II. — LA RELIGION
la justice divine et gonflé de ressentiments, venait de mourir en repoussant le prêtre et que: le prêtre refusait. de leénsevélir; on me demandait de le mener au cimetière et de parler fraternellement sur son cercueil; il fallait, disait-on, donner une leçon à pareille cruauté et à ce fanatisme. J'accomplis de bon cœur cette œuvre de.< Libre Pensées. Puis je rentrai dans la neutralité de ma vie compliquée d'affaires et d'études.
Invinciblement, pourtant, et lentement, s'éleva et/otandit en mOi ‘un besoin. de dépasser les quotidiens intérêts et de me rattacher à quelque sentiment plus ample.
Ceci, encore, fut instinctif et non raisonné, impulsif et non volontaire. Je ne pourrais fixer le moment où, pour la première fois, je vis poindre cette lueur dans les taillis de mon existence aux entrelacements multiples.
Ce fut comme une satiété, un dégoût, de consumer toutes mes énergies sur d’étroites contingences, de ne me trouver qu'instrument d'œuvres égoistes et resserrées, sans lien
visible et réconfortant avec l’organisme plus vaste qui menveloppait et dont, avec une intensité croissante, je me sentais un rouage, soumis à la domination et au puissant travail de l’ensemble incessamment et impitoyablement en fonction, pareil à la mer toujours rumorante, toujours palpitante, même quand un grand calme la tient qui apaise ses vagues mais non sa vie profonde.
Ce fut d'abord avec mes semblables que je me sentis en dépendance : leur foule agitée m'enserrait de si près en un incessant et tumultueux coude à coude. La pensée de mes devoirs et de mes droits envers eux germa et, plante vigoureuse, s'épanouit en végétation abondante. Les mots « Religion de l'Humanité >», rencontrés épars dans ce que je lisais, me frappèrent par leur formule qui résumait et concentrait en une direction unique et claire, un total didées, de sensations .et d'obscures tendances fermentant aux caves de ma subconscience. « Religion », ce qui nous relie à quelque chose : QOuod nos religat !