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CHAPITRE IX

M. Léon Lavedan, préfet de Nantes. — Sa révocation. — M . Mercier

Lacombe. Sa révocation.

Le Maréchal, contrairement à ce que pratiquait M. Thiers, se mit à voyager. Il vint à Nantes, où M. Léon Lavedan était préfet. M. Léon Lavedan, correspondant de journaux royalisles sous l'Empire, avait été improvisé hatit fonctionnaire par M. Thiers. Sous le nom de Ph. de Grandlieu, il réussit mieux dans le Figaro^ dont il est aujourd'hui l'un des rédacteurs assidus, que dans la préfecture de la Loire-Inférieure, d'où je suis parvenu à le faire expulser. Il nourrit les mêmes haines sans doute; mais il écrit avec talent, tandis que sa maladresse comme fonctionnaire républicain n'avait pas de bornes. Il s'était plu et complu, dans son passage en Bretagne, à favoriser ouvertement les légitimistes, aux dépens des impérialistes. Il destituait les maires, fermait les cabarets, commettait toutes

les injustices, pour servir certains intérêts égoïstes et aveugles, et soulevait contre lui le sentiment public par une suite d'actes intolérables. Lors de la visite du Maréchal, il supprima la statue de Napoléon !•% qui se trouvait dans le vestibule de la Préfecture; et, quand le chef de TÉtat Tinterrogea, sur une plainte formulée par M. de la Nouë-Billault, vice président du Conseil général, il répondit, d'un air à la fois contrit et triomphant : (( C'est pour la symétrie. » A quoi le Maréchal se borna à objecter : (( Vous avez, Monsieur le préfet, la symétrie malheureuse I » Le mot était piquant et porta ses fruits. Je le recueillis, en effet, et, armé d'un dossier accablant pour M. Léon Lavedan, je me rendis à Versailles pour établir devant M. Emmanuel d'Harcourt l'insuffisance d'un pareil préfet et la nécessité de l'enlever à la Loire-Inférieure. Il paraît que je fus persuasif, car M. Emmanuel d'Harcourt me dit : « Il est essentiel que vous répétiez au Maréchal tout ce que vous venez de me dire. » Introduit aussitôt dans le cabinet du Président, je reproduisis mon réquisitoire, auquel il fut si bien fait droit que, moins de huit jouris après, M. Léon Lavedan était « appelé à d'autres fonctions, » c'est-à-dire révoqué sans compensation immédiate. •

C'était le second préfet que je « tuais sous moi. » L'autre avait nom Mercier-Lacombe et succédait, en 1863, à M. Henri Chevreau, appelé à la préfecture du

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Rhône. Il arrivait d'Algérie et traitait son département à régal d'un cercle africain. Nous avions assez mal pris ensemble ; je n'exagérerai rien en ajoutant, pour mon excuse, qu'il n'avait bien pris avec personne, sinon avec quelques individus de médiocre valeur. Les députés du département ne tardèrent pas à formuler en haut lieu des plaintes contre son administration, et il avait déjà perdu son équilibre lorsqu'il lui prit fantaisie de me déclarer la guerre. Son hostilité ne lui réussit pas. Un jour, il me fit prier d'aller le voir. Me rendant, un peu aigre, à son invitation, je fus accueilli par ces paroles : « J'ai à vous annoncer. Monsieur, une détermination que je viens de prendre à Paris. Je vous ai remplacé comme rédacteur en chef de V Union Bretonne, A la fin du mois, M. Ulysse Pic prendra la direction du journal. » D'abord, je fus un peu abasourdi par de telles paroles. Mais je me remis bientôt et répondis : « Votre détermination, monsieur, me semble plaisante jusqu'à l'impertinence. L' Union Bretonne est ma propriété, et je ne vous permettrai pas de m'expulser de chez moi. Si l'un de nous deux doit vider la place, c'est vous qui partirez, je vous l'affirme. » Et lui de reprendre : « Je vous ai ménagé une compensation, comme à un bon serviteur. La perception duPellerin est vacante : je vous l'offre. » Tout à fait remis sur mes jambes, je lui fis, d'un ton sévère, cette observation : « Monsieur, la compensation qu'il vous plaît de me présenter est une nouvelle offense. Ou

je briserai ma plume, ou, dans deux semaines, vous aurez cessé d'être préfet de Nantes. »

Et je me retirai, indigné, révolté, mais décidé.

Le soir même je partais pour Paris. Je mis, dès le lendemain, M. Boudet, ministre de l'Intérieur, au courant de la situation, et quinze jours ne s'étaient pas écoulés que M. Mercier-Lacombe recevait un pli contenant sa révocation pure et simple.

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