‹ Confins [par] Tristan ChoiseulChapitre 7 sur 16 · PAINS A CACHETER · texte numérisé non relu

PAINS A CACHETER

On est venu auprès de mon désir miné, et sur lui-même effondré comme une ruine; on sst venu dans ma nuit qui s'était crue à jamais désertée par le délire. On est venu! On est venu!

Et j'ai crié comme le faune qui regarde le ciel, les eaux. le fleuve ironique, reflétant son image.

Et j'ai crié comme la rner qui pousse la clameur de son inquiétude mugissante à travers l'espace indompté.

Laisse tomber tes bras suppliants; ferme cette bouche que le blasphème fleurit et desharmonise, et reviens, dans ma soliiude choisie, contempler les formes et les couleurs qui se désagrègent avant de retourner à l'oubli. Quelques oiseaux s'attardent dans l'air automnal qui flotte, pareil à une douceur mourants. Goûte, avant que le froid, définitif nous gagne, cette exquisité des heures brèves et menacées.

Tout n'est pas dans la blancheur troublante des êtres qui se livrent, le magnifique et beau désordre des corps, et ces rythmes exaspérés qui sont comme la respiration du destin. Il faut que l'esprit règne et dompte les appétits de la chair. Soyons sauvés par l'esprit qui renferme le regret, le remords et les vertus purifiantes de l'absolution!

Abandonne l'appel de tes sens et permets que, répandu, autour de nous, inexaucé et pantelant de sa mort, il crée dans la nuit le tourment passionné de l'angoisse.

C'est l'heure nocturne; sous la dent cruelle d'un oiseau de proie, une grive, émerveillée du mirage de la nuit, meurt sous les rayoas des immortelles étoiles.

Viens rêver à la descente des am ints aux Enfers !

Viens rêver .1 ces faibres et douces victimes qui jonchent les chemins de l'histoire et de la vie.

Viens rêver à la mon qui règne dans les ciels les plus beaux et les nuits les plus sombres. Donne-moi ta main au seuil de cette fête de l'angoisse où je te convie.

Ah! que je souffre d'être encore, malgré moi, la dupe de tes caresses, de tes sourires et de tes larmes.

Finissons-en, veux-tu? Que nos lèvres sachent, en accord suprême, se fleurir da morsures et de sang !

Ah: trop docile i'aunesse qui, aux heures où je te menace, fais de moi un esclave si d-ésarmé! Voilà que je me reprends au fidèle mensonge des yeux, à es rire menteur qui de la bouche crée une blessure ardemment épanouie. Je suis ta chose criante, qui te veux, le nomme, te cajole et te renie, et te garde ■quand même.

L'mconnu me presse, néanmoins, d invita-

tions; i! est rempli du chatoiemei t de formes non révélées, de sa ceinture d'astres (f c!u ci i <!e ses sphères.

Et ma misère se sent quelque chose de se «avoir la parente fraternelle de eejle de iani d'autres âmes qui, dédaigneuses du. réel, ont inventé uu abscln dérisoire qui leur aidait à oublier, pourtant, îa mesquine présence du vrai.

Au bord d'un cimetière qui nous est familier, nous avons scellé ncs bonchea, et là, avant l'adieu fins! ce l'automne, uctis ^vons regcûié l'horreur divine de s'approcher, de s'unir et de se connaître.

Cyprès grêles que torture un vent inlassable, vous p.vez uni vos murmares discrets à nos plaintes enlacée* !

Mur où se profilaient nos silhouettes mêlées, gardez le souvenir de la chaleur de nos baiser?.

Sur l'air tepdu — éclatant et mirifique linceul, — on eut dit un poignard qui infligeait anx heures une blessure mortelle. De la colline oi: s'adosse ce séjour de repos, descendait

un vent d'ombres glacées qui semblaient les vêtements mêmes de In mort.

Et le visage éblouissanl et douloureux des êtres et des choses, à travers nos imaginations, s'en allait au fleuve de l'oubli.

