‹ Confessions poétiquesChapitre 36 sur 38 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ces (Êapiôserifs.

(1 ) « Du haut du reposoir notre évêque adoré. »

Laurent Paillou, qui a laissé à La Rochelle de touchans souvenirs de son épiscopat. Je n'oublierai jamais la physionomie patriarcale et pleine de douceur de ce vénérable vieillard. Il se promenait d'ordinaire, les après-midi, sur les bords de la mer : je l'y rencontrais; et quelquefois il m'adressait la parole, tout enfant que je fusse encore.

(2) «< C'est de l'égalité le redoutable apôtre. »

Napoléon a été l'instrument de la Providence; il construisait la tente de son despotisme militaire, qu'il devait replier pour aller mourir sur un rocher. Il était impossible que l'idée qu'il représentait tînt long-temps debout, chaque jour abandonnée, isolée enfin des sympathies nationales ; comme Antée il reprit force et génie en touchant le sol de la patrie attaquée par la coalition européenne. Mais sa chute m'a confirmé dans cette pensée qu'un système n'a de durée qu'autant qu'il est l'expression à la fois universelle et une des besoins de tous. Il propagea presque involontairement, et par une force providentielle cachée, le principe évangélique de l'égalité, tout en cherchant à fonder une noblesse qui pouvait dire à l'ancienne aristocratie :

«« Vous finissez vos noms; nous commençons les nôtres — »

Aujourd'hui il n v a de possible que l'aristocratie

SOI I s

de l'intelligence; celle-là n<- laurail jamais être bén ditaire. Au reste, j'âime ;» retrouver l'unité de nos opinions; voici comme je m'exprimais, en ioa6, dans une petite brochure poétique, un de mes premiers essais :

L'oeil fixé* lui la carti . un compas à la maibi •

Lea bi i le ti<»ni inclina . mais lerein ,

« A l'éclat des flambeau* qui dani l'ombre rayonnent

Sur l'or de ces lambris, <|n< des aigles conronnenl .

Quand la garde au-dehon plenrestnr \u^ rêvera, « Un bomme ?eoJ encore ressaisir L'univei « Cet bomme , «|iii lassa les cent voix <l<- l'histoire, « Sur on tronc .sanglant fut porté par la gloire « Tl croyait en lui-même, adorait ses désirs, « Le glaive était sa loi , les combats ses plaisirs ; « Il défia quinze ans la foudre vengeresse , « Et quinze ans la Victoire entretint son ivresse. « Sa voix dans ses guerriers titrés par leurs exploits , « A l'Europe tremblante allait chercher des rois. « Médiateur du monde , il eût pu toujours l'être , « Si de son âme ardente il eût été le maître : « Mais sur la foi du sort qui préside à ses jours , « Comme il vainquit sans cesse, il crut vaincre toujours ,

« Et son vaste génie , ivre du rang suprême , « Ayant dévoré tout , le dévora lui-même. »

Plus loin je le peignais, suivant le récit de M. le baron Fain , s'empoisonnant à Fontainebleau , et je disais :

« .... Le voilà , le vainqueur de vingt rois ,

« Le voilà sans couleur, sans mouvement , sans voix!

« Lisez-vous sur ce front que la sueur inonde

« La sombre majesté sous qui trembla le monde ?

« Brillent-ils dans ces yeux par la douleur éteints ,

« Ces regards où des rois ont cherché leurs destins ?

« Quand il régnait au Louvre et commandait à Rome ,

« Vous en fîtes un dieu ; voyez , il n'est qu'un homme.

« Il ébranle sa couche , en proie à ses fureurs :

« Sa vie eut des chagrins , sa mort a des terreurs.

« Que les feux du poison lentement le dévorent !

« Vous gémissez , guerriers ! Ces larmes vous honorent.

« Il a soif !.^. Un peu d'eau dans son sein enflammé

« Va nourrir les tourmens dont il est consumé.

m II s'agite , se dresse et tombe ; son haleine

« De son sein en sifflant ne s'exhale qu'à peine.

« Brisé par la souffrance , il retombe et s'endort.

« Ce sommeil serait-il le sommeil de la mort?

« Parmi d'épaia brauillaïdi poormivaiil m carrû

m Le soleil | nus in;iu\ relus;til M luiui'

> Le béroa , «1 m' «le raincre !<• trépas .

