‹ Confessions poétiquesChapitre 6 sur 38 · LA BRANCHE DE JASMLV · texte numérisé non relu

LA BRANCHE DE JASMLV

Breuvage qui séduit mollement parfumé , Et sans le rafraichir court au sein enflammé. — Dans la jeunesse on va toujours à ce qui brille r Répondait en rêvant l'aimable jeune fille ; Je croyais le bonheur au travail attaché, Comme la violette humble , pur et caché. Adieu ! . . . J'ai votre nom. . . — -Et le vôtre? — Marie. . .

Ma mère gronderait Adieu; je vous en prie,

Ne me retenez plus. — Elle se lève et part; Je suis ses mouveinens, son gracieux départ ; Trois fois son front vers moi se retourne et se penche ; Je vois, quelques instans, flotter sa robe blanche Dans les maigres buissons qui bordaient le chemin. . . Elle avait oublié sa branche de jasmin.

Heure d'enchantement , fugitive entrevue î Jeune fille , depuis je ne t'ai pas revue ; Tu me semblais émue en ton rapide adieu : Le reste est un secret entre ton âme et Dieu. Du nom de tes parens tu me fis un mystère ; Avais-tu dans ton cœur un motif pour le taire?

LA BJR kNCHE 1)1 l \.s\ll\. s.

Ou dois-je «'•! accu* t, a ton brusque dépari , Via fascination sous ton charmant regard! .le me sui>>, par momens, réré ta destinéV Des Qeurs de l'oranger sans doute couronnée; Devanl un prié-dieu tu Béchis les genoux ) Et ton mol embarras lit un heureux époux; Tes enfans de doux soins vinrent peupler ta \i*':

Leurs baisers délassaient ta fatigue ravie

Tu me parus bien pale, et ta moite rougeur

Parfois trahissait-elle un mal lent et rongeur!

Du pur bonheur des champs l'indicible rosée

A-t-elle vu fleurir ta santé reposée ?

Si par hasard mon nom est venu jusqu'à toi ,

Ton coeur s'est-il ému d'un souvenir de moi?

As-tu lu mes écrits? ont-ils, à la veillée,

Attendri ta pensée a demi réveillée?

Mais non, ce souvenir eut le sort du jasmin;

Il a dû comme lui mourir le lendemain.

vu

Qu'elle est belle, Océan, ta majesté sauvage ! Quelquefois , dédaigneux , tu laisses un rivage Où, comme un jeune amant par l'obstacle irrité, Tu courtises d'un roc la hautaine âpreté ; Et posant à ses flancs l'algue qui les décore , Tu caresses , flatteur ; mais ton amour dévore.

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Jetant autour de lui tes bras souples et mous , Frémissant , tu séduis ou tu grondes , jaloux ; Si tu parais dormir ton sommeil même ronge , Et dans les flots un jour le roc descend et plonge ; Tu t'émeus un instant , puis , tranquille , aplani , Tu t'avances en cor , conquérant impuni.

Me voici de retour, Océan : que je t'aime ! Que de fois j'ai bravé les vents , l'orage même , La pluie à flots aigus tombant sur mes cheveux, Pour m'enivi er de toi , de tes terribles jeux ! Debout , les bras croisés , j'aspirais la tempête.

D'autres pleuraient Pour moi c'était un jour de fête ;

Etudiant les bruits , fasciné par le vent,

J'admirais les fureurs de l'abîme mouvant

Et les longs hurlemens des houles sur les grèves ;

Ou bien, par un beau temps, cherchant de plus doux rêves

Et l'humide fraîcheur de tes eaux , pur miroir ,

Où l'étoile au lointain semblait nager le soir,

Me berçant de loisir et du flux monotone

De ce flot expirant qui dans l'algue frissonne ,

A LOUA v 91

J'allais sur les rochers m'asseoir oonchakmmenl , Charmé d'un ciel d'azur contemplé par moment , Négligeant de penser , plein du repos (pic j'aime , Calme, heureux, recueilli, dans l'oubli de moi-même.

