‹ Confins [par] Tristan ChoiseulChapitre 10 sur 16 · I.\ VIEILLESSE DES HOMMES · texte numérisé non relu

I.\ VIEILLESSE DES HOMMES

Ils sont vieux de milliers de siècles; ce n'est pss l'aurore d'hier qui les a tus Battre.

Ils portent le fardeau des siècles, les crimes, les fautes, les erreurs de tous eaux qui tracèrent, sur an soi bouleversé, des silloai remplis de boue, de sang et de larmes.

Et ils ont ta figure de ces siècles, et de cette terre où se sont imprimés les simulacres de leurs fantaisies «t de leurs impuissances.

En eux le bien et le mal habitent; et ils sent divisés centre eux-même».

Ingéniés h se détruire, ils n'ont pas su.

construire la parfaite image

Ils sont la négation perpétuelle d'euxmêmes; ils vivent sur des contradictions journalières, et la terre et le ciel leur renvoient le reflet de leurs intimes erreurs.

ils ne sont pas tirs d'hier, et pourtant ils ©ni d'hier toutes les illusions et tous les enfantillages: ils sont jeunes comme hier, tout en étant des vieillards.

Cet hier, en s'en allant, n'a pas voulu trop les vieillir.

Et sous les espèces de l'homme, © est toujours l'enfant qui, en eux, revit et s'essaie aux œuvres de raison.

Illusions attardées daas une ébaueh»

d'homme commencé et qui se pense mûri,, afin que la pauvreté intérieure de ces mornes êtres n'apparaisse pas trop grande, trop irrémédiable!

C'est qu'il est difficile de changer la substance de ce rêveur initial qui fut si ardemment ébiouï du soleil, de la parure des choses, du spectacle myriardaire de la nature et des flots de» sang qui battaient dans son cœur.

La raison en eux est défaite par la vie qui est le caprice, le changement, la multiplicité des contorsions et œ qu'apporte, clans son flot quotidien, la marte des appétits.

La vie contredit la raison; la vie ouvre les sources de la soif et de la faim; la vie souffle sur le château des abstractions: et c'est un effondrement de cartes dorées, de joyaux que dilapident de.s tares secrètes.

L'intslligesce se remet à édifier avec peiae sur un sable mouvant, et, pour cette œuvre, on aperçoit des ouvrier?, en sueurs et en larmes, qui tàcheronnent au milieu des ténèbres éclairées par de faibles lueurs.

La cathédrale jaillit de la brute matière; elle s'élève, portant la marque du souci des hommes.

Ici, c'est un temple; là. une Babel qui semble délier les cieux muets.

La terre se couvre de constructions humaines où ceux qui les ont élevées dans l'effort quotidien tentèrent d'imprimer le symbole de leurs conceptions: maisons de prières; maisons d'artifice; maisons de la foi ou du doute; maisons silencieuses où s'endort le rêve patient et créateur; maisons du devoir

où se disciplinent des vertus farouches et rebelles; maisons do poésie où, dans un blanc mirage, se dressent des statues frissonnantes; maison* qui laissent filtrer le» parfums de l'amour; maisons où des verrières Magnifiques enchâssent les héros et les iaints; maisons hantées de soupirs, de sanglots, qui voient s'accomplir la tragédie des cœurs.

Toutes les maisons qui attestent que la volonté des hommes fut moins forte que le hasard ou le destin; toutes les demeures marquées du signe de la joie ou de la démence. Voilà le grand œuvre!

Le ciel les recouvre qui, un jour, fut escaladé par les Titans, dons un effort de foi et téméraire orgueil, repris par des élus moins favorisés qu'eux et qui devaient, selon les vicissitudes des jours, ravir le feu ou tomber <*ur le sol. frappé;* de mort.

Le ciel répond aux hommes ou refuse d'érsouter leurs supplications.

Ses nuage* se résolvent en pluie àe larme» qui arrosent tes jardins de la terre et les fractifient; le soleil lance ses flèohes d'or at» «oeur de la rosace créée, sous un dôm*

d'étoiles les clochers, qui portent le symbole de l 'homme des douleurs, continuent leur éloc uente prière; et la lune, avee ses traîne* de satin lumineux, se promène sur les bosquets où Adam et Eve oublient la vie dan* un baiser.

Le ciel récompense, de 4a sorte, l'effort humain.

Mais ce ciel, ces hommes, ces bonheurs, ces joies, cette boisson de larmes sont vieux de milliers de siècles.

Les hommes penchent, de plus en pins, vers ce sol qu'ils ont travaillé en tout sens, ensemencé de tous les blés, qui a vu s'épanouir le témoignage ouvré de leurs monuments, et vers lequel, mus par un besoin de vérité, ils reviennent sans cesse, tentant avec superbe d'y remodeler la première création de l'homme primitif.

Les âges se suivent avec des hommes qui refont les œuvres du début du monde.

Et ils sont lourds de sacrifices, de labeurs, d'énergies gaspillées, d'aveir osé arracher 1« feu des firmaments.

Ils penchent leur front vieilli vers un *o! avare.

Oh! qui rajeunira ces très vieux enfants qui poursuivent eneore, après tant <ie siècles, la dure espérance?

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