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x LA: PATRIE

et plus libres puissent dire que je suis asservi au « préjugé national », antique légende, penchant mensonger séculaire! I ne s'agit pas, dans cette confession, de savoir ce qui devrait être en moi, mais ce qui y fut ét cé qui y subsiste. Je: narré humblèémient et sincèrement des faits, Je n'érige pas des doctrines, je n'inaugure pas des controverses. Je ne discute pas, je raconte, sans espérer ne pas subir les illusions du conteur. Je n'ai qu'une prétention : que mes paroles couvrent exactement l'état actuel de ma conscience.

Quand, dans l'asile obscur et le silence de ma contemplation, je récapitule ma vie, je discerne clairement combien à chaque stade des variations du sentiment de la Patrie, mon activité fut influencée par la conception que-jé. menMormais, C'était .durant-chaque période, comme le faisceau d'un projecteur dardant sa lumière à coloration spéciale sur le champ limité de mes agitations d'alors.

Le phare est maintenant fixé et, de son éclat serein, éclaire mon existence, — et peut-être

l'embellit pour ceux dont elle attire les regards et pour le temps qui lui reste à couler.

Difficile, et souvent puérile, serait l'énumération de toutes les conjonctures où le sentiment dela Patrie tél'que 4é vièhs dé l'exposer, l'abandon confiant aux suggestions de l'accord entre une âme et le fécondant milieu qui l'a produite, ont décidé de mes résolutions. Il en est qui se présenteront naturellement dans la suite de ce Livre, par l'inévitable entremèlement des grandes forces directoires dont je veux décrire le jeu dans ma personnalité. Ainsi s'illustrera ce que j'ai dit jusqu'ici, et ceux pour qui j'écris comprendront mieux l'évolution dont mon âme soumise fut le champ d'expérience.

La Religion

Alors que je n'aperçois dans ma petite enfance rien qui se rapporte à l'idée de la Patrie, si puissamment épanouie plus tard, que de menues choses, au contraire, touchant l'idée Religieuse |

Quand je scrute et que je me consulte avec l'expérience d'une longue vie agitée et laborieuse, avec l'incertitude aussi qui affecte des fouilles à ce point lointaines, 1l me semble que c'était moins l'Instinct qui avait suscité en. mor. cétte. inchination,. que: là suggestion domestique de la tranquille et pieuse demeure où l'on m'élevait,.

J'ai, à mon tour, fondé une famille et vu croître des âmes enfantines. Je n'ai rien fait pour y introduire artificiellement le sentiment religieux, curieux de voir sil germerait de lui-mème comme l'herbe des champs; observant à l'égard de ces jeunes êtres (dogmatique manie si conforme à l'époque) la « liberté de conscience >» : attendant l'événement ét ne le provoquant pas. Je n'ai rien vu surgir, alors pourtant que d'autres instincts, celui, par exemple, de l'appropriation exclusive, se manifestait dès les premières heures lucides, avec violence souvent, pour les jouets, pour les aliments. L'homme, s’il ne naît pas avec l'immédiat besoin religieux, naîtrait-il avec l'instinct propriétaire ? Ou bien n'est-ce que la lutte pour la vie en ses premiers embryonnaires mouvements de prévoyance et de défense, automatiques et confus ?

La maison paternelle (mieux en ceci vaudrait, peut-ètre, dire : la maison « maternelle ») était religieuse, oui. Ingénument, par une sorte de force acquise dérivant du

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prodigieux passé catholique du pays imprégné des odeurs du Christianisme comme les parois d'un reliquaire où longtemps fut enfermé un parfum subtil et tenace.

Ma'méère, la Flamande, au cœur très noble et très simple, mettait en ses convictions pieuses tous les rêves et tous les espoirs pour lesquels une intelligence élevée, quand elle est étrangère aux cogitations supérieures, cherche des satisfactions au delà du connaissable terrestre. C'était sa métaphysique de naïve, ignorant les philosophies stérilement explicatives du mondial mystère. Elle observait avec confiance les rites catholiques accompagnateurs des actions quotidiennes, les dorant d'une poésie populaire et douce, et, avec une servilité tendre, les enseignait à ses six Jeunes enfants, mi-partie filles, les aînées, et mi-partie garçons.

On disait chez nous, dévotement et d’un cœur exalté, les prières du matin et du soir: les courtes oraisons avant et après les repas : le bénédicité et les grâces, produits

résiduaires des âges où manger était une chance heureuse méritant qu'on en remerciât les dieux. Aucun de nous ne s'endormait sans avoir senti. les doigts caressants de la suave génitrice tracer sur son front le signe de la Croix, insinuant dans nos cerveaux naissants l'exquise paix du sommeil innocent protégé par les séraphins. Les dimanches, les fêtes, la famille entière franchissait la rue, en vêtements choisis, pour entendre la grand'messe et son orgue et ses chants, dans l'église des Minimes, en face, où cinq de nous avaient été baptisés; son curé, à l'allure monastique et grave, dont ma Mere parlait comme d'un évêque, nous était en vénération spéciale. Le vendredi et le samedi on faisait régulièrement maigre et durant les six semaines du carème, le mercredi y était ajouté. Au jour de Îla Passion du Christ, toute la maison semblait participer à la douleur chrétienne, et le jour de Pâques, à sa joie triomphante, Des branchettes de buis bénit ornaient humblement les bénitiers au-dessus de nos couchettes. La

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règle morale dominante de notre conduite était la crainte de faire pleurer notre ange gardien que nous croyions toujours présent à nos côtés, ses grandes ailes reployées sur une longue robe blanche, et d'affliger « le petit Jésus », notre divin compagnon invisible que nous pressentions voltigeant autour de nous ou reposant au paradis sur les genoux de la Vierge, dans le ciel voisin, tantôt gris, tantôt d'azur, plafonnant la ville paisible.

Et tout cela n'était point particulier à notre. seukintérièur. Cétut, 1 y'a soixante années, une allure générale du Pays, patriarcal encore et qu'il faut juger avec les cerveaux d'alors et le mobilier des cerveaux d'alors, en se gardant de la fâcheuse erreur et du malentendu énorme, déplorablement constants, d'apprécier une époque et d'en qualifier Îles événements et les actes avec la cérébralité transformée d'une autre époque.

Mon Père avait, il est vrai, selon l'usage de ce temps, dans la «<bibliotière > à panneaux vitrés de son cabinet de travail, les œuvres

complètes de Voltaire et de Rousseau aux multiples volumes, — personnages dogmatiquement tenus pour centraux dans l'empire des idées, n'agissant plus aujourd'hui que souterrainement, ayant inculqué à l'humanité européenne, celui-là, la manie de la destruction par l'ironie, celui-ci, la manie de Îa destruction par le sophisme raisonneur et de la reconstruction par le même sophisme. Il était membre d'uneloge maçonnique qui avait ses < ténues » rue des Sablons, dans un grand local mystérieux sans fenêtres, depuis démoli. La Mère, en cachette, et non sans un effroi triste, nous montrait parfois ses insignes brodés, triangles, truelles, équerres, OT, vert, loupe, sur satin-blanc.. Il devint aussi professeur de Droit à l'Université Libre, fondée vers cette époque à Bruxelles pour contrebalancer l'enseignement clérical dé l'Université de Louvain En 18435, les loges. le désignérent avec. Louis: Déiré, comme acolytes de Théodore Verhaegen, pour aller à Paris (en diligence et il fallait

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