‹ Confidences et mélancoliesChapitre 5 sur 10 · PHILÉMON ET BAUCIS · texte numérisé non relu

PHILÉMON ET BAUCIS

I^Hîlorrtort ot IBsulois

Philémon et Baiicis ! O cœurs naïfs et bons, A Timage d'un temps où Tliomme et la nature, Ayant même simplcsse, avaient même droiture. Tout un passé riant s'éveille à ces deux noms I

C'est par un soir d'hiver : près de l'àtre qui flambe Les vieillards sont assis, causant à demi-voix. Gomme à leur âge il sied, des choses d'autrefois. Onfrappe : ils vont ouvrir, mais Baucis, plusingambe,

Est la première au seuil. Deux voyageurs sont là, Implorant pour la nuit, au nom des dieux, un gîte. Le vent hurle au dehors et la grêle crépite... Des maisons de ce bourg que leur voix réveilla.

Nulle ne s'est ouverte. Ils poursuivraient la route. Mais les cieux sont bien noirs et leurs membres lassés. A ces mots, Philémon : « Mes hôtes, c'est assez ! « Soyez les bienvenus ! Je suis pauvre sans doute,

« Mais l'hospitalité, c'est le luxe du cœur. « Riche est celui qui peut en obliger un autre.

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(( Entrez î Usez de tout î car céans tout est vôtre ! » Ils entrent avec lui. Baucisen leur honneur

A bientôt déposé sur la table rustique Du lait frais, un g-ateau qu'elle a cuit de sa main Et les fruits les meilleurs de son humble jardin. Puis, des deux voyageurs, selon l'usage antique,

Elle a soin de laver les pieds endoloris. Comme s'épand la sève en l'écorce des chênes. Ils sentent la vigueur rejaillir dans leurs veines A la tiède chaleur de ce calme logis.

L'hypocras que Baucis verse à flots dans leurs verres

Achève de chasser leur engourdissement.

Et Philémon remarque avec étonnement

Qu'ils ont le front plus grand que les fronts ordinaires.

Mais, discret, il les mène à leur lit, sans vouloir Troubler leur majesté presque surnaturelle, Et rejoignant Baucis, il se couche auprès d'elle. Qui tend sa lèvre tendre au doux baiser du soir.

Le lendemain, à l'heure oii le soleil se lève.

Une allégresse étrange égaya son réveil.

(( Qu'un devoir accompli rend joyeux le sommeil ! »

Murmurait lé vieillard. « J'ai fait un bien beau rêve :

« Il semblait que mon corps eût soudain recouvré

« Les grâces et le feu divin de la jeunesse ;

« Baucis, de ses vingt ans retrouvait la souplesse ;

« Et mon vieux toit de chaume en un palais doré

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« Se transformait sans bruit. Je conterai la chose

(( A Baucis. » Ce disant, il ouvre grands les yeux.

(( Que vois-je? Qu'est ceci? Gomment suis-je en ces lieux?

(( C'est bien moi ?... Je voudrais me lever, et je n'ose I o

D'un bond il est debout, et s'arrête, ébahi A ce trait de vigueur. — Sur les branches voisines Les oiseaux gazouillaient leurs chansons argentines ; La fleur levait au ciel son front, épanoui

Sous la caresse douce et lente du zéphyre. Il traverse une salle, une autre, une autre encor : A ses yeux éblouis partout ruissellent l'or. Le marbre, le cristal, l'ivoire et le porphyre.

Dans l'onde d'une source il plonge un long regard : (( Baucis ! Chère Baucis ! » tel est son cri d'ivresse. Une voix lui répond : « Viens donc vite ! » Il s'empresse. « O vierge au frais visage, auriez-vous par hasard

« Près d'ici rencontré !... C'est Baucis ! sur mon àme ! » (( — Philémon ! » La clarté dans leur mémoire luit : Ils adorent les dieux, leurs hôtes de la nuit, Et l'époux rajeuni tombe aux bras de sa femme !

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