.1 nais quitté les demeures de l'ennui pour aller vers toi. Image capricieuse et riante. Et je t'ai amenée dans ma solitude; mais c'était nu, glacé, froid, presque monastique. Tu as regardé les murs, mes livres, mon papier de deux sous, des images prétentieuses. Tu souriais, ardente, étonnée, incompréhensible.

Et soudain, tu m'e9 apparue, si pareille à tout ce que j'ai lm. goàté, et à travers toi, je saisissais avec une telle douleur le mensonge de l'espoir, que je voulus mourir à cette kante d'avoir existé et surtout d'avoir eru.

Mais j'ai regardé le sable amer soulevé par les vents tristes qui éparpillent, aux quatre coins du monde, les feuilles mortes. Et j'ai salué cette nouvelle liberté qui me délivrait, cette fois, de liens sur lesquels j'avais pleuré et souri.

Dans leur séjour aérien, les brises se taisaient. Recueillie, la nature s'enveloppait des voiles du mystère. Et le visage de la terre me parut encore plus triste et plus inconsolable que moi-même.

Au bord de l'horizon, une frise de dieux sombres veillaient; j'ornai leur cou d'un chapelet de pensées sombres.

LÏDÉAIF MAISON

J'avais construit in a maison sur un ciel de nuages et de zéphyr. Et pour que nui ne me dérobe naes tableaux, mes statues, mes rêves, j'étais ailé, sur une montagne très haute, ia suspendre dans l'azur. Elle était belle, mu fantastique demeure! Elle était ia chose du soleil, du jour, de la nuit. Elle était la flamme qui moate et le parfum qui descend, avec lsnteur, sur la plaine. Elle avaH les visages du matin et du soir. Parmi les murmures qui s'élevaient des bois mystérieux, elle semblait flotter sur les nappes d'or du soleil épandu. Et si î'orage déchaînait ses fureurs, elle

pleurait de toute la pluie des ciels.

jÈjlç empruntait une voix aux éléments, et sa parure, c'étaient les pourpres de Phébus, le reflet des nuages, les vapeurs qui s'exhalaient des lacs, des roseaux et des cabanes de terre.

Maison ardente et qui dansait comme une arche bienheureuse! Maison illusoire où les fées souriaient, penchées aux fenêtres.

Sou? les caresses des étoiles, elle simulait une vivante habitation, hantée de doux fantômes et de rêves que j'avais patiemment apprivoisés. L'empyrée, -qui bruit de tant de musiques, lui Garnissait de libérales chansons. Son hospitalité se faisait accueillante à la joie et au malheur; des mendiants — c'est un rêve! mangeaient de mon pain, et des poètes, fraternels aux chimères, m'eadorsraieut de leurs chants saerés. Dans son jardin, les jeunes filles venaient cueillir des fleurs et des fruits.

Et j'ai cru, un jour, follement que, sur son 6tiui où gisaient des chimères en train de mourir, je refaisais l'homme en marche vers des reconstructions possibles.

Mais, ua soir de tempête, ma maison s'est

écroulé

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Le dieu plonge el disparait dcns la mer. Il dort au fond des eaux qui lui servent de berceau liquide. Son linceul, ce sont les vaguez qui l'enveloppent, le roulent, le caressent. Il semble mort.

Sa mémoire lui compose un asile fleuri d'émotions et de larmes. Il est (ou! baigné d'effluves, de par funis. Ses désir:- l'arrachent à son néant, le ressuscitent. Et l'on dirait q>ue sa tête pleure au bord de la nuit, il sanglote comme l'enfant touché de la première blessure.

Sur un lit de. roseaux, il a l'air d'un dieu paie pour quelque divin supplice, \fuir, il cache son Jronl Outragé à la lumière. Il se refuse aux cris qui le veulent atteindre, a la bouche exaspérée gui se tend pour la morsure.

