‹ Confidences et mélancoliesChapitre 4 sur 10 · VIEILLES CHANSONS · texte numérisé non relu

VIEILLES CHANSONS

Leçon des Choses

J'ai dit à la fleur : A quoi bon fleurir ? A quoi bon broder sur ta tige frêle Un col de velours ? Le souffle d'une aile Ne peut t'effleurer sans t'endolorir.

Ta vie est pareille au rêve, qui passe, Se pose indécis, scintille et s'efface...

J'ai dit aux oiseaux : A quoi bon chanter .►* Les bois, assourdis du bruit des usines, Ne connaissent plus vos voix argentines : Seul l'écho s'oublie à vous écouter; Et seul l'oiseleur, que votre chant guide, Applaudit tout bas ce concert candide.

J'ai dit à l'étoile : A quoi bon briller?

Le ciel, oi^i ton œil radieux s'allume,

N'en garde pas moins son manteau de brume ;

Quant à l'homme, à tort tu crois le veiller :

Tremblante, fugace et visible à peine,

Que peut sur sa nuit ta clarté lointaine .^^

J\ii dit à mon cœur : A quoi bon aimer ? Aveux et serments et soaplrs vl flammes Sont des mots dorés, nliles aux femmes, Gomme l'eau qui sert à les parfumer.

Jeune, on vibre au vent de ces ritournelles. Mais qu'on voit mourir d'amours éternelles !.

M'ont-ils entendu? Je ne sais vraiment.

Mais depuis, les fleurs n'ont cessé d'éclore ;

Sous le bosquet sourd l'oiseau cbante encore :

La même lueur flotte au lîrmament :

Et laissant fumer ma vaine morale.

Mon cœur bat toujours d'une ardeur égale.

La Valse des Fiancés

Valsez ! les fiancés, Valsez !

Eu rond ! le temps presse !

Les instants d'ivresse Sont bientôt passés.

Tournez enlacés !

L'amour à la danse Prête sa cadence.

— Valsez ! les fiancés.

Valsez I

Voyez : pour vous plaire, La lune s'éclaire D'un flambeau d'argent !

Sur le fond changeant Où Dieu tend ses voiles.

Dansent les étoiles.

— Valsez ! les fiancés, Valsez !

80 COMIDENCKS ET MÉLANCOLIES

Il fait bon de vivre !

La iniisique enivre Les couples joyeux.

Est-on dans les cieux ?

Est-on sur la terre ?

0 le doux mystère ! . . .

— Valsez ! les fiancés,

Valsez !

— Qu'un bouton de rose Est coquette chose Près d'un sein tremblant ! - GomiTie au rythme lent Des flots sur la grève.

Bercez votre rêve I

— Valsez ! les fiancés,

Valsez !

Quand l'aube qui pleure Fera sonner l'heure Brève des adieux, Un œil envieux Peut-être à la porte Brillera... Qu'importe?...

— Valsez ! les fiancés,

Valsez !

lia Inonde de§ Cf)oUette§

Je suis parti comme un fou dans la nuit. Fuyant la ville où ma mie agonise ; Mais son regard sur mon angoisse luit.

En vain, bercé par les flots de la brise, J'ai parcouru Timmensité des bois :

Dans ce linceul effrayant je la vois !

— Les chouettes à tire-d'ailes Volent, volent : d'où viennent-elles ?

Seize ans, Seigneur, ce n'est guère être vieux ! Dites, vous tous que ma peine intéresse, N'est-il pas vrai qu'elle avait de beaux yeux, Et que sa voix était une caresse ?...

Parfois près d'elle un front restait voilé : Elle riait : on était consolé !

— Les chouettes à tire-d'ailes Volent, volent : d'où viennent-elles?

8'2 r.O>FinE>CES ET MKI,.\\(:OLIi:S

Un soir que seul je \eillais près du lit,

Je ronlondis m'appolcr h voix basse,

Et quand je lus à ses pieds, elle dit :

« Mon fiancé, ce soir je suis bien lasse...

(( Si je mourais, me regretteriez-vous? »

Ses yeux brillaient, ses yeux tendres et doux !.

— Les cliouettes à tire-d'ailes Volent, volent : d'où viennent-elles ?

Et maintenant, dans la nuit de mon cœur, A oyageur lent qui trébuclie et qui tonribe, J'erre au hasard ; je ne sais plus ! j'ai peur ! . . . J'avais rêvé que s'ouvrait une tombe...

J'avais rêvé, car ma mie est là-bas Qui dort... Amis, ne la réveillons pas !...

— Les chouettes a tire-d'ailes Volent, volent : d'oii viennent-elles.^

Page 1