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II. — LA RELIGION

une neutralité cérébrale devant l'inexplicable de l'Univers.

La doctrine d'Auguste Comte, alors dans l'éclat et la force de projection de sa maturité scientifique et de sa popularité, aidait à la formation de mes idées. C'était bien le Positivisme Ss'installant en moi, expulsant le transcendantal et la métaphysique. Ce nest pas que je fusse devenu athée; non, cétait plus simple et moins intransigeant; je Jugeais inutile de nier ou d'affirmer Dieu ; jen détournais mon esprit, sans irritation et sans inquiétude, tenant l’Étre incertain objet d’un si énorme problème, pour un phénomène légitimement négligeable parce qu'il apparaissait en phénomène insoluble pour l'intelligence en l'état actuel et imparfait de lascervelle humaine: Une vie sereiné, normale et Iloyale me semblait pouvoir être menée et déroulée sans ce souci supérieur de luxe intellectuel.

Êt,'én Gflét, tant d'activités diverses et

bruyantes avaient commencé à m'envahir,

l'ambiance sociale m'absorbait par tant d'idées et tant de rumeurs, que rarement ma cérébralité était ramenée à l'étage élevé, solitaire et muet comme les hautes cimes neigeuses et pures, où à l’homme pensif apparaissent, au milieu des brumes du doute, les grands fantômes qui gardent l'entrée des abimes dans lesquels plongent l'origine et la fin des choses. |

Libre penseur, ai-je écrit tout à l'heure.

Penseur libre plutôt. Je ne participais guère ä des actes précis parce que, en general, Je les voyais accomplir moins avec l'idée d'affirmer l'indépendance de l'âme, que dans un esprit d’hostilité hargneux contre le Catholicisme. Un jour, pourtant : c'était à la campaghe: jeune’ mari, jeune pere, Je ‘ny reposais pendant les vacances sans autre souci que de boire la santé aux mamelles de l'inépuisable Cybèle, la mère réparatrice; on vint du village voisin me dire qu'un vieil homme, un ancien failli, retiré là, invalide mutilé aux batailles de la vie, incrédule en

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