Le dieu a dormi ionglemps sur le lit de varechs humides; les algues ont tissé son corps rebelle d'an vêtement qui frissonne. Il s'ennuie de cette mort volontaire, et de ces eaux, et de ces conques, et de ce sable qui, bouchant son oreille, l'empêche d'entendre le puissant cri de l'amour.

Le hrros secoue son sommeil, et tout mouillé de la plaie cristalline des séjours divins, il se hausse à la vie et tend les bras vers les fruits qui pendent de l'arbre du bien et du mal.

Mais il trébuche sur le sol qui s'offre à son pan. L'abîme était sa patrie: la connaissance éblouit ses yeux, il vacille, balbutie et s'écroule sur ses genoux.

Il est effroyablement pâle d'avoir été le prisonnier de la mer et de l'infini.

Les roseaux s'inclinent tous tine brise parfumée; le corps étendu sur In rive laisse bruire sous sa peau crange la chanson endormante de le terre. Le rire cauri sur la bouche de l'homme à demi éveillé Les cheveux soulevés permettent de contempler un front pâje où s'épand le lumière du plaisii conquis. Ine main errante pince le genou en repos qui, iout-à- Vheure, se dressait dans la bataille. Les roseaux gardent et protègent le bel animal que gâta le sommeil féerique. Un rideau d'ombres fragiles ondoie

sur les membn s engourdis tic félicité Ramaget,

girandoles qui sont de soleil, de violet el de verh Toutes les caresses se sont posées, toutes les carexset sont venues, les unes après (es autres, déposer leur boiser.

Ce corps, moite de délices, ne se tient plus de. soupirs et de joie. Et il a l'air, tant il est mou et trempe, de descendre lentement dans le refuge inouï el fatal de la terre.

Les roseaux s'inclinent toujours: ils bercent amoureusement le réveil de ce vainqueur euiéré.

De quoi mon intelligence qui s'ennuie se pourraitelle nourrir? Je refuse mon adhésion a la découverte des théorèmes classiques ; j'abolis en moi le souvenir des logarithmes que je n'ai jamais sus; je veux ignorer la géométrie et l'algèbre, mes deux vieilles ennemies; la lumière connue du soleil m'offusque, et la muil, qu'elle garde pour le rêveur d'hier ses étoiles et sa lune! Je ne suis pas né pour être une chose éiernellemenl soupirante vers des lacs romantiques, des vierges au balcon qui se pâment dans la brise.

Et j'ai d 'griagolé i > néo de son éehells de soie; et j'ai las le faune dressé sur des proies toitjotrs possibles.

Ompkale, ta ne me verrat p.is, ('tendu à tes pieds, nouveau petit Hercule que fcitiyue si force et qui s'esquinte à vouloir être tendre. Pour tes beaux yeux pervers, chargés d étincelle:;, à magnifique Hélène, je n'introduirai pas, grâce à des ruses savantes, un autre cheval de bois dans une Troie incendiée qui regarde avec désespoir croaler ses murailles et sa reine devenir le butin d'un odieux vainqueur.

J'ai dit à mes .tens de se taire, à .non esprit d'ignorer le connu. Je me vaux amuser avec un rien qm sera un symbole, mais un diable de symbole.

De quoi vais-je tirer la substance idéale? le noamène? la structure évocatrice? Quel limon va se changer en ailes, ea bruissements, en chansons?

Dieu ' ju'e t-ce que je. frôle'' Mss doiyls se gla&ent et sont comme mordus par une légère caresse.

Ne craignez g..e je défaille! Car je ris. Et mon émotion ne sera que de pensée. Tous les dieux me protègent, veillent sur mon âme. J'ai la grâce de l'esprit. En vérité., je domine /« matière !

Mes sens, comme pous vous taisez.' Mon âme. tu ne pousses pas le plus léger des rri'.s-, et ma jambe, ardente aux combats, se tient ferme, hiératique,—

telle un pilier de bronze!

