I. — LA PATRIE
Les hasards de l'Histoire, ces prétendus hasards qui ne sont apparemment que la réalisation logique des facteurs du plan universel que notre infirmité n'aperçoit pas, en quelques circonstances fameuses n'avaient-ils pas typé et consacré le Destin de ce nœud humain en lequel s’incarnait, à mes yeux enfin ouverts, ma vivace
petite patrie? Au milieu des inondations étrangères qui semblaient devoir en détruire à jamais l'indépendance et ne la laisser qu’à l’état d'alluvion grossissant les territoires des empires voisins, deux fois navait-on pu croiré que con était ni dé cette existence propre, étonnamment opiniâtre. La France, à Courtrai, à la bataille des Éperons d'Or, poussée par la forte main de Philippe-le-Bel, s'avançant armée de toute sa puissance pour traiter la Flandre comme le furent à d’autres époques la Bretagne, l'Aquitaine, la Provence, la Bourgogne, pour l'englober et la transformer en province française, — Îa France vaincue par miracle, le dessein royal
anéanti pour jamais! L'Allemagne, à Woeringen, essayant un égal coup de force au profit de l'Empire germanique, elle aussr vaincue, et le dessein impérial anéanti pour jamais |
Avant et depuis ces deux événements mémorables, d'une contemporanéité fatidique, à quinze ans de distance l'un de l'autre, que de tentatives de résorption!
Que de fois le Français, l'Anglais, l'Allemand, PEspagnol, l’Autrichien, avaient pu croire que l'on était venu à bout de cette poiguée de terre et de cette poignée d'habitants! Que de fois on avait pu crier : Frs Belgicæl Et pourtant, comme un rocher couvert par la marée montante, et que le reflux laisse découvert, la Belgique chaque fois était reparue plus vivante et plus vibrante. Avec un acharnement magique, sans cesse elle avait poussé de nouveaux jets, pareille à la souche d’un chêne scié a ras dus sol: €t qui né'Ssait- Pas mourir.
Chaque catastrophe avait été pour elle l'occa-