LE VOYAGE
Bruxelles, 24 juin*
Les vivats qui ont acclamé le Prince Victor au moment où le train s'est mis en marche au départ de Paris se sont prolongés jusqu'après les fortifications. Les fenêtres des maisons qui touchent la voie ferrée étaient toutes occupées. Et si le bruit du train couvrait l'éclat des voix, on n'en distinguait pas moins les mouchoirs s'agiter, jetant un témoignage de sympathie à l'Auguste exilé.
Dans le wagon-salon impérial, la suite qui accompagnait Son Altesse Impériale était ainsi composée.
MM. le duc de Padoue, le baron Haussmann, Henri Chevreau ; Jolibois, député ; Levert, député ; Léon Chevreau, député; Sens, député ; Paul Leroux, député; Ganivet, député ; Gaudin. député.
Marquis de Lavalette, comte Le Marrois, comte Fleury, Jules Boi telle, qui resteront à Bruxelles avec le Prince.
Son Altesse Impériale, vivement impressionnée par les chaleureuses démonstrations dont Elle venait d'être Tobjet, ne s'est point cependant départie de ce calme qui la caractérise, et s'est aussitôt entretenue avec toutes les personnes qui l'accompagnaient.
Et, tandis que le train se dirigeait à toute vitesse vers la frontière belge, un beau soleil, le même qui brillait pendant la bataille de Solférino, irradiait de ses rayons la figure de l'héritier des Napoléons.
A Creil, où le train passe sans s'arrêter, un groupe d'environ cent personnes, massées à côté de la gare, agitent
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leurs chapeaux et saluent de leurs acclamations le Prince Victor.
Entre Creil et Compiêgne, le dîner a été servi.
A Compiêgne, premier arrêt; même manifestation respectueuse qu'à Creil.
A Tergnier, second arrêt ; assistance plus nombreuse qu'à Compiêgne. La foule qui stationne devant le wagon-salon impérial se découvre respectueusement.
A Feignies, deux agents et un employé de la sûreté générale descendent du train, et nous arrivons à Quévy, où un arrêt de douze minutes a lieu.
Pendant Tarrêt, Son Altesse Impériale est descendue sur le quai.
Le commissaire spécial de la gare, fonctionnaire belge, s'est respectueusement découvert devant Son Altesse.
A dix heures quarante-cinq, le train entre en gare de Mons.
11 était près de minuit (11 h. 55) lorsque le train arivait en gare du Midi, à Bruxelles, où trois cents personnes environ attendaient le Prince et Pont salué avec un respectueux empressement. Bien des mains se tendaient vers lui.
A Bruxelles, le prince Victor mène une vie de travail et d'étude. Il se fortifie et s'éclaire ; c'est-à-dire il suit d'un œil attentif la marche des événements en l'rance et hors de France, dirigeant lui-même la politique nationale de son parti. Inaccessible à la flatterie, il écoute les avis de chacun, pour les peser, sans les accepter ou les rejeter d'abord, se conlen-
tant de s'y instruire. Ses visiteurs sont nombreux ; il les reçoit d'une poignée de main affectueuse, avec une bienveillance aussi exemple de hauteur que de familiarité ; il les autorise à lui parler librement et en toute franchise, sachant tout entendre, même ce qui peut contrarier ses vues propres. On peut dire de lui : c'est plus qu'un prince ; c'est un homme.
En mai 1887, je suis allé, après la tenue d'un Congrès de la presse impérialiste que j'avais eu l'honneur de présider, porter au prince Victor des observations respectueuses, jointes à l'expression d'un dévouement sincère. Accompagné de plusieurs de mes confrères, nous fumes accueillis avec empressement, et, après deux conversations successives qui occupèrent ensembleplus de quatre heures, nous pûmes rédiger le procès-verbal suivant, que nous fûmes autorisés à rendre public :
En vertu de la mission qu'ils tenaient du Comité central de la Pre5se Impérialiste.
M. Ernest Merson, directeur de VUnion Bretonne :
M. Millevoye, ancien magistrat;
M, Xavier de Lassalle, directeur du Journal de Lol-^l- Garonne;
M. Cari Oldekop, directeur de la Souveraineté du Peuple, de Toulouse ;
M. Laporte, rédacteur en chef de VEcho de la Dordogne;
M. Vanucci, rédacteur en chef de l'Appel au Peuple, do Paris.
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Se sont rendus le 2 juin à Bruxelles, où ils ont eu l'honneur d'être reçus par Son Altesse Impériale M^^ le Prince Victor-Napoléon .
Après avoir exposé au Prince la situation politique et électorale du parti impérialiste à Paris et dans les départements, et affirmé la nécessité d'avoir plus que jamais, en présence des circonstances critiques que traverse le pays, de Tunité dans Faction et une organisation féconde, les membres de cette délégation ont eu la satisfaction de voir approuver l'attitude nettement napoléonienne des journaux et des comités dont ils étaient les mandataires.
Sur leur demande, le Prince Victor Napoléon a bien voulu désigner M. le duc de Padoue, qui a toujours été le fidèle interprète de sa pensée, pour transmettre désormais ses avis et ses résolutions aux représentants de la Presse impérialiste.
Son Altesse leur a également donné l'assurance que ses amis trouveront toujours en lui une direction ferme et vigilante.
Maintenir les droits de la souveraineté directe du peuple, fortifier les espérances de la démocratie, dont l'avenir est lié à celui de la dynastie des Napoléon,
Tel est pour tous lé but à poursuivre, tel est le devoir à accomplir.
Ernest Merson, Lucien Millevoye, Xavier DE LassaLle, Carl Oldekop, E. Laporte, Vannucci.
Depuis lorsj le Prince, accédant à notre vœu, a bien montré qu'il est le chef, Tunique chef du parti impérialiste, déléguantses pouvoirs à un Comité central aujour-
d'hui présidé par le général du Bafrail, et à un Comité d'action présidé par M. Clément de Royer, mais conservant invariablement la direction suprême, afin d'éviter toutes les contradictions, toutes les usurpations et aussi tous les conflits.
Le parti tout entier lui est dévoué absolument et sans réserve': tant il comprend qu'en dehors de lui il n'y a rien pour la réhabilitation de la France, pour sa sécurité, pour son salut même.
Le prince Victor se prépare en silence au grand rôle qu'il est appelé à jouer dans le monde ; ou, pour parler plus exactement, il y est déjà préparé. Le jour où les circonstances l'exigeront, il dira à la France : « Me voici ! » Et si, comme on le peut raisonnablement supposer, espérer, croire même, la Souveraineté nationale, consultée, le choisit pour Empereur, il saura remplir, non pas seulement son devoir, mais tous ses devoirs, dans leur étendue la plus large et dans leur acception la plus ferme et la plus patriotique.