.... Je saisis cet objet, je te palpe, -c'est idéal! Je le tourne sous la lumière; j'examine avec soin — celui de l'esprit — les aapects, los nuances, le uif éclat, l'harmonie qsti composent sa perfection. Je le hausse au-dessus de ma têts, je le retourne, je l'approche de mon oreille, de mes yeux et de mon nez. Je souffle sur sa poussière, je le presse et f embrasse.

Puis soudain, je m'arrête, je réfléchis, je rêve, car un miracle se dévoile à mes yeux: je tiens la mer dans mes mains!

DKSMONDESDORMENTENNOLS

Des mondes dorment en nous qui ne s'éveilleront: c'est du rire, des larmes, de la mélancolie, du regret, de l'espoir et toute la joie inconnue.

Des mondes dorment en nous: ce pourrait être, dans la réalité, des statues, destemplei, des cathédrales, une rivière de pensées smr des lits de diamants, un lac contemplé qui gardo dans ses reflets la nuance des ckoses, la vertu fuyante des paysages et la beauté des cifls.

Des inondes dorment en nous, queiqu*

rêve magnifique d'eldorado planant sm pays de justice et de vérité. La vie y serait identique aux plus chimériques désirs, et l'action i>o ferait point mentir les plus beaux mots qui leurrent, depuis toujours, l'existence des hommes. Dans l'enchantement, b-s servitudes de tout ordre cesseraient. Enfin le pur royaume des âmes fraternelles luirait au-dessus des fronts troublés des humains. Rien ne serait concédé à la folie, au mensonge. Plus de pleurs, de cris de mort: Du vrai, de la noblesse, du beau!

Nous y connaîtrions 1» joie exultante et la fureur grandissante de vivre. Un immortel soleil répandrait sur la. nature ses chapes de soie d'or, à peine criblées, de temps à autre, par de fines rosées de pluie. L'éden, rêvé par tous les poètes, déroulerait ses chemins de velours que joncheraient des fleurs san9 nombre. La nature, appuyée sur nos pas, fraternelle et souriante, s'accorderait à chaque mouvement de noias-mêmes et ne serait plus la sœur triste de nos désespoirs, mais une compagne studieuse et patiente, aveo des mains riches de dons et de parfums. Le ciel et la terre uniraient, daus un cri de joie

immense, la clameur <ie sis dieux, et !»•$ cœurs à jamais bercés <\\-n rythme unanime.

La miser?, chassée ({'ici-bas. s'enfnirail vers d'autres planètes, elle s'enfuirait avec ses instruments de tortures physiques et momies. Des visages joyeux de découvrir et de comprendre béniraient la lumière.

Ce serait une promenade émue autour des choses, dans les sites variés où la joie, fille des dieux et des hommes, aurait jeté s«s perles et ses trésors. On y verrait des être» arrachés au labeur âpre et stérile se pencher avec enivrement sur des problèmes résolus, des questioss ailées de réponses, et des âmes, libérées du mal, se marieraient au bien dan» la splendeur des noces spirituelles et cordiales.

Le bonheur, objet disputé et vers lequel crient tant de bouches avides, se laisserait séduire au son des voix. Des choses, il jaillirait, telle une fontaine rafraîchissante; dans les cœurs il dormirait pour s'éveiller au moindre appel. Et sur les routes claires, abreuvées de rayons, autour d'une grande roue luirineuse, des grappes d'hommes, ivres

st pressés, capteraient la merveille généreuse.

La mort celle-ei ignorée depuis la naissance des mondes - cueillerait dans ses bras parfumés des humains ayant éprouvé le sens heureux de la vie et sans regrets parce que sans souiïrances. De ses mains douses et maternelles elle couronnerait ees hères comblés d'une fête indicible et qui s'en iraient dans un sourire vers une existence fleurie d'asphodèles.

Des mondes dorment en nous: ils n'auront qu'une réalité idéale, inutile. Et noui les emporterons touî entiers avec nous dans la mort de chaque jour

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