A LA GARE DU NORD
Dès cinq heures, une foule toujours grossissante, que Ton peut évaluer au moins à quatre mille personnes, avait envahi les salles d'attente et les abords de la gare. Une véritable armée d'agents sous le commandement de MM. les inspecteurs divisionnaires Brochetod, Busigny et du sieur
d'un journaliste 305
Honnorat, prend position sur la place, dans la gare et aux alentours.
Décidément le gouvernement et sa police ont peur.
Vers cinq heures et demie, une première voiture de maître fait son apparition dans la cour.
Immédiatement, la foule se précipite et des cris de « Vive l'Empereur ! Vive le Prince Victor! » retentissent de tous côtés. Les personnes qui ont pu entourer la voiture lèvent leurs chapeaux et poussent des acclamations.
Mais c'était une fausse alerte : cette première voiture ne portait pas le Prince. M. le marquis de Lavalette et M. Hyrvoix en descendent.
Dix minutes après, arrive le coupé du Prince, La foule se porte au devant ; mais la voiture ne peut pas avancer: le cocher descend de son siège et prend ses chevaux par la bride.
Pendant ce temps, un groupe d'agents cherche à dégager la voiture, qui arrive au pas le long du trottoir, au fond de la gare d'arrivée.
M. Jolibois, député de la Charente-Inférieure, président du groupe de TAppel au Peuple, qui doit accompagner le Prince dans son voyage, se précipite vers la portière et veut aider le Prince à descendre.
Les agents du sieur Honnorat le bousculent, et la brutalité de ces hommes est telle que, sans le secours d'un ami, M. Jolibois tombait sous les roues du coupé.
La foule crie de nouveau : « Vive le prince Victor! » Deux ou trois sergents de ville en uniforme crient : « Vive la République! » de toute la force de leurs poumons; ces cris ne
font qu'exciter les assistants, dont les acclamations redoablent.
Dans l'intérieur de la gare du Nord, nouvelle foule très curieuse à observer. Sur le quai où doit se former l'expreSs de Bruxelles, la plupart des personnes qui ont assisté, dans la journée, à la réception du Prince sont déjà arrivées, M. Levert est très entouré; il est là avec les députés de l'Appel au Peuple.
Nous rencontrons aussi MM. Maurice Binder et Marlus Martin, conseillers municipaux ; MM. Calvet-Rogniat, Lepic, Busson-Billault, Ernest Merson, Dupont, Ferlet de Bourbonne, Vanucci, E. Guyon.
A rentrée du quai, une longue file de curieux, comprenant toutes les classes de la société, est maintenue par une barrière. Les hommes d'équipe sont groupés un peu partout, jusque sur les wagons. Toute cette foule est sympathique et respectueuse. Nous remarquons bien quelques figures sournoises au regard oblique; mais tous les assistants savent à quoi s'en tenir,