LES DEUX ÉCHELLES
Des anges aux lieux où nous sommes Descendaient d'un vol fraternel ; ils parlaient aux âmes des hommes ?
Et remontaient vers l'Eternel.
21 Dirginif.
Déjà la nuit s'étend comme un immense voile; Mon œil, de monde en monde et d'étoile en étoile, Dans le céleste azur dont l'éclat s'est terni, Monte, monte et s'arrête aux bords de l'infini ; Les étoiles, des cieux brillante poésie, Et les fleurs exhalant leur subtile ambroisie,
Et ce calme vivant des belles nuits d'été , Dont le cœur seul conçoit la sainte volupté, Et ces bruits s'éteignant dans un vaste silence, Et ces hauts peupliers qu'un vent léger balance , Et ces frissonnemens qui meurent dans les bois , De mon âme agitée ont réveillé les voix, Voix d'espoir, voix d'amour, pleurs, cris d'inquiétude, Dont les touchans échos sont dans la solitude.
0 Byron , ton malheur fut d'être méconnu ; (i) Ton chagrin fermenté, trop long-temps contenu, Ouvrant, volcan divin, ses laves d'harmonie, De sarcasmes, d'amour, embrasa ton génie. La nature est un livre immense et solennel , Les cieux a mon amour racontent l'Eternel ; Monâme,éther pensant, au tombeau croit survivre: La mort est le combat qui toujours la délivre; Et ma prière en pleurs , s'élevant vers le ciel , Lui demanda souvent une coupe sans fiel. Mon humble poésie est encore inconnue , C'est un feu qui sommeille irrité de la nue,
LES \<>|\ DE LA soi. Ill Dl . i n
El pré! à s'échapper en rapides éclair»,
Pour briller un instant.... et mourir dans l< s air»;
El toi, ta poésie étincelle en blasphèmes
Landes contre la terrée! contre lesciçus mêmes;
Ton éloquent dédain, se jouant des mojrtejs ,
\ raillé l'existence 61 l'espoir des autels,
Et n'a mi dans la femme, esclave et frêle idole 1
Qu'un frivole instrument <lc ton amour frivole.
Oui, mais ton vers s'anime et semble frémissant,
Poêle, tu versais des pleurs eu maudissant;
Oui, mais ton désespoir est un tourment sublime,
Et ton regard avide, interrogeant l'abîme,
Recommençait toujours à mesurer le fond :
Ton délire lui-même est un aveu profond.
Sur ta vie , à plaisir, on a versé le blâme , Et ta vie agitée erra comme une flamme ; Un cœur tel que le tien devait être nié : Ne pouvant te comprendre , on t'a calomnié. Au souffle du malheur tu devins une lyre , Des envieux obscurs, irritant ton délire,
25o LES VOIX DE LA SOLITUDE.
Ne te pardonnaient pas ce génie enflammé Et ces élans de feu dont tu fus consumé. Cachés dans une intrigue où rampait leur malice, Pour chacun de tes jours ils créaient un supplice; De tes brillans destins un jour ils t'ont chassé , Dans la vie au hasard alors tu t'es lancé ; Mais tu restes toujours immense et beau génie , Poète électrisé de verve et d'harmonie, Peintre idéal et vrai par tes chaudes couleurs, Qui promènent la vie au sol jonché de fleurs; Créateur inspiré de ces vierges si belles Qu'un ange pour les voir eût replié ses ailes, Fût descendu vers nous. Satirique vengeur, D'un fier mépris armé , cachant ton mal rongeur, De mots sanglans au front tu marquais tes victimes, Les clouant à jamais au carcan de tes rimes : Mais si tu dis l'amour par un meurtre souillé , Ton vers de pleurs réels semble toujours mouillé.
Aussi, de tes ennuis serviles plagiaires,
Que d'auteurs, s'arrangeant des maux imaginaires,
LES VOIX DE I A SOLH i DE
S;iiis jamais lai miiIii , nui l< nt les doulciii ,
Kt ne pemreni rimer qu'en s'abngtivani de pleura
Sur c< "s pleine de nos jours l«'iu nullité spécule;
Ils oui presque rendu le chagrin ridicule.
