisir , ai-je dit, meurt avec le délit ; Où l'Ame n'entre pas, est-il un vrai plaisir? Elle a des voluptés qu'ignore ton ivresse ,

Et toujours la vertu féconde la tendresse. Ton fébrile bonheur, que dure-t-il? un jour. Moi, j'ai soif, et je veux boire un plus noble amour : Dis-moi , si tu le sais , où trouver ce mélange : Le feu des passions animant un cœur d'ange. Où trouver ce bon heur?. . . J'y veux porter mes pas. . .

— Il me montra l'abîme , et ne répondit pas.

Je m'avançai. Debout, près du vaste cratère, Je rencontrai Zenon , éloquent , morne , austère : — Il est profond , dit-il , l'abîme où tu descends ! Prends-y garde , jeune homme ; esclave de tes sens ,

Au fond de ses secrets ta vanité veut lire , Et tu suis de l'amour l'efféminé délire ! Braves-tu la souffrance, et ris-tu d'un malheur/ Toute forte vertu doit vaincre la douleur.

— Ta farouche vertu, Zenon , n'est pas la mienne; Oui, l'homme doit lutter afin qu'il s'appartienne; Mais l'instinct du bonheur est l'attrait de ses jours. . . Le bonheur! il l'attend, il le veut, et toujours!... Il le rêve en des vers , touchantes prosodies ,

Il le sent infiltrer au sein des mélodies , Les bals semblent parfois ses reflets enflammés; Tremblant, il le demande à des yeux bien aimés; Il s'égare, il gémit, il l'appelle, il succombe, Et d'un œil alarmé cherche encor dans la tombe ! Zenon, où le trouver? daigne guider mes pas

— Il me montra l'abîme , et ne répondit pas.

Alors , sans m' adresser à d'autres consciences , J'allais interroger l'abîme des sciences , Quand Platon vint a moi. Sublime , illuminé D'un rayon de la gloire, orateur couronné,

AU COIN Dl II I

Il laissa découler sa docte poésie,

Bu mois harmonieux , cadencée et choisie,

Limpide comme Iran qui brille mollcnn ni

Kl remplissant L'esprit d'un long eiieliaiih-ment ;

Je croyais que des Qeurs, secouanl leurs corolles, Parfumaient en passant ses magiques paroles ; 11 paiaii de l'éclat d'un langage enchanté Ces mots si beaux : amour, ciel, immortalité.

— 0 Platon , m'écriai-je, arrête ; ton génie A flots inépuisés m'inonde d'harmonie :

Mais tu parles toujours d'un incertain espoir; Je suis las d'espérer, Platon , je veux savoir : Que nous enseignes-tu? Rien qu'une incertitude Élégante, pompeuse, ornée avec étude;

Ton espérance est vague et j'en suis tourmenté;

On ne t'a jamais dit: voilà la vérité.

Tu chantes un système enivré d'ambroisie ,

Mais qu'est-il? un grand doute empreint de poésie,

Où donc est le secret? daigne y guider mes pas...

— Il me montra l'abîme, et ne répondit pas.

2a6 UNE RÊVERIE

Puis je vis défiler le cortège sublime Des esprits éthérés qui planaient sur l'abîme; Dans une anxiété qui me glaçait le sang, J'espérais en ces mots qu'ils jetaient en passant. Bacon, grave et posé, m'indiquait la méthode, Et du savoir humain développait le code; Montaigne souriait, un Horace à la main, Me répondait : « Quesais-je?» et passait son chemin; Dans un fait Galilée épuisait son génie; Newton sondait du ciel l'attractive harmonie ; Descartes dans le doute enfermait le savoir; Locke de la raison polissait le miroir; Malebranche, aveuglé de sa propre lumière, Voyait l'âme partout et niait la matière; Voltaire les raillait; Helvétius charmé Proclamait le néant son repos bien aimé ; Rousseau les accusait, impuissant a connaître, Et n'arrivait jamais qu'à ce tourment : peut-être! Et lorsque, suppliant, je poursuivais leurs pas, Tous me montraient l'abîme, et ne répondaient pas.

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