AUX BORDS DE LA CHARENTE
Lorsque les bords de la Charente
Aux tlots dorés Des reflets de la lune errante
Sont colorés , Quand ce demi-jour qui sommeille
Sur le gazon S' harmonie au vent qui s'éveille \ l'horizon;
Si la luciole illumine
Les longs rameaux De la plante en fleurs qui s'incline
Au bord des eaux , Si des jasmins au loin parfument
L'air enchanté, Et si les étoiles allument
La nuit d'été ;
On jouit mieux de sa jeunesse
Et d'un beau soir, L'illusion qui vous caresse
Crée un espoir ; On goûte la fraîcheur chérie
Que fait le vent , La main se joint, le regard prie
En s'élevant.
On voudrait au brillant abîme , Azur des cieux ,
AUX BORDS DE LA CHAREN1 E 5g
attacher un regard sublime;
La, radieux ,
\<>i re soleil couve la foudre
Sur les liumains, Ki féconde jusqu'à la poudre
De nos chemins.
On pressent cette Intelligence.
Ame du tout , Des soleils réglant la semence
Qui tourne et bout ; Lumière fertile, profonde,
D'où Jéhovah , Sur un orbite lance un monde
En disant : ((Va. »
Souvent des bords de la rivière ,
Où je rêvais, \ ers cet océan de lumière
Je m'élevais.
Pauvre professeur, au collège Que je souffrais î . . .
Mais comme le chagrin s'allège Quand l'air est frais!
Je disais : « Qu'un soleil se lève
a A mon regard , (( Qu'il brise et de ma vie enlève
« Ce noir brouillard ; « 11 m'a voilé des espérances
« Qui sont tout moi . »
Et pour consoler mes souffrances
J'avais la foi ;
La foi qui bâtit des merveilles
Sur un néant, Qui , de nain grandi par les veilles ,
Vous fait géant; Porte les monts, dans lldumée
Brille étendard,
AUX BORDS DE LA CM \lil\ M
El franche aTeç une armée Le Saint-Bernard.
Je vivais par mon espérance ,
En mes ennuis, Je méditais ma délivrance
Durant les nuits; Comment brillerait cette aurore?
Je m'y perdais , Mon jour ne venait pas encore ;
Mais j'attendais.
Un soir, je m'assis, solitaire,
Sur un coteau Qui couronnait de son mystère
Le bord de l'eau; Un grand bois prolongeait son ombre
A mon coté , La nuit épandait, triste et sombre,
Sa majesté;
ta BROUILLARD
Lorsque soudain sur la Charente ( i )
Un long brouillard Traîna sa masse transparente
Sous mon regard; Dans le vallon, vaste corbeille,
Il remonta , Puis comme une mer qui sommeille
Il s'arrêta.
De cette immense vapeur grise
Qui fermentait La lune semblait être éprise,
Et l'argentait; C'était la mer, paisible et plane
Dormant le soir, Quand sa surface est diaphane
Comme miroir.
J'entendais au loin dans l'espace Bruire l'eau
\i \ BORDS DÇ LA CHARENTE
D'un courant <|ui descend cl pass.-
Pics du coteau; C'était le (lot (jui sur la £\c\i>
l>;il niollcmcnl ,
Et nous jette d'un léger \r\t- L'enchantement.
Lors , je songeais à ma patrie ,
A cette mer Où je combattais la furie
Du flot amer ; Je m'aventurais à la nage
Sans nul émoi , Laissant le blanchâtre rivage
Fuir loin de moi.
Je m'y bâtissais une gloire ,
Un avenir; Je ne cessais jamais d'y croire,
D'y revenir;
A moi la vision naïve S'en dessinait,
Et mon espérance attentive Y moissonnait.
Là s'élevait la maisonnette,
Non loin du bord , Qui me riait, humble retraite,
Ombrage et port; J'y goûtais près de jeune femme
Plus d'un beau jour, Car j'y respirais par son âme
Et son amour.
Des travaux , des soins , le théâtre , Des chants , des vers ,
Et le doux causer près de l'âtre Dans les hivers ;
Dans l'été quelque frais ombrage , Modeste lieu,