Il est pourtant des coeurs ble.vsés profondément p Qui dans la poésie épanchent leur tourment!... Mais moi qui du génie ignore les mystères , Je cherche par instinct les ravins solitaires, Pour distiller en pleurs ce deuil qui vit en moi , Allégement d'un cœur qui remonte à la foi Et va se dépouiller de son incertitude; Lors, j'écoute ces voix, soeurs de ma solitude, Près de l'étroit balcon où, le soir, je m'assieds, Ayant le ciel pour tente et des fleurs sous mes pieds, Ou dans ces prés rians coupés d'un mol ombrage , En plis capricieux ceignant mon ermitage. Parfois je les entends sous les arbres d'Aulnay, Et quand , d'une auréole entourant Fontenay, Le soleil , se couchant dans la pourpre qui change , Vient à reflets divers illuminer la frange
Des nuages jetés comme un rideau mouvant,
Qui se plie et déplie, entrouvert par lèvent;
Graves , douces au coeur, interrogeant mon doute ,
Ces ineffables voix me parlent et j'écoute,
Et comme la rosée au ruisseau tarissant,
Le calme dans mon coeur goutte à goutte descend.
ttoi* îr* la jpa&t*.
Viens, viens; sans moi tous les plaisirs s'effacent. Ne jouer qu'au réel est un vulgaire jeu; Pourquoi te tourmenter de ces ennuis qui passent ?
Du haut du ciel vivre est si peu !
Viens; l'infini c'est mon domaine; Ma robe c'est l'azur qui se colore aux cieux :
J'anime toute forme humaine,
Et l'éclair jaillit de mes yeux.
Je te promènerai sur les Alpes neigeuses
Comme un enfant chéri qu'on guide par la main ,
LES \<>i\ DE LA soi.m ni
Les édens d'Orienl et les mers orageuses T'ouvriront à ma \<>i\ an splendide chemin. La fleur et l'Océan aur#nl <l< -^ \oi\ ;m\ grèves Où tourne la mouette, où l'alcyon descend. D'idéales beautés je peuplerai les rérea, Et tu seras doué d'un parler frémissant. Mou souffle donne vie, et naa grâce «si féconde : J'ai créé la sylphide et la fraîche péri; A l'ombre d'un lichen je puis trouver un monde; Ma jeune fée apaise un amour mal guéri, La voix de mon Orphée en chants divins expire Sur des flots où son luth a flotté gémissant, Car j'ai chanté des lois à tout naissant empire, Qui m'a légué sa gloire et des noms en passant. Viens , je te donnerai des visions étranges , Suaves comme un jeune amour, Radieuses comme les anges, Puits comme un rayon du jour.
Tout d'une magique auréole A tes yeux se revêtira, Et le charme d'une parole , Mélodie enivrante , ira
Réveiller ces échos de l'âme, Qui s'animent quand une femme Y jette un mot qu'on retiendra.
Je ferai de la vie une sublime idée , Fertile en plaisirs vrais , glorieux , éthérés ; Et ta jeune âme possédée Par des tourmens chers et sacrés, Ivre de voir et de connaître , En ses efforts s'exaltera, Et par degrés s'élèvera Aux sources divines de l'être.
U tioxx te l'2lmbiti<m.
Jeune homme , garde à toi ! Ces brûlantes chimères Dévorent tous les cœurs qui s'en laissent charmer. Garde à toi ! Ne suis pas ces bulles éphémères ; Dans un cercle de mots ne va pas t' enfermer. La poésie est là , magnétique mirage , Qui pénètre le cœur d'un bien-être énervant; N'y regarde pas trop avant.
LES \<>IX DI LÀ S0UT1 Dl .
Il foui m ses projeta façonner son courage, Aller, toujours aller sans prendre * I < - repos; l/.iirrsi tout imprégné de merveilleuses flammes. C'est l'heure «le servir un \ast<- festin d'âmes
\ l,i gloire de nos drapeaux.