Là je me sentais vivre et méditais le temps, Dont la foule au hasard dépense les instans ; J'étudiais mon âme, être indéfinissable; D'un doigt inattentif je traçais sur le sable Quelques vers par la vague en passant effacés , Et songeant aux mortels , je disais : « Insensés ! » Solitaire , j'allais, ivre de poésie ; Mais pour de noirs chagrins ma jeunesse choisie S'épura lentement en d'arides travaux ; J'ai vu dans leurs succès s'exalter mes rivaux , Et moi j'ai mis un frein à mon instinct suprême; Je portais en mon cœur le secret de moi-même.

Un jeune homme , toujours comme toi mon ami , S'effrayait de m'en tendre , ardent, mais affermi ,

9i A L'OCEAN.

Créer de longs projets ; plus heureux et plus sage, 11 a choisi le port; moi, j'ai choisi l'orage. D'un oeil accoutumé nous parcourions ce lieu Où la mer a subi le joug de Richelieu , Où, sous le feu grondant de nos créneaux antiques, Malherbe nous lança des foudres poétiques ; Où , fuyant des marquis les travers et le ton , Descartes préparait la gloire de Newton.

0 charmes toujours frais des jours de la jeunesse ! Qu'alors le monde est beau î que d'espoir ! quel ivresse ! Que ma vive pensée ornait son avenir ! Océan , berce-moi dans ce doux souvenir ; Jeunes illusions , rêves brillans de vie , Noble ardeur de créer toujours inasouvie; Hé quoi ! par le réel chaque jour accablé , Me verrai-je mourir sans m' être révélé ?

Et puis ce coeur qui bat ! . . et mon âme à connaître ! Ne saurai-je jamais pourquoi j'ai reçu l'être ,

Pourquoi j'erre , en <<• monde un instant arrêté ,

Traînant le \ <•!• rongeur dont je suis tourmenté?

On me <lii quelquefois : « \ ;i , l'homme est on problème ;

« Sfl fragile raison se luise dans lui-même.

« Nos systèmes fameux, à grand bruit enseignés,

« Se sont, en nous trompant, l'un l'autre détrônés,

<( Et nous prouvent enfin quelle erreur est la notre,

« Car le sage d'un siècle est un fou dans un autre ;

(< Et les hommes alors cherchant la vérité ,

(( Honteux de leur savoir, d'eux-mêmes ont douté;

« Impuissans à saisir le secret de la vie,

« Jusque dans le bonheur, d'amertume suivie,

<( Ils ont , désenchantant nos* désirs , nos amours,

« Renfermé l'avenir au cercle de nos jours. »

Malheureux ! que je plains votre aveugle démence !

Ne pas trouver un Dieu dans l'océan immense ,

Dans ce vaste univers où rien n'est désuni, (i)

Dans les cieux étoiles, portes de l'infini,

Dans l'homme au front sublime et dans l'insecte immonde,

Dans le corps d'un ciron , où Pascal vit un monde;

Dans l'espoir des mourons pressentant leur réveil ! Oui , c'est fermer les yeux et nier le soleil !

Pourquoi ne consulter que vos tristes sciences ! N'entendez-vous jamais crier vos consciences? N'est-il pas des remords terribles aux méchans , Des malheurs résignés, des amours si touchans, Des désirs inconnus qui nous portent à croire, Des élans enflammés et l'amour de la gloire, Ce sentiment qu'en nous Dieu lui-même a jeté Comme un instinct mortel de l'immortalité?

Est-ce l'intérêt seul qui de nos coeurs réclame Ces liens mutuels , tendres besoins de l'âme? Que de fois on aima sans espoir de retour ï Ah! l'intérêt glacé n'a pas créé l'amour! Peut-il nous inspirer l'amour de la patrie? Si nous aimons les bords où l'âme fut nourrie D'exemples paternels et de sages leçons , Notre œil est-il épris des bords où nous naissons ?

