‹ Confins [par] Tristan ChoiseulChapitre 14 sur 16 · TENTATION · texte numérisé non relu

TENTATION

Je vais partir d'un pas libéré et rapide; rien ne me lie à aucune rive, à aucun bonheur, à aucune joie; je suis libre dans le dépouillement corapiet de moi-même.

Mes pieds nus cherchera un sable doux pour s'y enfoncer; ils ne veulent y laisser de traces que celles qui se perdront dans le vent. Après s'être déchirés sur la grande rente «emmune aux cailloux et aux ronces, ils Mendient la fugaee chaleur du sable avant de s'engloutir dans l'intégral oubli.

Mrs pieds nus cherchent un sable doux

pour s'y enfoncer.

Mes mains inhabiles au bonheur se refusent, désormais, à la tendresse ôbloaie et savante. Mlles ne construiront pas des cathédrales, des architectures précieuses, des moautnenls de la croyance et des temples anx saints. Non, mais je les forcerai à pétrir dans la glaise des dieux tristes et mutilés, de» femmes souffrantes, des avortons et des nains. Et parmi loutes ces formes éphémères, nées de mu fièvre et de mes doigts las, je construirai une déesse harmonieuse que je laisserai aur le rivage, après avoir imprimé mes lèvres sur son argile périssable.

Mes mains inhabiles au bonheur se rcfu- Bent désormais à la tendresse éblouie et «a van te.

Mon wkige tourmenté n'est à personne :

féspère en refléter L'image dans la mer p^ur qr.rlle s'y perde avec les aspects fuyants de fe nature nombreuse et qu'elle s'y abîme avec son ciei; sa ceinture d'arbres frissonnants,.

m «es algues et srs roseaux condamnés.

Mon raSage tourmenta n'est à personne.

Mon imagination — cettv> adorable maîtresse! qui m'a créé un isolement superbe et enivré parmi les formes qui emplissaient «es rêves, je la bénirai de m'avoir détruit et sauvé. Écolier, elle posait à mes tempes des diadèmes de fièvre. Plus tard, h Paris, à Naples, Florense, Venise, elle savait me diviniser les marbres, les déesses et les dieux. Sous sa flamme, ils revêtaient des apparences humaines qai rue prodiguaient le délire. Et, eur les rives vantées de l'Adriatique, dans mne femme en haillons, elle me Fit saluer la statue vivante de la misère. Maîtresse profonde d'erreurs qui, pour mon festin, coaconnait de beautés lumineuses la matière la plus sourde, et dans la source ressuscitait la mort émerveillée de Narcisse, et sous les ramures, des théories de bacchantes captives.

O Reine, puisque je pars vers des rives îéthôennes. puisque je m'en vais sans retemr,

je L bénis de ma voir sauvé et détruit. Tes

bras, écartés sur l'horizon, paraissaient des appels de blancheur heureuse, exaucée. Royale déesse, déployée aux confins <k: la volupté et de la mort, tu pétrissais l'extase ou l'agonie. Et quand ta plainte, joyeuse ou sombre, fatiguait l'espace, je croyais entendre le gémissement de la terre vers ie divin inconnu. Et j'étais l'enfant envolé, tendu ver» tes apparitions, ta robe écarlate, tes genoux de nuit et de songe.

Mo.î imagination — cette adorable maîtresse!—je la bénirai de m'avoir détruit et sauvé.

Mon cœur — ce vieil agonisant! — je le prierai de s'éteindre dans ie vent sans un» plainte.

Avec l'encens et la myrrhe, j'embaumerai ses plaies, et m 'approchant, à pas religieux, de certaines douleurs, je les embrasserai comme si elles étaient de-s femmes divines et sacrées. Puis je rirai de ses sensations, ée ses désirs et de ses larmes.

Mon cœur — ce vieil agonisant: je le prierai de s'éteindre d&M le vent sans une

rite.

A LA MÉMOIRE d'Adolphe OLIVIER

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