UJX BORDS DE LA CHARENTE
Ou rafraîchir notre courage En louant Dieu.
Partout la n iaion charmante
Prend mon regard
Mais le I o 1 1 1; brouillard qui fermente
S'agite et part; Plus d'océan ! il s'évapore,
Voile incertain — Et le collège était encore
Dans le lointain.
LA
PIERRE-LEVEE
Il est des heures de silence
Où l'âme se replie en soi;
De la douleur l'hymne s'élance
Et de l'espoir le cri de foi ;
Il est des heures solitaires,
Où , pour témoins ayant les ci eux ,
LA PIERRE-LEVÉE
Se recueillant dans ses mystères ■ L'âme s'écoute et s'entend mieux.
C'est le matin , quand la rosée En perles scintille aux rameaux ; La nature plus reposée Vous imprègne de son repos ; L'air est frais , suave , sonore , Les oiseaux chantent mollement, La vapeur monte et s'évapore; Tout est calme et recueillement.
La douce et limpide lumière Qui se glisse en obliques jets , En rayonnant dans la clairière , Ondule et vêtit les objets , Si l'atmosphère vaporeuse Vient accidenter le lointain ; On aime sous l'allée ombreuse Et l'espérance et le matin.
LA PIERRE-LEVÉI
C'est le soir, quand la cloche sonne
Dans les grands bois , Tintement lent et monotone
Rempli de voix ; C'est le soir, dont les harmonies
Vont murmurant , Belles des teintes infinies
Du jour mourant ;
C'est le soir, dont l'ombre incertaine
Fait tant rêver, \oiJe de vapeur lointaine
Lent à lever
Qu'est-ce que l'àme affaissée
Qui s'en ira?
Un crépuscule de pensée !
Le jour viendra.
LA PIERRE-LEVÉE
C'est la nuit, c'est la nuit majestueuse et sombre, Déployant dans les cieux son sublime manteau De mondes tacheté. . . . Dieu seul en sait le nombre ! On en soulève un coin quand on entre au tombeau. Nulle vivante main ne l'a touché.... qu'importe ! L'esprit humain toujours monte vers l'infini , Newton même y heurta cette raison si forte Dont le ressort puissant retomba désuni.
La nuit, leçon de Dieu nous montrant l'empyrée, But, désespoir, désir, où toujours nous allons, Où notre vanité sans relâche attirée , Des fragmens du savoir forme des échelons ; Après un peu de temps, chaque échelon se brise, L'infini fuit toujours , et toujours notre orgueil , Entraîné par notre âme avidement éprise , S'épuise à le sonder, sans dépasser le seuil.
l,\ PIERRE-LEVÉ jZ
Un soir j j'étais à ces pierres-levées \ teux souvenirs de nos aïeux gaulois, Tombes du sol pesamment élevées Au\ chefs puissans qui leur donnaient des lois, Lors, je \ lus l\ songer à ce peu que nous sommes , A la muterai tombait pleinede majesté, A ces rudes travaux que s'imposent les hommes Pour cacher leur inanité.
Puis je compris mieux cette gloire, Ces soins , ces immortalités Et ce culte des noms dont le temple est l'histoire , Où passent les sociétés ; Je sentais mieux le désir d'être utile, Dont on porte le germe en soi , S'échauffer, devenir fertile Au sacré soleil de la foi ; A mon avide intelligence
Nuls fardeaux ne semblaient pesans
Mais comment porter l'indigence, Qui pesait sur mes jeunes ans?
74 LA PIERRE-LEVÉE
Et, prolongeant ma rêverie, Je regardais le bloc du granit colossal , Étendu lourdement, abrupte seigneurie, Sur son triple support, immobile vassal : « Quelle force, disais-je, ici t'a soulevée,
Pierre immense au sol enlevée? »
Soudain je vois un mot à ses flancs incrusté , J'approche, et je lis : — « Volonté. »
LA