‹ Confessions poétiquesChapitre 3 sur 38 · AUX BORDS DE LA CHARENTE · texte numérisé non relu

AUX BORDS DE LA CHARENTE

Lorsque les bords de la Charente

Aux tlots dorés Des reflets de la lune errante

Sont colorés , Quand ce demi-jour qui sommeille

Sur le gazon S' harmonie au vent qui s'éveille \ l'horizon;

Si la luciole illumine

Les longs rameaux De la plante en fleurs qui s'incline

Au bord des eaux , Si des jasmins au loin parfument

L'air enchanté, Et si les étoiles allument

La nuit d'été ;

On jouit mieux de sa jeunesse

Et d'un beau soir, L'illusion qui vous caresse

Crée un espoir ; On goûte la fraîcheur chérie

Que fait le vent , La main se joint, le regard prie

En s'élevant.

On voudrait au brillant abîme , Azur des cieux ,

AUX BORDS DE LA CHAREN1 E 5g

attacher un regard sublime;

La, radieux ,

\<>i re soleil couve la foudre

Sur les liumains, Ki féconde jusqu'à la poudre

De nos chemins.

On pressent cette Intelligence.

Ame du tout , Des soleils réglant la semence

Qui tourne et bout ; Lumière fertile, profonde,

D'où Jéhovah , Sur un orbite lance un monde

En disant : ((Va. »

Souvent des bords de la rivière ,

Où je rêvais, \ ers cet océan de lumière

Je m'élevais.

Pauvre professeur, au collège Que je souffrais î . . .

Mais comme le chagrin s'allège Quand l'air est frais!

Je disais : « Qu'un soleil se lève

a A mon regard , (( Qu'il brise et de ma vie enlève

« Ce noir brouillard ; « 11 m'a voilé des espérances

« Qui sont tout moi . »

Et pour consoler mes souffrances

J'avais la foi ;

La foi qui bâtit des merveilles

Sur un néant, Qui , de nain grandi par les veilles ,

Vous fait géant; Porte les monts, dans lldumée

Brille étendard,

AUX BORDS DE LA CM \lil\ M

El franche aTeç une armée Le Saint-Bernard.

Je vivais par mon espérance ,

En mes ennuis, Je méditais ma délivrance

Durant les nuits; Comment brillerait cette aurore?

Je m'y perdais , Mon jour ne venait pas encore ;

Mais j'attendais.

Un soir, je m'assis, solitaire,

Sur un coteau Qui couronnait de son mystère

Le bord de l'eau; Un grand bois prolongeait son ombre

A mon coté , La nuit épandait, triste et sombre,

Sa majesté;

ta BROUILLARD

Lorsque soudain sur la Charente ( i )

Un long brouillard Traîna sa masse transparente

Sous mon regard; Dans le vallon, vaste corbeille,

Il remonta , Puis comme une mer qui sommeille

Il s'arrêta.

De cette immense vapeur grise

Qui fermentait La lune semblait être éprise,

Et l'argentait; C'était la mer, paisible et plane

Dormant le soir, Quand sa surface est diaphane

Comme miroir.

J'entendais au loin dans l'espace Bruire l'eau

\i \ BORDS DÇ LA CHARENTE

D'un courant <|ui descend cl pass.-

Pics du coteau; C'était le (lot (jui sur la £\c\i>

l>;il niollcmcnl ,

Et nous jette d'un léger \r\t- L'enchantement.

Lors , je songeais à ma patrie ,

A cette mer Où je combattais la furie

Du flot amer ; Je m'aventurais à la nage

Sans nul émoi , Laissant le blanchâtre rivage

Fuir loin de moi.

Je m'y bâtissais une gloire ,

Un avenir; Je ne cessais jamais d'y croire,

D'y revenir;

A moi la vision naïve S'en dessinait,

Et mon espérance attentive Y moissonnait.

Là s'élevait la maisonnette,

Non loin du bord , Qui me riait, humble retraite,

Ombrage et port; J'y goûtais près de jeune femme

Plus d'un beau jour, Car j'y respirais par son âme

Et son amour.

Des travaux , des soins , le théâtre , Des chants , des vers ,

Et le doux causer près de l'âtre Dans les hivers ;

Dans l'été quelque frais ombrage , Modeste lieu,

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