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II. — LA RELIGION

trente-six heures) porter à Eugène Sue, dont le roman anti-jésuite Ze Juif Errant, en cours de publication, avait en Belgique un retentissement formidable, une plume d'or et une médaille aux inscriptions et aux emblèmes bizarres dont un spécimen en bronze est encore chez moi dans la cassette aux souvenirs. Mais tout cela n'empêchait, qu'avec beaucoups" 1iDéraux d'MErS, “il messe confessät et né cominmnat € fout le moins une-sois l'an > etne sanchnat'le dimanche én assistant au Sérvicé divin, aux cotés de sa compagne et dominant son escadrille d'enfants.

Rien,ou presque rien, de la vaste et indocile indépendance religieuse d'aujourd'hui dégénérant si souvent en âpre intolérance, ne se révélait dans les mœurs à peine frondeuses déces jJours,-51.lointains et $ï proches car le temps, cette énigme, a de ces contradictions qui, étrangement, raccourcissent ou allongent son étoffe, la durée,

Aussi, de l'assentiment du chef de

famille, conformément à l'universel usage, le Catéchisme nous fut enseigné, et nos premières communions s'accomplirent dans Ja piété ingénue et cérémonieuse des croyants, après une période d'exercices de dévotion et d'espérance que chaque matin on solennisait en nous disant : Le grand jour approche!

Quand mon tour arriva, une chapelle fut érigée dans ma chambrette; le soir, j y allumais de petits cierges à odeur pénétrante, et devant l'autel minuscule drapé de rideaux blancs, je m'agenouillais, je priais, je chantais, ému, confiant et recueilli.

Subissant parfois les relents religieux venant de ses ancêtres, mon Père oubliait sa franc-maçonnerie et aimait à nous raconter qu'au xvi® siècle, Piccolomini avait tenu sur les fonts baptismaux à Vance, dans le Luxembourg, un des enfants d'Henri Picard, son aïeul à six générations antérieures, maïeur du village, resté seul avec sa femme en couches et le curé à l'arrivée des troupes espagnoles qui avaient fait fuir tous

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les habitants. — Daignez me donner un de vos soldats pour être parrain de mon enfant, avait-il dit au général; il n'y a ici plus personne. — Ce sera moi-mème, répondit celui-ci. — Et il fit comme il avait dit.

Ainsi s'étaient formées mes croyances constamment arrosées des eaux vives que versaient sur elles les êtres qui m'environnaient.

Ces sentiments persistèrent durant mes années de mer. J'avais emporté une Imitation de Jésus-Christ que j'ouvrais invariablement quand, mon quart achevé, je m'étendais tout habillé, et souvent tout mouillé, dans mon cadre mouvant sous l’action du roulis et du tangage. La solitude marine, si longuement prolongée sur les voiliers que n'avaient pas encore raréfñés les steamers, la petitesse du monde où j'étais relégué réduit au pont du navire et à un équipage d’une vingtaine d'hommes, entretinrent sans doute mon vague mysticisme. Jamais je ne m'embarquai sans ce que je considérais comme une purifi-

cation morale, une ablution virginisant mon aime : la Confession. —!: détail dont l'aven pourrait apparaître puéril sil ne devait mettre, par contraste, un accent plus sonore dans le récit des transformations qui suivirent. À l'hôpital de Staten-Island, près de New-York, où je fus transporté atteint du typhus, je lus et relus avec une piété tendre les quatre Évangiles du Nouveau Testament, imprimé en une petite édition anglaise, qu'un infirmier, dès ma convalescence, avait déposé sur mon lit. |

Mais lorsqu'eut pris fin l’intermède de ces années nautiques et que je fus mêlé au monde estudiantin, sans parti pris et sans effort, sans qu’il me souvienne d'aucune action précise de ma volonté, par le seul effet de lPambiance ou d'une évolution intérieure venue à terme, comme une eau qui se retire, comme un brouillard qui s'évapore, ma croyance chrétienne s'évanouit. Encore maintenant, le phénomène m'étonne par la promptitude de sa réalisation et l'insaisis-

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