Se n'\ eille cl sYerie : u Oui !. . . I )i«u lie l<- \eul j... <« Il \cilt qilC rillli\rl> (le ta Inl'ir sYlmilie ,

« Il place ton e\il |ilu> haut <|ue ta ronronne, m

Je le peigûail enfin revenant de l'île d Elbe , dictant des proclamations sur le pont de son brick, et encore incertain du titre qu'il prendrait en rentrant en France.

« .le ne sais quel projet animait son visage; - attachant à la mer un œil fixe et rêveur, « Une main sur son glaive et l'autre sur son cœur, « Il sondait l'avenir ouvert à sa pensée.

« \ a-t-il , ne relevant que sa gloire abaissée ,

« \ ainere l'Europe encore , en changer tous les rois ,

« Ou rendre aux nations leurs infaillibles droits?

« Consul, veillera-t-il à notre délivrance?

« L'ère des libertés renaîtra-t-elle en France?

« Le voile des nuits tombe , et les flots azurés « Reflètent du matin les nuages dorés ;

288 WTES.

« En mobiles réseaux la lumière étincelle

« Sur l'onde qui toujours fuit et se renouvelle ;

« La nature a senti son éternel soutien ;

« Napoléon pensif regarde et ne voit rien.

«< Il conserve long-temps sa rêveuse attitude ;

« Ses traits inattentifs peignent l'incertitude.

« — Terre ! — Il semble à ce cri sortir d'un long sommeil .

« Il cherche au loin ce bord coloré du soleil.

« La terre ! . . . — Ses soldats , guéris de leur souffrance ,

« Se tiennent embrassés en s'écriant : La France I

« Des pleurs coulent — — Patrie , amour pur et sacré !

« Quel est le cœur d'airain où tu n'es pas entré !

« Les cris suivent les cris , l'ivresse accroît l'ivresse ;

« Napoléon sortant du groupe qui le presse :

« — Venez , Bertrand , dit-il ; je suis sûr du succès ,

« Mettez : « Napoléon , empereur des Français. »

(3) « Et tout dort immobile autour des pyramides. »

Il y a porté le mouvement et les germes de civilisation qui commencent à se développer aujourd'hui. Il semble que son épée fût la charrue providentielle du progrès.

lin Orouilliu'ïi MX le <ÊI]amUr.

I lorsque soudain s«n- la Charente.

J'ai plus d'une fois observé cel çffel d»- brouillard au clair de lune sur la Charente, qui esl jbrl encai auprès de la petite ville <l<- Civray, entourée d<- sites pittoresques, .l'ai conservé un souvenir agréable de l'affabilité dos habitans et de mes collègues. Ma mélancolie naissait de l'impossibilité où j'étais alors d'aller cultiver les lettres à Paris; j'usais mes jeunes années en des travaux pénibles.

21 r©rran.

« Dans ce vaste univers où rien n'est désuni. -

Plus on étudie la nature , plus on comprend que tout se lie dans la chaîne universelle des êtres ; les antipathies même sont des résultats nécessaires dans l'harmonie générale, et elles y contribuent, comme les contrepoids en mécanique contribuent à l'équi-

libre des mouvemens. Ainsi le mal lui-même est un bien relatif; le bien et le mal sont les deux instrumens sociaux de la Providence.

(1 ) « Et ton soleil vieilli ne lance plus le jour. »

Une religion n'a eu de puissance qu'autant qu'elle a été le centre d'où la lumière et la vie se sont répandues dans la société; dès qu'elle perd cette influence , elle est en décadence. Ainsi voyons-nous le maliométisme décroître en Orient, et le brabmisme de l'Inde commence à s'infiltrer de quelques unes des croyances chrétiennes. Je crois que le christianisme doit se répandre dans l'univers; c'est une croyance qu'on aime à partager avec des hommes d'un mérite éminent, avec un esprit aussi distingué que M. Jouffroy. Il a compris que l'éclectisme , qui était l'objet de ses premiers cours, ne pouvait rien fonder. L'école

philosophique de M. Cousii eK désormais purement icientifiqae et en debors des Influences sociales.

Le catholicisme, qui a droit au resped comme foi intérieure, doit subir une réforme ou dépérir lentement. Quoi qu'il arrive, il entrera graduellement dans le nouveau système chrétien , qui , selon mon opinion , sera à la fois une extension , une application, et par conséquent une révolution sociale.

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