Mais non : il faut lutter autour de la tribune ;
Que de talens masqués > rtennenj discourir
Pour un instant d'éclat, pour un jour de fortune! Il faut toucher au but fût-ce pour y mourir ! Du temps de l'Empereur je remuais des trônes , Je m'abreuvais de sang, je vivais dans le feu; Au tapis vert du sort je jetais des couronnes , Mais on saArait mourir, la vie était l'enjeu. Je n'ai plus maintenant que de mesquines luttes , Des émeutes hurlant, des drames, des concours, Des ministres froissés de leurs grotesques chutes, Et d'ennuyeux duels pour d'ennuyeux discours. Si le sang a tari dans mes illustres plaines, Si les canons béans dorment sur les hauteurs , J'ai de l'or, j'ai des croix, je marche les mains pleines ; Après la tragédie, il me faut les sauteurs. Je veux, toujours je veux , rien ne me rassasie.
Goutte d'eau tu coulas au torrent des trois jours , Viens prendre des leçons d'utile apostasie; Quand les peuples sont las, on redore les cours.
Cas Wxx îm Monte.
— Au ciel pour toi l'Eternel m'a choisie : Viens, j'ai le front pur et beau de candeur; Mon chaste amour se revêt de pudeur, De mon baiser la vivante ambroisie Embaumera notre pudique ardeur; Je bercerai ta douce poésie.
Un art senti , le demi -jour, Des soins coquets créés par l'âme; Un jour d'absence , un long retour, Sous l'ombrage qui nous réclame , Ta voix douce en chantant l'amour, Ou brillante comme une flamme ;
De gais enfans jouant sur nos chemins, En secouant leur tète fraîche et blonde ;
LES \<>l\ DE LA SÛfJTl ni
Des jours de Gfilc ayant des lendemains , Le souvenir peuple* une i;J>l<- ronde; Le m;h bonheur <si si pus <!<• nos mains! Trop désirer* <• < si épuiser i <• monde.
Dans mes bras je te bercerai; J'espérerai tes espérances;
Si tu pleures, je pleurerai , Je souffrirai de tes souffrances; Si tu chantes, j'écouterai ; Je croirai toutes tes croyances.
Voici la danse !
Sur le parquet Valse en cadence ; Que ce bouquet Brille et s'agite Sur ce beau sein
Qui bat si vite !
Léger larcin , Divin prestige, Accords charmans, Joie et vertige , Gais mouvemens , Regard qui prie , Regard qui ment, Agacerie,
Charme et tourment, Éclat, tendresse, Autour de toi Le bal caresse; Viens , viens à moi.
Wtx toi Ciel.
Viens à Dieu , viens à Dieu ! Les divines largesses Seules ont fécondé vos humaines sagesses ; Sans lui tout est néant, par lui tout refleurit, Il donne chaque jour des forces à l'esprit,*
US VOIX Df LA SOI.ITI Dl i g
Chaque Fois qu'il respire, il crée, et sa pensée Met en marche toujours la nature lassée ; De l'infini des cieux son regard fail fe tour, De son sein entr'ouverl coule un torrenl d'amour.
Aime ton Dieu , cnmhal.s; ta Vie est une lutté : On peut se relever plus grand après la chute; Il est beau de tomber en de si hauts combats, On n'en ramasse point les palmes ici-bas. Laboure le présent , sème-s-y tes pensées , Elles pourront germer long-temps ensemence* s , Un soleil à venir peut mûrir tes leçons ; D'autres mains après toi cueilleront les moissons. N'entends-tu pas des voix au fond de ce silence , Dans cette majesté qui sur toi se balance , Dans l'essor éloquent des astres, dans la nuit Où brillent les adieux d'un beau jour qui s'enfuit; Aux pleurs du rossignol , plaintives mélopées De verdure et de fleurs vibrant enveloppées? Ces voix, ces tendres voix ont la douceur du miel, Mais leur terrestre amour n'est qu'un écho du ciel î
26o LES VOIX DE LA SOLITUDE.
Heureux qui , pressentant la splendeur infinie Du fleuve du bonheur qui coule a l'autre vie , Promptement fatigué de nos mondains plaisirs , Pour les désaltérer y lance ses désirs ! Heureux qui, de la foi méditant le mystère, Dans le cœur d'une épouse, habile solitaire, Cultive l'humble enclos tracé par ses aïeux, Elève ses enfans dans la crainte des cieux, Et s'exerce aux vertus : les vertus sont les ailes Qui rapprochent les cœurs des voûtes éternelles î