MA TRISTESSE EST EN VOUS
Ma tristesse est en voas, essaim bruissant de mes souvenirs, ma tristesse qui s'appuie avec des paumes tièdes à votre léger visage, ^t qui vous regarde et vous éooute eu frémissant. Elle s'insinue, vous pénètre et crée, par l'incantation de toute votre vie eonfnse, une multitude de figures réelles.
Et je porte intensémeat la tristesse de toute* ces figures auxquelles j'ai donné une signification, un rythme, une flamme.
Je ne cherche point à vous arracher îe poignard dont vous avez voulu- menacer ua
corps trop tâche, trop pénétré d'esprit >A d'Ame. Je laisse dans vos mains le flambeau et la lyre, les clous et les épines, tout l'attirail savant de la volupté, du désir et de la douleur.
Ma faiblesse s'ingénie à vous prêter la puissance, les aspects du carnage ;ou de la catastrophe. Je me tiens devant vous comme hier. Nulle protestation; rien qui simulerait seulement que la vie, encore ea moi, semble s'émouvoir et se couvrir. Je suis sans esprit et sans âme. C'est de neige et de glace que mon corps détesté s'enveloppe. Cependant mes yeux, comme des fauves mal domptés, scrutent et cherchent. Ils veulent encore voir; ils s'adonnent aux curiosités vaines. Ils courent à la couronne des arbres où j'ai suspendu dans les feuilles quelques rêves ardents, sur la mousse où j'ai laissé, en détresse, le corps tendu de certaines chimères. Ils vont à des livres afin d'y trouver ies raisons de la sagesse et de la folie humaines. Rapides et fiévreux, ils se promènent sur le décor de la nature et des âmes. Je ne leur impose aucune loi. Je les laisse se guider selon leur fantaisie; ils me rapporteront, tout à l'heure, des
gibiers que j'aime: la fleur des choses, la nuance des désirs, l'éclat des glaciers cruels, la struturc sinistre et dénudée des ormes.
Ma tristesse est partout, dans le eiel et sur la terre, au fond des devoirs quotidiens, au s-ein de la connaissance et de l'ivresse. Elle constitue ma nourriture et ma boisson. En mon lire, elle fait éciore sa fleur d'ombre et d'ennui. Et si je souffre, je la sens qui M'entoure de son manteau d'intense mélancolie. J'ignore le nom de ce pays au seuil duquel je la déposerais comme une chose aimée en lui disant adieu, le temple où croulant de mes épaules, je ressusciterais à la joie profonde.
Elle me tient. Sa présence m'emprisonne, me lie de mille entraves. Je suis le prisonnier de cette tarnère et exigeante maîtresse». Oh oui ! elle est en vous aussi, inconnue que je désire et qui dan.-e. avec des pieds monillés de parfums, dans le champ de mon rêve.