Non; (oui homme a noiixciiI I rou\c dans ses \m De pins rians aspects , i\c j > 1 1 1 > fiai> pacages,

Dea l)ois plus imposant , <l«- pliu ricln-s ooteatu Qu'un lleuveaux cent détoumréfléchjtdan* se*eauj ;

Oui, mais ce n'est point là que, m>ii.> les \ eu \ d'un père,

Il xntit la douceur des baisers de sa mère;

Oui, mais ce n'est point Jà que, variant ses jeux,

11 essaya la vie en s'étonnant des ci eux ;

Que la première fois , ému près d'une femme ,

L'attrait de la beauté lui révéla son âme ,

Et qu'il a, sans témoins, en présence des mers ,

De lui-même surpris, rêvé ses premiers vers.

Ce génie enivré, dévoré par lui-même , Rejetant aux railleurs leur stupide anathème, Byron, aigle du nord, loin d'Ecosse emporté, Qui criait dans les airs : « Aide à la liberté » , Exilé du pays de sa froide campagne , Il chante en vers brûlans comme le ciel d'Espagne La fille aux yeux* de feu du pays andaloux , Rit des pâles beautés dont l'Anglais est jaloux ;

Mais il pleure à chanter les monts de sa patrie,

Son Océan, Newstead, vieille et sombre abbaye

Où ses aïeux sont morts , où , durant les hivers ,

Il écoutait l'orage et modulait des vers.

Il saluait un jour les vieux marbres de Rome ,

Ville des temps passés et qui n'a pas un homme,

Vivante Pompéi dont le ciel est si beau;

Mais il s'arrête en Grèce, il y cherche. . .un tombeau !

Un tombeau de soldat près de ton harmonie

Vaste et qui doit bercer le repos du génie.

Devant ton mouvement et ton immensité, Océan, je crois mieux a notre éternité; Et lorsque l'infini les rejette insensées, Ton horizon sans borne accueille mes pensées.

Mais déjà vers le doute entraîné par moment , Et jetant là Rousseau, médité vainement, Je me suis dit : «La vie est une coupe amère, L'avenir le néant, notre âme une chimère. »

— l'in.s , saisi des beautés que in me déployais , Je regardais tes Ilots , le ciel , ci je croyais î

Ah ! que de poésie à décrire les scènes ,

Tes verdoyantes eaux se prolongeant en plaines?;

A SUN re n aguement un navire lointain,

Qui , comme un point, décroît et s'efface incertain !

A dire les accens du pécheur sur la rive , Quand des iilets remplis le liège enfin dérive ; Le brick léger sous voile inclinant ses sabords , Son pavillon au mat, s'échappant de nos bords ! A me sentir encor, moi , nageur intrépide, Descendre dans ton sein par un élan rapide , Monter à la surface, et d'un souffle vainqueur Chasser le flot brisé qui gronde sur mon cœur ! Ou, quand l'onde sommeille et que la lune y brille, Dans ton réseau d'argent qui sous mes doigts scintille , J'ai quelquefois songé que, lassé de souffrir, Je n'aurais qu'à croiser les deux bras pour mourir.

Me rappelleras-tu par ta force secrète ? Sur tes bords , Océan , aurai-je une retraite

Où ton mobile aspect se déroule à mes yeux, Riche de tes vaisseaux et de l'azur des deux?... Que j'y retrouve un jour mes jeunes rêveries , Tes flots me les rendront fraîches et refleuries. Souris-moi , que mon coeur , avant l'âge abattu , N'ait plus son repentir de croire à la vertu; Que je sente, en mourant les yeux sur ton rivage, Ta subtile fraîcheur caresser mon visage , Et que mon âme y monte , aspirant au réveil, Ainsi que tes vapeurs aux rayons du soleil !

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